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La guerre du Pacifique par Nicolas Bernard : une synthèse remarquable

Japonais Guerre

La guerre du Pacifique par Nicolas Bernard : une synthèse remarquable

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Rémy Valat, historien ♦

la-guerre-du-pacifiquela-guerre-germano-sovietiqueNicolas Bernard est avocat et historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Sa première publication majeure, dédiée au front de l’Est (La guerre germano-soviétique parue aux éditions Tallandier en 2013) a très rapidement été rééditée au format poche (collection Texto). L’auteur, qui s’abreuve aux meilleures sources françaises et anglo-saxonnes sur la question, a relevé le défi d’écrire une synthèse de plus de 600 pages (hors bibliographie et renvois de notes) sur la guerre du Pacifique. Nicolas Bernard y est parvenu.

L’auteur manipule avec excellence les différents jeux d’échelle, tant et si bien que le lecteur se retrouve toujours au bon endroit et à la bonne place pour saisir tous les aspects de cette guerre. Nicolas Bernard débute son étude avec la montée en puissance du Japon, une nouvelle puissance impérialiste qui va se heurter à un autre impérialisme, celui des États-Unis.

Même si Nicolas Bernard a su exploiter l’historiographie anglo-saxonne, celui-ci se montre objectif et fait la part des choses quant aux motivations (le prétendu désir d’émancipation des peuples qui aurait animé les puissances coloniales japonaise et américaine) et aux responsabilités des belligérants. Il est heureux de relever sous sa plume que la montée en puissance du Japon militariste n’a pas été un plan préconçu, lancé selon un mouvement uniforme avec pour unique finalité la guerre.

Si Nicolas Bernard ne minimise pas les responsabilités des autorités militaires nippones dans le déclenchement de la guerre et les exactions de la troupe sur le champ de bataille, celui-ci la met en perspective avec la politique asiatique états-unienne et les contraintes géopolitiques et économiques (en particulier les besoins énergétiques de la flotte qui consommait 400 tonnes de carburant par heure en 1941) rencontrées par le Grand Japon.

Dépeinte comme une puissance xénophobe, le Japon a fait face à un adversaire qui ne l’était pas moins, pratiquait la ségrégation des hommes de couleurs et considérait les Japonais ni plus ni moins que comme des « insectes » ou des « singes », face auxquels rien ne vaut mieux que l’anéantissement par bombardement (nucléaire inclus) ou le lance-flamme : jusqu’en 1943 aucune action de propagande ne sera tentée pour démoraliser l’ennemi et l’inviter à se rendre.

les-japonais-et-la-guerreC’est d’ailleurs un autre travers de l’historiographie américaine que de dépeindre les Japonais comme des « fanatiques » : des soldats peuvent se rendre ou déguerpir si, fragilisés moralement, ils savent qu’il existe une issue. Encerclés sur une île, certes le crâne bourré de propagande, mais aussi animés par un réel sens de l’honneur, des soldats nippons ont, par désespoir, lancé la dernière charge ou se sont donnés la mort. Ce « fanatisme » et les exactions de l’armée impériale ne relevaient pas uniquement de l’idéologie. L’Infanterie nippone, mal équipée pour un conflit moderne au détriment de la flotte et engagée sur des théâtres d’opérations difficiles avec un environnement des plus hostiles (la jungle birmane par exemple) a inévitablement commis des dérapages (une des explications les plus plausibles, concernant l’affaire Voulet et Chanoine (1899), s’explique en particulier par des carences en matériel et l’insuffisance des effectifs).

Je ne formulerai qu’une très petite critique. Le préfacier de l’ouvrage (François Kersaudy) prétend que l’étude des œuvres littéraires et cinématographiques et l’évolution des représentations mémorielles faite par l’auteur est « unique », c’est inexact, l’auteur s’appuie plutôt sur les travaux de Mickaël Lucken, Les Japonais et la guerre, 1937-1952 ( Fayard, 2013) que l’auteur cite dans sa bibliographie (l’influence de ce livre est manifeste en différents points du livre).

La guerre du Pacifique par Nicolas Bernard, préface de François Kersaudy, éditions Tallandier, Genre : Essais historiques, Parution : 3 octobre 2016,
816 pages, prix public TTC : 29,90 €.

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