Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Sur Zemmour, la jeunesse française et la fin de la gauche

Jean Birnbaum

Sur Zemmour, la jeunesse française et la fin de la gauche

Télécharger en PDF et imprimer

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Toute une génération a grandi avec cette idée simpliste, formulée par l’historien François Furet et tous les nouveaux philosophes,  qui reprenait en cœur le » There is no alternative » de Margaret Thatcher que nous étions « condamnés à vivre dans le monde où nous vivons ».

C’est ce que nous serinaient nos professeurs quand nous émettions pour eux des idées bizarres, celles de descendre dans la rue par exemple ou d’envisager la lutte armée. Il fallait gouverner, faire des concessions, ne plus lire Marx ni Jésus. Nous avons été formés par cette logorrhée d’esclaves pacifistes, partisans du système, tous agenouillés devant le capital. C’était sans doute allé vite en besogne car quand les forces politiques profanes peinent à proposer une alternative historique, la religion s’empresse toujours de combler ce manque.

Le djihadisme propose donc une sorte de conversion subjective qui vise à s’extraire de la politique occidentale, de son temps et de ses chronologies. Là où Fukuyama annonçait la « fin » de l’histoire, autrement dit son achèvement dans l’univers libéral, Daech proclame son abolition dans le royaume de Dieu. Cette rupture, effectivement seule une force religieuse peut l’opérer : écoutez les Témoins de Jéhovah qui viennent frapper à votre porte. Il faut en effet la puissance du sacré pour désacraliser l’histoire profane et l’idéal du progrès.

Une humiliation pour la gauche laïque

Ainsi le mouvement djihadiste est-il aujourd’hui le seul à défier sérieusement la globalisation capitaliste du monde. Pour la gauche laïque, c’est bien sûr une sérieuse humiliation, et ce devrait être normalement pour elle un enjeu de réflexion. Or, elle ne réfléchit plus. Elle bastonne ou censure. Elle qui a fait de l’internationalisme sa fierté, se trouve alors confrontée à ce douloureux constat : en 2016, exactement huit décennies après la fondation des brigades internationales en Espagne, le djihadisme constitue l’unique cause pour laquelle des milliers de jeunes Européens sont prêts à aller mourir loin de chez eux. Certes c’est un piège  mais déformés par l’Education nationale, ils n’ont plus les outils critiques nécessaires pour le comprendre . Alors, comme l’écrivait, il y a quelque temps Jean Birbaum : « Plus les djihadistes invoquent le ciel, plus la gauche tombe des nues » et plus loin : « A la télévision comme dans les journaux, divers spécialistes se relayaient pour affirmer que les djihadistes avaient beau se réclamer du djihad, leurs actions ne devaient en aucun cas être reliées à quelques passion religieuse que ce fût. « Barbares », « Énergumènes », « Psychopathes » : tous les qualificatifs étaient bons pour écarter la moindre référence à la foi.»

«Les djihadistes sont des monstres sanguinaires qu’il faut mettre hors d’état de nuire, tonnait le criminologue. Les djihadistes sont les produits d’un désordre mondial dont l’Occident est responsable, corrigeait le géopoliticien. Les djihadistes sont des personnalités françaises qui ont connu trop de blessures narcissiques, diagnostiquait le psychologue. Les djihadistes sont des victimes de la crise, rectifiait l’économiste. Les djihadistes sont des gamins des cités qui ont mal tourné, complétait le sociologue. Les djihadistes sont la preuve que notre modèle d’intégration est en panne, abondait le politologue. Les djihadistes sont des héritiers de la vogue humanitaire, leur mobilisation est comparable à celle des étudiants qui s’engagent dans une ONG. à l’autre bout du monde, faisait valoir l’anthropologue. Les djihadistes sont des jeunes qui étouffent dans une société de vieux, ils partent se dépayser en Syrie comme d’autres deviennent cuisiniers en Australie, précisait le démographe. Les djihadistes sont des enfants d’Internet et des jeux vidéo, ils ont abusé de Facebook et d’Assasin’s Creed ,glissait le spécialistes du numérique. Les djihadistes sont le produit de notre société du spectacle, ils sont simplement en quête de célébrité, Charlie est leur Koh-Lanta à eux résumait le médiologue…

Bref, qu’on aborde le sujet sous un angle purement policier et sécuritaire, ou qu’on l’envisage son seul aspect socio-économique, l’affaire semblait entendue : de même que l’islamisme n’avait « rien à voir » avec l’islam, le djihadisme était étranger au djihad. Tant et si bien que, depuis les attentats de janvier 2015, on a envisagé toutes les explications, toutes les causalités possibles, sauf une : la religion », nous ajouterons à Jean Birnbaum, les valeurs, la morale, l’Idéal, la transcendance et la virilité.

Alors, le salut par les musulmans ?

Revenons sur Zemmour et ce qu’il insinue en somme et posons la question qui fâchera nombre de nos lecteurs : et si le salut européen passait par les Musulmans ? Et si la religion musulmane et la pratique de ses adeptes ne pouvaient pas aider un Occident totalement sécurisé et matérialiste à mettre un peu d’ordre dans sa vie de famille ou dans ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la bioéthique.

Les musulmans ne pèsent-ils pas non plus contre le “mariage” pour tous, l’explosion de l’homosexualité et de la pornographie, l’implosion de la famille traditionnelle, les mortelles fumées de la théorie du genre, bref, contre la nouvelle morale sophiste du tout se vaut ? N’est-ce pas d’ailleurs cette sorte d’idéal rédempteur par le suicide religieux – et l’on peut aussi penser au  »suicide » de Venner dans la cathédrale de Paris – que suggère presque dans son dernier film la cinéaste Cheyenne Marie Caron la plus brillante de sa génération dans La chute des Hommes . Peut-être mais à condition aussi de mettre les points sur les  »i » et de ne pas confondre non plus les cailleras avec les ivrognes authentiques de Dieu. Nous ne sommes pas au cinéma. Dans les derniers attentats, les porteurs d’ordre de Nice comme du Bataclan n’étaient souvent que des petites frappes bisexuelles ou alcooliques, bien éloignés donc de la convergence islamo-catholique. Un silence religieux.

La gauche face au djihadisme, de Jean Birnbaum, éditions du Seuil, Paris, 17 euros.

Répondre