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La modernité tue la Polynésie, pas le nucléaire !

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La modernité tue la Polynésie, pas le nucléaire !

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Les décès dus aux maladies cardiovasculaires sont 2,3 fois plus importants en Polynésie qu’en métropole et dans les autres territoires d’Outre-mer. Depuis 30 ans, le taux de mortalité baisse en Polynésie mais sa situation sanitaire, comparée à celle de la France, demeure préoccupante, en particulier pour les pathologies liées aux comportements à risque.

C’est ce que montre bien une publication locale du Bulletin épidémiologique, hebdomadaire de l’Institut national de veille sanitaire. Laure Yen Kai Sun, de la Direction de la santé à Papeete, Walid Ghosn et Grégoire Rey, de l‘Institut national de la santé et de la recherche médicale, ont épluché toutes les causes de décès en Polynésie française de 2005 à 2010 et notamment l’évolution de ces causes depuis 1984.

C’est la première étude approfondie qui ait été réalisée ou publiée sur les causes de décès en Polynésie. Or, sur la période 2005-2010, les maladies cardiovasculaires, les tumeurs et les causes externes de blessure (accidents de transport, suicides, noyades…) ont été responsables de 6 décès sur 10. Les maladies cardiovasculaires  représentent les premières causes de décès et c’est là qu’on remarque la plus grande différence de taux avec la France métropolitaine et les autres DOM. Le taux y est en effet 2,3 fois plus élevé en Polynésie française où elles sont responsables d’un peu plus d’un décès sur quatre.

On connaît les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. Ce sont les mauvaises habitudes alimentaires, la sédentarité, l’obésité, le tabagisme, l’alcoolisme, tous ces maux de la modernité dont souffre le peuple maori. Tous ces facteurs sont en effet d’une prévalence particulièrement alarmante en Polynésie. Rappelons qu’en Guadeloupe et en Martinique, ce sont les tumeurs cancéreuses d’ailleurs qui occupent le premier rang des causes de décès alors qu’il n’y eut jamais là-bas d’essais atomiques. Le taux de décès dû au cancer en Polynésie chez l’homme (156 pour 100 000 habitants) est de fait sensiblement le même qu’en France métropolitaine (158).

Ce qui est donc clair, c’est que l’état de santé de la population polynésienne est marqué par la prédominance des problèmes de santé liés aux modes de vie importés. Les facteurs de risque sont les mauvaises habitudes alimentaires, l’obésité (40% de la population), l’alcoolisme (43% des hommes et 27% des femmes consomment plus de 5 verres de bière – ah l’Hinano – en une seule occasion), le tabagisme (41% de la population). Il faut avoir vu le vendredi soir à Papeete le défilé des caisses de bière dans les épiceries et les supermarchés pour comprendre. Or, les problèmes économiques, l’absence de travail, le niveau de plus en faible de l’éducation scolaire et familiale qui touchent de nombreuses familles risquent d’avoir des impacts rapides sur la santé future des Polynésiens. Toxicomanie avec le paka à la sortie des collèges, précarisation et fragilisation de la solidarité traditionnelle du tissu familial représentent aujourd’hui de vraies menaces pour le peuple polynésien et son fenua (sa « patrie »).

Ce qui est certain, c’est qu’on n’aura pas vu dans les statistiques officielles le flot des irradiés de Mururoa. Pourtant, l’Église –toujours bonne mère avec l’argent des autres !– en appelle à  l’indemnisation des victimes qui sont comme par hasard tous indépendantistes.

  1. Franck
    Franck13 octobre 2016

    Les facteurs de risque liés aux faibles doses de radioactivité sont totalement masqués par les autres facteurs de risque bien plus significatifs cités dans l’article (alcool, tabac, etc). Par conséquent sur le plan épidémiologique il est impossible de dégager une quelconque relation cause/effet entre les essais et les pathologies observées.

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