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Éducation nationale: où est passée la liberté d’enseigner?

Liberte Enseigner

Éducation nationale: où est passée la liberté d’enseigner?

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 Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Très discrètement, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé le 9 juin un cadre renforcé pour la création des écoles  » hors contrat  » et un contrôle plus strict des acquis des élèves. La décision est passée inaperçue, c’était en plein bac et juste avant les vacances. Pourtant elle touche directement au principe sacré de la liberté d’enseignement et de la liberté religieuse.

En tout cas, la modification du statut de l’enseignement privé hors-contrat avec des conditions nouvelles d’ouverture d’école est à l’ordre du jour . Jusqu’alors les établissements qui n’avaient aucun lien avec l’État avaient toute liberté dans la mise en œuvre de leur pédagogie. Á contrario, les établissements privés sous contrat – statut majoritaire dans l’enseignement privé catholique – étaient obligés de suivre les programmes officiels s’ils voulaient recevoir un soutien et une compensation financière de l’État pour la rémunération de leurs enseignants.

Aujourd’hui, les établissements hors contrat ne sont soumis qu’à une simple déclaration en mairie. On nous annonce qu’ils devront désormais faire l’objet d’une autorisation préalable émise par le préfet. Mais le projet liberticide ne s’arrête pas là puisqu’il comprend également un renforcement des contrôles des contenus enseignés avec des évaluations régulières des acquis des élèves. Par la même occasion, l’instruction à domicile est aussi directement concernée par ces changements.

Selon les chiffres du Ministère, sur les 8,1 millions d’enfants de 6 à 16 ans soumis à l’obligation scolaire, 40 500 (0,5 %) fréquentent un établissement hors-contrat et 21 300 (0,3%) suivent une instruction à domicile et ce sont le plus souvent des parents voyageurs partis faire le tour du monde sur un voilier et qu’on croise parfois à Raiatea ou à Saint-Martin. Tout sauf en tout cas de dangereux extrémistes.  Le gouvernement a donc décidé de remettre en question directement la liberté d’enseignement. Toutes les écoles indépendantes, les pédagogies alternatives ou traditionnelles se retrouvent de fait menacées par l’imposition des programmes indigestes de l’Éducation nationale, ses méthodes aberrantes d’apprentissage de la lecture, son formatage laïque et ses évaluations abêtissantes. Or, on choisit de mettre ses enfants dans des écoles indépendantes pour des raisons parfois très différentes : confessionnelles pour certains mais c’est loin d’être la majorité des cas puisque le plus souvent, ce sont pour des raisons pédagogiques que les parents choisissent une école « différente ».

Si on regarde les chiffres, il n’existe que 1 300 écoles hors contrat en France or 300 seulement sont confessionnelles. Les autres dispensent en fait des pédagogies alternatives types Freinet, Steine ou Montessori. C’est donc à cette diversité de pensée que le gouvernement souhaite en réalité toucher en l’encadrant et à terme en la supprimant. Najat Vallaud-Belkacem n’y a pas été pour cela par quatre chemins : « On ouvre aujourd’hui plus facilement une école qu’un restaurant ou un bar » déclarait-elle en juin lors de la présentation de sa réforme.

Effectivement actuellement après la déclaration en mairie, celle-ci n’a que huit jours pour s’opposer à l’ouverture d’une école privée et la préfecture, un mois. Après une inspection la première année, la suivante n’est obligatoire qu’au bout de cinq ans. Il est vrai que la majorité des dossiers sont déposés en mairie pendant l’été pour une ouverture en septembre et que les maires se retrouvent  devant le fait accompli.

Ceci étant dit, on est assez surpris du peu de réaction de la classe politique face à ces atteintes directes contre la liberté religieuse et la liberté d’enseigner car l’enjeu de la réforme va beaucoup plus loin qu’un simple contrôle. Il faut savoir qu’en France, on ne peut pas ouvrir directement une école privée sous contrat. Un établissement reste au moins cinq ans hors contrat avant de pouvoir passer sous contrat avec l’État. La question est donc la suivante : pourra-t-on encore ouvrir des écoles non gouvernementales en France ?

Á notre connaissance, à l’heure actuelle, seul le cardinal Jean-Pierre Ricard, président du Conseil épiscopal pour l’enseignement catholique a réagi en exprimant ses « plus grandes réserves » sur cette réforme. On supprime bel et bien en douceur la liberté d’enseignement parce qu’on est une fois de plus obnubilé par la répression des dérives radicales et sectaires de l’Islam, défenseur de la Tradition.

On poursuit la guerre civile et religieuse et on en profite au passage pour formater définitivement les esprits. Tous à l’école républicaine, tous à l’école des nuls! Désolé si l’on préfère une autre école.

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