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La démocratie bafouée : le Nobel prime Juan Manuel Santos pour condamner le peuple colombien

Santos G Et Le Chef Supreme Des Forces Armees Revolutionnaires De Colombie Farc Timoleon Jimenez D Lors De La Signature De L Accord De Paix Le 23 Juin 2016 A Cuba 5622095

La démocratie bafouée : le Nobel prime Juan Manuel Santos pour condamner le peuple colombien

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le 26 septembre 2016 a été signé un accord de paix  entre la guérilla des Farc et le gouvernement colombien, après 52 ans de conflit armé. Les Forces armées révolutionnaires, marxistes, représentaient la principale guérilla du pays, issue en 1964 d’une insurrection paysanne et comptant encore quelque 7000 hommes armés. C’est cet accord de paix que les jurés du Nobel ont voulu récompenser.

Ce que tous les médias oublient, c’est que cet accord de paix a été rejeté par le peuple colombien et qu’en le décernant, on tente une fois de plus comme en Hongrie de faire pression sur le vote démocratique d’un peuple souverain. On oublie en effet de dire que lors du référendum organisé le 2 octobre 2016, les Colombiens ont rejeté l’accord de paix.

Comment s’explique ce rejet ?

En fait au cours de la campagne sur l’accord de paix avec les Farc, les milieux croyants et en particulier évangélistes de plus en plus présents et influents en Amérique latine ont brandi l’argument de « l’idéologie du genre » pour inviter la population à voter contre le texte.

Interrogé par la version espagnole de la BBC,  Roy Barreras, sénateur de la majorité et président de la Commission de paix de la chambre haute, a expliqué peu après le vote: « Je pense qu’au moins deux des six millions de votes en faveur du non ont émané de congrégations chrétiennes, évangélistes et catholiques qui sont allées votées pour défendre la famille, comme si, par cet accord de paix, la famille était en péril ». Curieux!.  Sur son compte Twitter, le pasteur et membre du conseil municipal Marco Fidel Ramírez avait effectivement expliqué avoir « voté NON au cours du référendum Farc-Santos parce qu’il ne voulait pas que la Colombie tombe dans les griffes de l’athéisme, du communisme et de l’agenda homosexuel ». Un peu plus tard, il se félicitait du résultat: « La Colombie a dit NON à la dictature homosexuelle ». Au mois de septembre, le site de droite Actuall titrait: « L’idéologie du genre, danger caché de la fausse paix avec les Farc ». Le site estimait que l’accord de paix avec les Farc « signait le triomphe de l’idéologie du genre ».

Pour comprendre en effet l’origine de cette fronde des milieux croyants contre le texte, il faut regarder du côté du « langage inclusif » utilisé lors de sa rédaction à La Havane. Ainsi, dans un passage isolé par la BBC, l’accord explique vouloir que soient « adoptées des mesures en faveur des populations et communautés les plus vulnérables, en particulier les garçons et filles, les femmes, les personnes handicapées et les victimes « . Fréquemment, l’accord parle de « guérilleros et guérilleras », de « paysans et paysannes ». La question des droits LGBTI (lesbiennes, gays, bi, trans, intersexués) est également évoquée.

Or, le 9 août 2016, la distribution dans les écoles de Bogota de codes de bonne conduite pour éviter la discrimination sexuelle avait suscité une vive polémique et s’en étaient suivies dans tout le pays de nombreuses manifestations organisées par les défenseurs de la famille traditionnelle. L’Église catholique avait alors brandi l’argument de « l’idéologie du genre » contre le gouvernement. Or ce terme a bien été décisif dans le vote contre l’accord de paix avec les Farc.

Le Prix Nobel ne peut ignorer ce débat colombien. En décernant le Nobel à Santos, il s’érige contre les résultats du référendum sans doute une fois de plus jugé  »populiste » et il défend à fond l’introduction de l’idéologie du genre dans toute l’Amérique latine.

Illustration : Juan Manuel Santos et le chef suprême des forces armées révolutionnaires de Colombie Timoléon Jimenez.

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