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Saint-Nectaire : l’église romane du Soleil

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Saint-Nectaire : l’église romane du Soleil

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Michel Lhomme, philosophe ♦

Nectaire-livre-daniel-tardyAu Musée des Beaux-arts de Lima où se déroule actuellement une grande rétrospective sur la peinture cuzquénienne avait été présenté en 2015 une exposition sur la culture Chavin  que nous avions annoncée . Un nouveau regard était alors porté par les commissaires d’exposition sur les couloirs labyrinthiques de Chavin qui conduisent au célèbre Lanzon avec leurs fameuses têtes de félins clouées dans la pierre. L’ensemble se présentait en effet comme un rituel chamanique de transes sous l’effet du San Pedro, un cactus hallucinogène. La reconstitution de l’ensemble soulignait l’évidence par un jeu d’ombres, de lumières et d’hallucinations du parcours magique du temple.

L’Europe du début du Moyen-âge avait perdu depuis longtemps l’usage des drogues druidiques mais sans doute pas la notion du parcours ésotérique d’initiation propre aux grandes civilisations orales. C’est ainsi que l’Eglise de Saint-Nectaire dans le Puy-de-Dôme a fait l’objet d’une étude remarquable par le photographe lyonnais Daniel Tardy. Au cœur de la nef, chaque jour de l’année, le soleil filtré par les vitraux éclaire en effet le saint du jour, représenté sur l’un des 103 chapiteaux historiés de ce petit bijou de l’art roman auvergnat.

nectaire-Cette église romane déploie ainsi successivement un véritable calendrier solaire pensé et conçu par les Bénédictins, commanditaires de l’Eglise à la fin du XIème siècle. Le travail du photographe lyonnais est remarquable puisqu’il a passé quatre-vingt jours, étalé sur trois ans, à photographier les chapiteaux, du lever au coucher du soleil. Le livre fut publié en 2013. Son intérêt est immense puisqu’il n’est pas pour une fois spéculatif ou fantaisiste comme tant d’autres sur le Saint-Nectaire ésotérique même si on ne peut écarter en effet la dimension alchimique du lieu. Le livre se présente comme un vrai dossier scientifique regroupant les 480 photographies publiées et datées (jour et heure), elles sont judicieusement éclairées par un texte religieux (extraits de la règle de Saint-Benoît, écrits apocryphes chrétiens, écrits des Pères de l’Eglise) c’est-à-dire la compilation exacte des ouvrages de référence des Bénédictins que le photographe pris de passion soudaine pour cette église a recherché au moment où ils ont lancé la construction de Saint-Nectaire.

nectaire-nefLa découverte du lyonnais Tardy est surprenante. Au départ réalisateur de films publicitaires, il avait tout simplement accepté à la fin des années 90 de tourner un film de commande sur le célèbre fromage local lorsqu’il se rendit compte que les chapiteaux de l’Eglise étaient bien évidemment peints. Daniel Tardy fut alors fasciné par leur beauté mais surtout l’étrangeté des contrastes de couleurs qui ne paraissaient pas, selon lui, être le simple fruit du hasard ou du caprice de l’artiste. Il commença alors à les photographier, un par un, à des moments différents de la journée, avant de s’apercevoir de ces drôles de coïncidences entre le saint du jour et la lumière en suivant tout simplement le calendrier en vigueur au XIIème siècle sur lequel il travaillait. Daniel Tardy insiste : il n’est ni historien, ni scientifique. C’est juste un photographe et il ajoute « j’ai juste établi un constat qui peut éventuellement ouvrir de nouvelles portes » (Le Pèlerin n°6668 du 16 juin 2016, p.56). Le photographe lyonnais a alors eu la chance d’être soutenu dans sa tâche par un Inspecteur général des Monuments Historiques qui ne l’a pas pris pour une fois pour un illuminé et c’est ce travail d’amateur et de passionné au sens noble du terme qui a été validé officiellement depuis sur deux chapiteaux par un chercheur du Cnrs devant un parterre d’architectes des Bâtiments de France.

nectaire-chapiteaunectaire-auvergne-france-Ainsi, la construction de ce magnifique édifice roman ne doit-elle rien au hasard. L’église avait bien été construite de manière à ce que le soleil éclaire un point particulier de la nef à un moment précis de l’année. Selon la théorie de Tardy, les 103 chapiteaux que compte l’église sont éclairés en fonction de la fête du jour. Ainsi, la représentation de Saint Benoît serait éclairée le 14 mars, celle de Mathieu le 21 septembre. Au total sur une période prolongée d’observation de 80 jours, le documentariste a relevé 99 de ces « coïncidences » qu’il détaille dans son livre. Un livre dans lequel on apprend aussi avec étonnement que l’église de Saint-Nectaire pourrait avoir été construite à l’origine à La Chaise-Dieu située à plusieurs dizaines de kilomètres de là, avant d’être reconstruite pierre par pierre sur son emplacement actuel.

Toute la lumière sur l’église romane de Saint-Nectaire, Daniel Tardy, Editions BZT et Cie, 464 pages, 480 photos – Prix : 79 euros (l’ouvrage est en vente directe sur le site de l’auteur.

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