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Antinucléaires : faut-il laisser braire ?

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Antinucléaires : faut-il laisser braire ?

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Michel Gay ♦

Tenter d’utiliser des arguments techniques et logiques pour expliquer à un antinucléaire viscéral que la production d’énergie nucléaire est une chance pour l’humanité, c’est comme essayer d’apprendre à chanter à une chèvre. Que faire ?

La production d’énergie est un des piliers qui détermine le mode de vie d’une société. Sans une énergie abondante et bon marché, les civilisations modernes s’écrouleraient d’elles-mêmes.

Pour aboutir à cet effondrement, le procédé est simple. Il faut détruire ce qui fonctionne, notamment le nucléaire, pour le remplacer par des moyens qui conduisent à des impasses techniques et économiques tels que, par exemple, l’éolien et le solaire photovoltaïque. La société moderne de consommation « capitaliste » n’y résistera pas et implosera de l’intérieur.

La dangereuse tactique des décroissants

C’est le but ultime visé par les « décroissants », altermondialistes et autres dangereux rêveurs écologistes antinucléaires adeptes d’une certaine « écologie » idéalisée. Ils répandent dans les grands médias complaisants des informations biaisées, voire mensongères. Leur tactique basique, mais efficace, consiste à utiliser des anecdotes ridicules et effrayantes pour impressionner les personnes techniquement ignorantes.

Longtemps, les scientifiques ont laissé « braire » en pensant que ces « bêtises » disparaîtraient rapidement en se heurtant à la solide réalité. Mais en démocratie représentative, il n’est pas bon qu’une majorité de citoyens soit intoxiquée insidieusement et continuellement par des arguments fallacieux, car ils votent. Et ils vont élire des représentants qui pensent comme eux. Ensuite, ils se plaindront des conséquences des décisions prises par ceux qu’ils ont portés au pouvoir.

Le coût du tournant énergétique

Une étude publiée en octobre 2016 a calculé le coût total du tournant énergétique allemand (Energiewende) jusqu’en 2015 (150 milliards d’euros) et son évolution jusqu’en 2025 (520 milliards d’euros).

D’ici 2025, un ménage allemand de quatre personnes qui paie déjà deux fois plus cher son électricité (29 c€ / kWh) qu’un ménage français, payera donc plus de 25 000 € pour augmenter la part des énergies renouvelables à 40% dans la production d’électricité. Et les coûts supplémentaires dans les secteurs du transport et du chauffage ne sont même pas inclus dans ce total, ni les hausses du soutien aux énergies renouvelables et aux réseaux électriques.

En France, le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) envisage une part de 28% à 31% d’énergies renouvelables dans la production électrique d’ici 2023, ce qui correspond à la situation de l’Allemagne en 2016.

« Comment a-t-on pu en arriver là ? »

Si le gouvernement français poursuit sa politique actuelle de transition énergétique, les ménages français subiront le même sort que les ménages allemands.

Au final, la phrase rituelle reviendra : « Comment a-t-on pu en arriver là ? »

La réponse est simple : par manque d’anticipation due à une minorité agissante provoquant une cécité collective du peuple, le plus souvent avec les meilleures intentions du monde.

Cette minorité active a aussi investi les rouages de la démocratie à haut niveau (Union européenne, Assemblée nationale, Sénat).

Parti pris anti-nucléaire

Ainsi, en 2012, en tant que rapporteur, le sénateur du parti écologiste EELV Jean Desessard a réussi à dévoyer les conclusions d’un rapport1 pour aboutir à une démonstration antinucléaire souhaitée par lui et son parti politique. Et cela en parfaite contradiction avec la majorité des 36 auditions de haut niveau effectuées par la commission d’enquête du Sénat (Rapport n°667 du Sénat : « Électricité : assumer les coûts et préparer la transition énergétique » du 12 juillet 2012. Deux tomes et 930 pages au total).

Alors pourquoi les responsables compétents ne montent-ils pas au créneau ?

