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Élections et Révolution : la voie sans issue

Voie Epee Venner

Élections et Révolution : la voie sans issue

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Il n’y aura pas d’échappatoire en 2017.  Tout est verrouillé. Entre un cheval de retour (Juppé), un atlantiste hystérique (Sarkozy), un jeune turc socialo-libéral (Macron) ou une néo-fasciste en jupette rose (Marine), il n’y aura pas d’homme ou de femme providentielle.

Jean-Marie Le Pen a même prédit le 1er mai 2016, devant la statue de Jeanne d’arc, l’échec du Rassemblement Bleu Marine.  Il ne nous reste que Louis de Bourbon, notre « divine surprise » alors que l’Action française n’est même pas légitimiste.

Une des premières surprises, un véritable paradoxe français, provient de la constatation de cette survie du maurrassisme en France en 2016  que nous avions d’ailleurs indirectement rattaché dans notre précédent texte  au fait qu’il y ait encore en France de nombreux troglodytes, des communistes, des sympathisants trotskystes, des autonomes et ce en 2016 ! Notre pays qui avait d’ailleurs fait sa révolution et décapité son roi un siècle après la « glorieuse révolution anglaise » de 1689 n’est-il d’ailleurs pas avant tout un pays de retardataires et d’intellectuels sournois ?

Le maurrassisme était une doctrine conçue à la fin du XIXe siècle dans le but de combattre le désordre hexagonal créé en France par plus d’un siècle de parlementarisme et de démocratie et manifesté avec éclat par la crise de l’Affaire Dreyfus. C’était la troisième république, nous sommes dans la Vème fondée par un maurrassien, défendue un temps par un maurrassien de « gauche » ( François Mitterrand ) puis dépecée et vendue aux puissances étrangères par un Cambadélis mondialiste ou un Fabius sioniste (Etats-Unis, Israël, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite ) .

Le maurrassisme affirme et met au premier plan la présence d’une élite intellectuelle active et responsable, nécessaire point de départ de tout changement révolutionnaire. La nécessité et l’urgence des élites, c’est bien en somme ce que révèle en filigrane la réponse de Javier Portella au philosophe allemand d’origine coréenne Byung Chul Han . De fait, pour que surgisse l’élite révolutionnaire, il faut un événement traumatisant (guerre mondiale, crise économique, invasion). C’est vrai : nous y sommes mais on n’y voit pas à l’horizon d’élites et encore moins d’ailleurs d’élites guerrières ou masculines, de Mannerbund.

Les mutations consécutives au grand remplacement et à la fin de l’Union Européenne ont suscité partout en Europe de nouvelles forces, de nouveaux ébranlements, porté des nouvelles transformations mais il n’y a pas eu de formation d’élites, de réseaux  de résistance même si certains comme Gabriele Adinolfi en ont compris l’urgence.  Certes on trouve aujourd’hui en France, encore des lecteurs attentifs et scrupuleux de Maurras et de Marx mais c’est bien sûr un Maurras ou un Marx remanié, édulcoré, expurgé . Si, bien des traits du Maurras ou du Marx authentique demeurent, les derniers mohicans du maurrassisme ou du marxisme formulent leurs propres questions et cherchent dans les écrits ou les commentaires des œuvres de leurs maîtres forcément des réponses et des données qui n’y figurent pas. Mais alors quelle pourrait être la force magnétique d’une archéo révolution à construire ? Le peuple ? La défense d’une identité menacée ? Mais même Sarkozy la défend et comment !

Alors, le communautarisme, la protection des raisons de vivre communautaires mais comment fédérer l’atomisation sociale sans religion civile ? La vieille Action Française ou les vieux partis bolchéviques de nos grand-père peuvent alors apparaître comme des modèles de sociabilité heureuse et effectivement on a pu créer sous toutes les latitudes y compris tropicales son maurrassisme et son marxisme. Mais c’est qu’un tel idéal révolutionnaire passait d’abord par l’amour immodéré du drapeau. On aimait la France encore comme sa mère or comment aimer le drapeau si l’on crache en permanence sur le concept de nation ? Incontestablement si l’engagement politique perdure ce ne peut être que pour l’amour de sa patrie et la terre de ses ancêtres, un européisme enraciné et forcément ethnique, imprégné de l’idéal démocratique et royal. Dans cette permanence d’une sorte d’aristocratisme de la rupture, on rencontrera de fait l’approche esthétique et la pensée contre-littéraire .

Du coup, on est forcément piégé par le choix du vocabulaire et l’on en revient nécessairement à l’ambigu « nationalisme ». Le nationalisme frontiste était maurrassien dans ses débuts (années 80-90). Il signifiait avec la Flamme tricolore l’appel insistant à la défense acharnée de l’identité nationale contre toutes les forces de mort et de destruction à l’œuvre (l’invasion-immigration, le libéralisme des mœurs et l’idéologie du genre ) mais aussi, avec Jeanne d’Arc ou les pèlerinages à Chartres, la volonté d’identifier ce combat national forcément particulier à une autre cause, une cause plus élevée et autrement plus décisive : la Tradition et la Foi, la lutte pour des valeurs religieuses suprêmes qui fondent toute civilisation et rassemblent contre les barbares les forces de la « haute humanité ». Le nationalisme maurrassien n’avait en effet de sens que dans l’intégralisme. Mais là encore un tel idéal n’est ouvert et compréhensible qu’aux élites, il illustre les valeurs éternelles de l’arioi évolien, il abhorre les urnes. Il suppose la Tradition et l’adoubement des chevaliers (l’idéal de la « voie de l’épée » de Dominique Venner) .

