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Croissance, énergie et paix durable

Croissance

Croissance, énergie et paix durable

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Michel Gay ♦

Tel qu’il est défini actuellement, le développement durable est incompatible avec une paix durable. Il existe pourtant une autre vision de l’avenir fondée sur le savoir et l’énergie pour converger vers la paix.

L’économie peut se définir comme « la science de l’administration des ressources rares » selon Raymond Barre.  Les théories économiques « académiquement correctes » actuelles postulent que la Terre étant un système isolé au milieu de l’Univers, ses ressources minières, énergétiques, aquifères, agricoles, etc,… sont limitées. Il faudrait donc restreindre leur utilisation afin de préserver la planète pour nos enfants.

C’est dans ce cadre de pensée que se situe le concept de « développement durable ». Il a été inscrit dans le marbre du rapport Brundtland de 1987, après le rapport du Club de Rome « Halte à la croissance » de 1972. Une multitude d’experts a ensuite considéré ce dogme comme un remède indispensable pour soigner les maux dont souffre la planète.

L’idée générale est que, compte tenu du caractère limité des ressources planétaires, vouloir assurer à tous les habitants de la planète un niveau de vie comparable à celui des citoyens des pays développés aurait pour effet d’accélérer la venue de la catastrophe finale.  Ce concept de développement durable « écologiquement correct » n’a donc pas pour objectif d’éviter l’anéantissement (inévitable ?) de l’humanité, mais d’en retarder l’issue fatale par une gestion optimale… de la pénurie.

C’est le dernier avatar de la pensée malthusienne qui imagine qu’une élite éclairée pourra contraindre l’homme à une paupérisation généralisée, rebaptisée cyniquement « frugalité » ou « sobriété », afin de ralentir sa course vers l’abîme. Cette idéologie dominante est devenue la référence obligée des décideurs politiques. Elle est censée concilier les trois impératifs de croissance économique, de réduction de la pauvreté, et de préservation des écosystèmes.

Ainsi, depuis le premier « Sommet de la Terre » à Rio de Janeiro en 1992, le développement durable fait l’objet de grandes messes internationales, appelées COP (conférences des parties) qui se tiennent annuellement à grand renfort de trompettes.

Mais la pénurie et le partage des maigres ressources disponibles dégénèrent toujours en conflits. Seuls les plus forts survivent aux dépends des plus faibles, souvent obligés de fuir la misère et la mort. « Quand le foin manque au râtelier, les chevaux se battent« .

Prétendant corriger ces désordres, le développement durable « écologiquement correct » ne fait que les aggraver. Dans ces conditions, l’avènement d’une paix durable est toujours durablement repoussé.

Tel qu’il est défini actuellement, le développement durable est incompatible avec une paix durable. Il existe pourtant une autre vision de l’avenir fondée sur le savoir et l’énergie pour converger vers la paix.

En effet, sans en être consciente, l’humanité vit et prospère dans un système ouvert dont l’une des ressources, le savoir créatif, est potentiellement illimitée. Le savoir sous sa forme la plus large (savoir, savoir-faire et savoir être) est ainsi la clef de voûte d’une croissance économique respectueuse de l’environnement. Le savoir peut établir une paix durable en supprimant les pénuries génératrices de conflits par l’application du principe énoncée par Lavoisier il y a deux siècles : « Rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme« .

Ainsi, au prix d’un usage intensif d’énergie et de savoir-faire, le « rendu » après transformation (qui nécessite de l’énergie) sera identique au « prélevé » dans la nature. Grâce à l’énergie et à l’utilisation intelligente des ressources matérielles, nos sociétés sont capables de produire « en boucle » en recyclant les produits consommés.

Une pensée erronée a assimilé la production de « déchets » à du gaspillage de ressources naturelles. Pourtant, les atomes de fer, de cuivre, de phosphore, de souffre, etc., … ne disparaissent pas de la terre après utilisation. Les déchets sont des ressources naturelles, tout comme la mer, les mines ou les champs agricoles. Les ressources de la planète sont recyclables à l’infini pour fabriquer des biens de consommation, grâce à l’énergie.

Il faut une énergie disponible et abondante pendant des siècles, qui n’émette pas de gaz à effet de serre, ne confisque pas de terres agricoles, ne perturbe pas la vie par des polluants dans les airs, sur terre et dans les mers.

L’énergie nécessaire pour mettre en place cette boucle de consommation vertueuse existe déjà, c’est l’énergie nucléaire.

Malheureusement elle est encore trop peu utilisée. La pensée écologiste antinucléaire impose subrepticement sa loi dans les couloirs des instances européennes depuis une trentaine d’années. Cette pensée « verte » a quasiment fait disparaître le savoir-faire européen en matière de technologies nucléaires dans ces sphères de pouvoirs et de financements. Presque tous les programmes de recherche et développement ont été sabrés, hormis ceux consacrés au démantèlement et à la gestion des « déchets ». Les compétences en matière d’ingénierie nucléaire ont diminué. Les mouvements politiques écologistes, aidés par les grands médias, sabordent consciencieusement ce savoir-faire nucléaire européen. La France a été relativement épargnée par ce désastre. Cependant, la gouvernance douteuse d’Areva et le manque de soutien affiché de l’État durant ces dix dernières années ont malmené notre industrie nucléaire.

Lorsqu’il faudra répondre aux gigantesques futurs besoins en énergie de l’humanité (élévation mondiale du niveau de vie, voiture électrique, dessalement de l’eau de mer, chauffage, nouveaux usages, …) seule l’industrie nucléaire de la France pourra répondre présente en Europe… Mais elle devra s’appuyer sur un partenaire solide dans le cadre d’une coopération internationale.

Réjouissons nous… C’est déjà le cas en Grande-Bretagne où il est prévu la construction d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires (EPR) avec la Chine. C’est également le cas en Turquie où la vente de réacteurs ATMEA a été réalisée en coopération avec le Japon (Mitsubishi Heavy Industrie). D’autres partenariats sont possibles (États-Unis, Russie, Inde,…).

Le savoir doit mettre la science au service de l’homme pour une « écologie intégrale », c’est-à-dire environnementale, économique, sociale et humaine. Il s’agit de bâtir un développement humain harmonieux fondée sur l’alliance du savoir et de l’énergie, facteurs d’une paix durable.

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