Il y a plusieurs raisons, notamment celles-ci :

– ils ont un travail qui les occupe. Et contredire posément des âneries avec des arguments techniques prend beaucoup plus de temps que de raconter n’importe quoi. En plus, c’est souvent ennuyeux et ça n’intéresse personne…

– ils sont donc peu invités à s’exprimer dans les grands médias. Lors de la dernière émission d’Arte sur le nucléaire le 20 septembre 2016, la présentatrice n’avait qu’un seul invité : un élu écologiste européen qui a pu dire tout le mal qu’il pensait du nucléaire sans contradiction,

– ils ont souvent un devoir de réserve dans leur domaine,

– lorsqu’ils s’expriment, ils sont accusés d’appartenir à un lobby nucléaire qui défend son pré carré. Bien sûr, le lobby vert n’existe pas…

Quelques ingénieurs et scientifiques se sont risqués à donner publiquement des explications rationnelles. Ils ont dû parfois faire face à une salle hostile noyautée par des associations antinucléaires « indépendantes » (de Greenpeace ?). Ils ne recommenceront pas. Ils ont été interpellés comme représentants de rapaces industriels assoiffés d’argent et mettant intentionnellement en danger les enfants, les personnes âgées, les handicapés, les pêcheurs, et même les oiseaux.

Le débat public en salle sur le stockage géologique CIGEO, par exemple, a dû être annulé au profit d’un débat sur internet.

Le devoir moral d’informer

Tenter d’utiliser des arguments techniques et logiques pour expliquer à un antinucléaire viscéral que la production d’énergie nucléaire est une chance pour l’humanité, c’est comme essayer d’apprendre à chanter à une chèvre : c’est frustrant et vous énervez la chèvre.

En démocratie, chacun a, et doit avoir, le droit de s’exprimer. Mais il faut un équilibre pour proposer des éléments de comparaison aux citoyens afin d’éclairer leurs choix. Une population mal informée peut collectivement basculer dans le caniveau à cause d’une ignorance entretenue.

Laisser braire, c’est bien, mais nos élus doivent savoir raison garder et guider le troupeau vers les pâturages nourrissants en évitant les précipices.

Publié le 15 octobre 2016 dans Énergie et matières premières

  1. Robert41
    Robert4118 octobre 2016

    Sage rappel à la raison. Merci.
    NB : Compliments à la rédaction pour ce tableau asinien. Voilà un animal qui mérite d’être devenu selon moi un symbole de résistance et non un fringant coursier prétentieux qui ne connaît que la fuite.

  2. Franck
    Franck18 octobre 2016

    C’est le problème habituel de la démocratie. Comme disait l’autre (Churchill peut-être): la démocratie c’est bien , mais c’est dommage qu’il y ait des élections. C’est bien de donner le pouvoir à la majorité, le problème est que généralement les électeurs ne connaissent que très mal les sujets souvent très techniques sur lesquels ils sont consultés. Le nucléaire est typiquement de ces sujets. Sur le plan local, il y a les CLI (commissions locales d’information), organe intermédiaire avec le public dans lequel ses représentants sont formés (conférences, visites, documentation). Sur le plan national, il faut citer, entre autres, les efforts de communication de l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) et de son expert l’IRSN (institut de radioprotection et sûreté nucléaire). Chacun peut consulter leurs sites et s’abonner au bulletin de l’ASN par exemple. La réglementation nucléaire a bien évolué depuis quelques années et laisse maintenant une large part à la concertation. Les membres de l’ASN sont indépendants contrairement aux laboratoires dits indépendants mais qui ne le sont pas puisque privés. On peut par exemple consulter (et laisser ses commentaires vus de tous) tous les projets de textes de l’ASN (lois, décrets, autorisations individuelles) en toute transparence (http://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Consultations-du-public-en-cours).

  3. henri
    henri19 octobre 2016

    Très bon article sur le nucléaire …..! Quand on mettra les écolos sur orbite , y’en a qui finiront pas de tourner !! C’est la nature humaine …. La bêtise est le négatif de l’intelligence ….

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