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Cinéma : La nouvelle vie de Paul Sneijder de Thomas Vincent

Tv La Nouvelle Vie De Paul Sneijder

Cinéma : La nouvelle vie de Paul Sneijder de Thomas Vincent

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Michel Lhomme, politologue, philosophe ♦

Reconnaissons-le, nous évoquons peu le cinéma sur Metamag. C’est dommage. C’est souvent l’été que nous faisons notre cure de salles obscures comme d’autres dévorent des romans fleuves sur les plages. Les salles de cinéma étant comme on le sait climatisées, ils nous arrivent ainsi souvent d’y passer tout un après-midi estival et de fait, nous nous tapons les blockbusters du moment, pas tous inintéressants d’ailleurs, et parfois un chef d’œuvre international comme le Julietta de Pedro Almodovar qui oui nous l’avouons, nous a fait pleurer et puis on tombe parfois soudain sur quelques pépites et curiosités des salles obscures.

tv-2Ce fut ainsi le cas récemment de La nouvelle vie de Paul Sneijder de Thomas Vincent, un magnifique témoignage filmique de survie après la mort avec un bouleversant et étonnant Thierry Lhermitte. Le scénario – et là, il y a effectivement un scénario – raconte l’histoire d’un homme miraculeusement rescapé d’un accident d’ascenseur qui décide, après avoir assisté en quelques secondes au défilé panoramique de sa vie, de changer radicalement d’existence. Ce « cadre sup » installé sur l’île des Sœurs, une banlieue chic de Montréal au Québec va tenter de survivre après cet accident auquel sa fille Marie n’a pas survécu. Le film narre donc le travail de deuil du héros principal sorti physiquement indemne de l’accident mais totalement éprouvé psychiquement par une double culpabilité, celle du survivant – pourquoi « moi » et pas les autres ? – et celle du père négligent. Ce travail du deuil est filmé sobrement, avec une grande dignité totalement dénuée de tout pathos. Le film est tiré du roman de l’auteur commercial et populaire Jean-Paul Dubois, Le cas Sneijder . Il amplifie l’état de sidération romanesque du deuil par la bande-son oppressante et inquiétante, par les décors extérieurs, l’atmosphère enneigée des rives du fleuve Saint-Laurent, les bâtiments tristes et gris (funérarium, cabinet d’avocat, hôpital).

tv-1Par cette histoire, on se trouve amené comme le héros principal souvent filmé en gros plans à tout remettre en question, à considérer les conséquences et les implications matérielles d’un drame saisi comme sordide et indécent. La femme du héros souhaitant tout faire pour porter plainte contre la compagnie d’ascenseur et récupérer ainsi le maximum d’argent. Notre héros s’en fout. Placé au centre d’une famille avide et intéressée par les suites de ce décès accidentel, on assiste à sa reconstruction si une reconstruction est vraiment possible dans ce cas car en réalité, on assiste à autre chose, à une descente intérieure où ce dernier s’évade, coupé de tout, seul avec ces quelques chiens qui seront au final pour lui le début de la thérapie.

En contrepartie de cette descente avec les chiens, il y a le « monde » soit disant humain et le discours et le raisonnement d’êtres totalement décalés dans leurs propos, qui ne pensent qu’à l’argent ou croient qu’il sera toujours possible de remonter la pente. Mais remonte-t-on la pente ? Ce film de Thomas Vincent met ainsi en avant l’incompréhension et l’immense vide qui s’installent entre la douleur pure et violente de ce père, culpabilisé face à sa fille disparue, et son épouse, cynique, manipulatrice, égoïste et prête à tout pour récupérer l’argent d’un procès. Mais l’homme rebondira. Il se transformera et réapprendra à vivre. Il renaîtra après avoir été démoli.

Contrairement au cinéma réaliste français de plus en plus terne, triste et sans rédemption possible, le film de Thomas Vincent est en fait un film de renaissance optimiste malgré la dureté du sujet. Thierry Lhermitte que d’habitude nous n’apprécions pas trop est ici remarquable en promeneur de chiens claustrophobe et doucement mélancolique, rejetant – comme nous au prix de l’extrême solitude – tout ce qu’il considère comme des fausses valeurs. C’est un film rare, profond, intelligent, plein de sensibilité et d’humanité et même parfois humoristique, le film d’une aventure existentielle et spirituelle qui a en plus le mérite de n’être absolument pas prétentieux contrairement à d’autres navets comme le dernier film du chouchou de Cannes, Mommy de Xavier Dolan .

La nouvelle vie de Paul Sneijder nous montre tout simplement le chemin à prendre vers l’autre côté du miroir d’une société centrée sur la réussite, l’argent, la course contre la montre. Le film a eu de mauvaises critiques de cinéphiles qui l’ont jugé convenu, long et ennuyeux. Il faut donc le voir car c’est faux. C’est un film français décalé qui prend son temps pour décrypter la lente métamorphose d’un cadre expatrié dans le monde ultra libéral du Canada d’aujourd’hui.

 

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