Voici pourquoi peut-être l’illusion du grand soir ou du coup d’état impossible perdure dans de nombreux rangs. Il envoûte et fascine par cette illusion du « coup de force » au temps des sultans et des califes, des banksters et des bandiers parce qu’il nous faut de nouvelles vigies. Il nous faut un sacrifice  déterminé, une résistance enthousiaste et décuplée effectivement par la force du mythe et la vitalité d’une pensée et d’un style.

Pour le reste c’est-à-dire pour l’essentiel, nous restons affligés puisque par la persistante compromission mondialiste du catholicisme, les racines de l’Europe ont perdu depuis longtemps effectivement les moyens de se revivifier.

Illustration : la voie de l’épée, symbolisme du sabre au Japon et en Europe.
  1. Antiquus
    Antiquus18 octobre 2016

    Je partage souvent vos analyses, mais là, je ne comprends pas très bien à quoi vous voulez en venir. Voulez-vous dire que c’est parce que la France est truffée de troglodytes marxistes ou maurrassiens qu’elle ne peut pas secréter les élites révolutionnaires dont elle a besoin, ou considérez-vous que c’est parce qu’elle n’a plus aucune chance de se sauver que ces troglodytes perdurent? Dans les deux cas, c’est un message peu encourageant. De surcroît, vous me semblez manquer d’information sur la pensée maurrassienne et sur la querelle « légitimisme » contre « orléanisme ». Vous en parlez avec une certaine rancune, mais on ne peut la fois être hostile une école de pensée et considérer que c’est du temps perdu que de la connaître.
    – Sur la pensée maurrassienne. Elle ne peut être un oracle mais seulement une méthode de recherche et d’analyse. Le fait que les maurrassiens l’aient souvent ignorée, et que Maurras lui-même tombe souvent sous le coup de la critique au nom de sa propre méthode n’y change rien.
    – La querelle entre le légitimisme et l’orléanisme n’est pas une querelle dynastique mais une opposition idéologique. le choix de Maurras et de ses successeurs jusqu’à aujourd’hui a été d’avaliser la fusion intervenue en 1883 à Frohsdorf. On peut désapprouver ce choix, mais alors on renonce à faire de la Contre-révolution une option politique.

  2. kralgral
    kralgral18 octobre 2016

    La voie sans issue…
    est celle qui, refusant avec raison, le monde tel qu’il est, nous cantonne dans des sphères virtuelles , égocentriques, et nous dissuade de s’investir et s’organiser face au monde tel qu’il est…………………..

  3. lhomme
    lhomme19 octobre 2016

    Bonjour vous me renvoyez aux derniers soubresauts politiques du royalisme français (deux siècles déjà), à la succession du Comte de Chambord avec ses schismes entre naundorffisme et sévillanisme et la famille d’Orléans en chantre de la contre-révolution. Pauvre Donoso Cortès ! Dans les mois précédant sa mort, il écrivait dans une lettre du 12 novembre : « Je ne dirai rien sur ce qui est possible à présent ; je crois, en mon âme et conscience, que rien n’est possible. Le grand crime du libéralisme, c’est d’avoir tellement détruit le tempérament de la société qu’elle ne peut rien supporter, ni le bien, ni le mal ». On le voit rien de nouveau effectivement sous le soleil avec le débat Byang Chul Han sauf justement la marchandisation du communisme lui-même et la prostitution électorale des bolchéviques et pire des contre-révolutionnaires. Ceci dit, il faut effectivement reconnaître à la lecture de Maurras et de Madiran une méthodologie et un style qu’il importe de perpétuer, de diffuser et de transmettre. Nous en sommes en partie les héritiers. Sommes-nous pessimistes ? Non. Quand les policiers défilent la nuit dans les rues et qu’aucune sanction n’est prise et quand je parle de sanction, je ne pense pas aux sanctions de ceux qui ont manifesté mais au limogeage immédiat du Ministre de l’Intérieur et des chefs de police concernés incapables de tenir leurs hommes, on sait qu’on se prépare à une fin de régime grotesque et à de folles aventures. De fait, nous ne sommes pas dans l’égocentrisme virtuel mais dans la préparation intellectuelle constante de ce qui va advenir, à savoir le pouvoir puisque la nature politique a horreur du vide et que donc nous sommes assurés que nous l’aurons et que nous y serons. Pour l’organisation pratique, elle se fait, excusez-moi, sans internet et sans téléphone portable puisqu’elle exige la clandestinité. En tout cas, croyez-moi, nous ne perdons pas notre temps en treillis à hurler devant la télé une choppe de kro à la main. En ce sens là, je crois bien que nous sommes léninistes ! ML.

  4. kralgral
    kralgral20 octobre 2016

    Le titillement est salutaire…!

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