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Tupaia : le pilote polynésien du capitaine Cook

Tupaia Nicholas Chevalie

Tupaia : le pilote polynésien du capitaine Cook

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

L’ouvrage « Tupaia : Le pilote polynésien du capitaine Cook« , rédigé par la Néo-Zélandaise Joan Druett et traduit par Henri Theureau et  Henri Duflos est un livre passionnant : il faut l’avoir lu.

 

Joan Druett

Joan Druett

Il a été publié , traduit en français, à la fin de l’année 2015 aux éditions Ura Éditions à Papeete mais on le trouvera facilement à la Fnac et dans les meilleurs librairies. C’est un livre qui tire enfin de l’ombre le pilote polynésien du capitaine Cook dans un récit émouvant qui nous plonge dans l’histoire de cet homme originaire de Raiatea et qui fut embarqué à bord de l’Endeavour, aux côtés du capitaine britannique.

Nous sommes au milieu du XVIIIe siècle, Tupaia est un « Tahu’a », un grand prêtre. Quand Cook débarque à Tahiti, c’est la guerre, et Tupaia va choisir curieusement de soutenir les « mauvaises personnes ». A-t-il le choix ou est-il curieux ? Il est du côté des voyageurs européens car c’est un voyageur dans l’âme. Il n’hésite donc pas à partir à l’aventure avec le capitaine en avril 1769, d’autant plus qu’il est aidé par le savant Joseph Banks, un lettré qui a vite fait de déceler chez lui le talent des gens cultivés. Durant l’expédition, Tupaia sauvera la vie de Cook à plusieurs reprises, et notamment en Nouvelle-Zélande, quand Cook frôle la mort après avoir abattu un grand chef maori. Retors en politique et doué pour les langues, ce héros local initie l’équipage aux fondements de la culture polynésienne, à ses « tabu » mais aussi à sa culture du pardon afin d’éviter les bains de sang lors des contacts avec les populations autochtones. Maître-pilote, hautement qualifié en astronomie et en navigation, c’est un expert en géographie du Pacifique. Il élaborera ainsi une carte détaillée du Pacifique Sud, qui s’avérera plus tard bien utile à James Cook lors de son deuxième voyage. En effet, grâce aux précieuses données de cette carte, le capitaine découvrira des îles encore vierges et se verra décoré par la Royal Society alors que Tupaia, malade du scorbut, plongera dans l’oubli, puis sera terrassé par la fièvre jaune en 1769, à Java.

Tupaia-livre

Ouvrage dans son édition néo-zélandaise

Ouvrage dans son édition néo-zélandaise

Tupaia fut aussi le premier artiste Polynésien à peindre une aquarelle. Ses œuvres, abritées dans un musée en Angleterre, sont essentielles car elles décrivent les premiers contacts des Anglais avec les îliens. De même, Tupaia est le premier Polynésien à écrire, ce fut dans une grotte en Nouvelle-Zélande. D’ailleurs, des éléments attestent aujourd’hui qu’il a transmis son instruction aux Maori. En fait, les premiers contacts avec les Maori auraient pu se terminer dans un bain de sang comme en Amérique du Sud sans la diplomatie habile de Tupaia. Ce livre est donc aussi entièrement dédié aux rencontres entre les Européens et les Tahitiens du 18e siècle. C’est un livre d’aventures mais surtout, une biographie historique romancée.

Toute la première partie du livre se déroule à Raiatea. On s’attarde sur la jeune vie de Tupaia puis sur sa rencontre avec les Européens, d’abord pendant la présence de l’équipage de Wallis puis pendant celle de Cook. On en apprend beaucoup sur l’Histoire du peuple tahitien, sur son organisation, sur ses croyances ainsi que sur les pratiques différentes de la navigation tahitienne par rapport à la navigation européenne du 18e siècle. Il est réellement fascinant de réaliser que l’art de la navigation extrêmement précis et efficace développé par les Polynésiens n’était basé que sur l’observation des courants, des étoiles, du vent, des nuages ou encore des algues tandis que les Européens utilisaient les mathématiques et les instruments scientifiques sans savoir trop où ils allaient.

Tupaia et cook

Tupaia et cook

La biographie se poursuit par le voyage dans les eaux du Pacifique. Les talents de Tupaia sont mis en valeur en Nouvelle-Zélande où la culture maorie du 18e siècle est également présentée, nous permettant de comprendre le lien culturel entre Tahiti et la Nouvelle-Zélande, puis en Australie où la sensibilité interculturelle du prêtre tranche cruellement avec la balourdise des Anglais face aux Aborigènes. Tupaia parvient à bien mieux maîtriser l’art de la négociation et de la diplomatie et il sauve régulièrement ses compagnons de voyage de conflits imminents.

Qui est donc le plus civilisé, le plus cannibale d’entre eux ? Cette biographie qu’aurait apprécié Montaigne est aussi très intéressante pour sa façon d’alterner le point de vue européen et tahitien, montrant combien certaines actions étaient toujours interprétées de travers par les célèbres explorateurs britanniques et ce par cécité culturelle. Jean Guiart nous dit la même chose à propos des anthropologues contemporains .

Aquarelle de Tupaia

Aquarelle de Tupaia

Enfin, la mort de Tupaia et de son disciple à Batavia, est proprement tragique par le fait que ses connaissances se soient à jamais perdu sans que les Européens n’en ait d’ailleurs vraiment réalisé la gravité. On retrouve ainsi cet aplomb insolent et presque incroyable des Européens en voyage face aux autres peuples. Il ne faut d’ailleurs pas aller bien loin pour s’en rendre compte encore aujourd’hui ! Ainsi, cet épisode surprenant : à Wallis, à un moment donné, Cook décide sans complexe qu’il a colonisé une île alors qu’il est reçu à une cérémonie royale. Il lit alors une déclaration d’annexion en Anglais que personne forcément ne comprend. Plus loin Banks vole un objet sacré à un Maori tout en passant son temps à se plaindre de la propension à voler des « indigènes ».

Tupaia sera oublié des récits officiels des découvertes alors qu’il en fut sans doute le vrai guide officiel de la colonisation européenne du Pacifique.

« Le pilote polynésien du capitaine Cook«  de Joan Druett,, Ura Editions, Tahiti 2015, 415 p,traduction Henri Theureau et Luc Duflos.
Illustration : race to the market, Tahiti de Nicholas Chevalier
  1. Antiquus
    Antiquus21 octobre 2016

    Excellent compte rendu. M. Lhomme est meilleur en ethnologie qu’en maurrassisme.

  2. lhomme
    lhomme21 octobre 2016

    Vraiment ? Une confidence : ne manquez surtout pas le prochain numéro de Nouvelle École !!!!
    ML.

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