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Elections américaines : la dernière ligne droite

Presidentielles US

Elections américaines : la dernière ligne droite

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Jean Guiart, ethnologue, anthropologue ♦

Sondage du Los Angeles Times le 2 novembre 2016, 10 h 30 : Trump  47, 8 (+ 0,9) , Clinton  42,4 (- 0,9). La différence entre les deux est de 4,4 % en plus, par rapport à Clinton en faveur de Donald Trump.

La chute d’Hillary Clinton est de plus en plus nette et semble difficile à rattraper en quatre jours. La différence d’un point dans le soi-disant sondage du Washington Post, la boîte de sondages et le journal ayant le même propriétaire, est un effort désespéré pour mobiliser les électeurs supposés de Clinton.

La perte de voix chez les électeurs noirs est confirmée. Ils n’ont pas la moindre confiance en elle, qui ne les a jamais aidés et ils ont perdu confiance dans leurs organisations traditionnelles devenues inefficaces et qui se perdent dans des querelles de personnes. Les Latinos aussi vont la délaisser. Hillary a cru sans doute à tort que l’argent, des masses d’argent dépensées, régleraient tout et que les électeurs appartenant à des minorités la feraient gagner. Mais elle n’a rien fait d’intelligent pour obtenir ce résultat, et du coup elle a perdu aussi de plus en plus de voix blanches, les blancs se rendant compte de l’effet potentiel gravissime de cette politique, due à une analyse en dehors du temps. Sa prétention à être seule capable de gouverner les États-Unis n’apparait plus crédible, le FBI, bien informé, venant en plus de virer complètement de bord en annonçant une enquête sur les méthodes des Clinton avec leur fondation. On n’a jamais vu cela aux États-Unis.

Rappelons-le, Trump sait faire une chose : négocier. On a tenté de le diaboliser, mais cela a obtenu dans l’électorat l’effet contraire et Trump, seul contre les puissances financières, fait maintenant figure de héros avec un langage semé d’hyperboles qui plait. Il ressemble un peu aux héros grands parleurs des histoires de chevaleries siciliennes.

Maintenant on peut anticiper, ou plutôt rêver

Hillary Clinton tiendra-t-elle le coup ou s’effondrera-t-elle ? Paniquera-t-elle devant la menace juridico-policière ? Ceux qui lui avaient fait confiance en se disant que c’était de l’argent bien placé vont vouloir donner des gages à l’adversaire. La frontière bien organisée, celle du Canada peut lui être fermée. On peut s’attendre à ce que tout son entourage la trahisse. Ou ira-t-elle au plus près et se confiera-t-elle au frère cadet de Castro ? Son avion peut aussi être abattu sur l’ordre de ceux qui ne veulent plus qu’elle puisse parler. Que fera son mari, qui pendant ce temps courait après une « bimbo », comme on dit là-bas ?

Je ne crois évidemment pas à tout cela, qui est pour le moment du roman, avec un beau sujet pour les auteurs qui réagiront dans l’instant. Me fondant sur mon expérience des crises aux États-Unis, je pense qu’on va voir surgir de tous les côtés des négociateurs de quelques poids, habiles à concilier les contraires et à mettre des millions de dollars dans la balance. Chacun sait que cet empire surpuissant, que les Philippines osent chatouiller sous le menton, est en proie à des contradictions dont il ne parvient, ni à trouver la source, qui est la corruption intérieure à un niveau d’État bananier, éclatante dans des fournitures militaires qui ne fonctionnent jamais bien, ni à entreprendre une réforme en profondeur. C’est le mandat qui va être confié à Donald Trump, le personnage le plus inattendu pour pareille entreprise. Les Russes et les Chinois se frottent les mains mais ont quelques inquiétudes devant l’imprévision que représente le futur président américain.

Quant à Obama, il vient de se couvrir de ridicule. Toute sa politique s’effondre, dans la mesure où l’on peut soutenir qu’il avait une politique et ne se contentait pas de résister faiblement, pied à pied, aux néoconservateurs, les « clintonniens » qui l’entouraient. Les Philippines l’ont lâché. La Malaisie est en train d’en faire autant. Les pays du Sud-est de l’Asie ne veulent pas d’une politique concoctée à Washington, en dehors d’eux, et dont ils seraient en fin de compte les victimes. Ils ont vécu avec la Chine au cours des millénaires et connaissent aussi bien ses forces que ses faiblesses, ils savent s’accommoder à l’asiatique et ils se sont toujours de toute façon débrouillés pour survivre.

Sondage du Los Angeles Times le 4 novembre 2016, 7 h 30, Trump  46,9  % (- 0,4) , Clinton  43,4  % (+ 1,1), la différence est  de 3,5 en faveur de Trump.

Est-ce le commencement d’un nouveau zigzag ?

On verra demain. Pas d’explication possible pour le moment. En faisant le tour de la presse américaine, on se rend bien compte que les lecteurs commencent à en avoir assez et qu’ils rudoient maintenant les journalistes et les sondeurs. Les journaux eux-mêmes se mettent à parler de tout, sauf de l’élection comme si elle n’avait plus d’importance. Ils disent tous que Trump, qu’ils couvraient de sarcasmes, n’a jamais été aussi près de passer, mais qu’il n’est pas sûr qu’il ait ses 270 grands électeurs, ce qui est une lapalissade et que Mme Clinton est au désespoir et se raccroche à des actrices ou des chanteuses comme Beyoncé ou Madonna pour la soutenir. Mais personne ne tente plus la moindre analyse, et les explications vaseuses données, district électoral par district électoral, quand elle existent, sont d’une invraisemblable complication et peuvent aboutir à des résultats différents selon le journal. Pour dire vrai, il y a des invraisemblances même dans les meilleurs sondages.

Sondage du Los Angeles Times  le 5 novembre 2016,  5 h 45, Trump  48 % (+ 1,1) dépasse Mme Clinton (42,6 %) de 5,4.

Cette différence semble difficilement rattrapable, mais on ne sait toujours pas s’il a ses 270 grands électeurs. Trump  dépasse Hillary Clinton chez les 34-64 ans, ce qui n’était pas le cas il y a quelques jours. Il monte chez les femmes, ce qui est contraire à ce qu’affirment les journaux. Il monte chez les Latinos et domine chez les Asiatiques.

En France, nous avons constaté plusieurs fois ces jours derniers des commentaires fantaisistes de journalistes sur les chaînes de télévision grand public et à la radio (France-Inter, RFI) imputant, non sans rire, tous les résultats électoraux à venir à la manipulation de Vladimir Poutine accusé maintenant de vouloir falsifier à distance les résultats des élections présidentielles américaines. Or, pour la première fois depuis l’accord de Vienne, aucun observateur russe ne pourra contrôler le bon déroulement des élections dites  »démocratiques  » américaines. Jamais aussi dans l’histoire du journalisme français, la couverture des élections américaines n’aura été aussi peu objective. ML.

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