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Trump la surprise : une analyse de la victoire

Trump 2016 Victoire

Trump la surprise : une analyse de la victoire

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Les Français n’en reviennent pas et on se fait traiter de « néo-fasciste » si on a simplement le malheur de se féliciter de la victoire de Donald Trump principalement sous l’angle de nos intérêts d’européens.

Ainsi donc au terme d’une longue et houleuse campagne remplie de spectaculaires rebondissements que Métamag s’est pris un plaisir à suivre contre les inepties du Monde, les Américains ont donc enfin tranché par  les urnes pour désigner le 45e président des Etats-Unis, un président « volcanique » mais un vrai «républicain», un républicain isolationniste qui défend non pas une société fermée mais une Amérique ferme dans ses frontières , une Amérique des valeurs blanches.

Donald Trump c’est aussi la victoire d’une volonté de redressement économique et moral de l’Amérique en plein déclin sociétal. Qu’on le veuille ou non, l’Amérique c’est aussi le miroir de l’Europe et la victoire de Trump se trouve placée dans tout un contexte, celui du Brexit, des 5 de Višegrad, d’un possible échec de Matteo Renzi lors du référendum italien, d’une drôle de victoire autrichienne, voire celle d’une femme à la présidentielle française de 2017. C’est pour cela que la victoire de Trump agace et enrage.

Une campagne aux allures de guerre civile

En fait, les deux camps se seront violemment affrontés sur tous les sujets durant les longues semaines d’une campagne aux allures de guerre civile. Or, ce qui fut incroyable dans la couverture française de cette campagne et ce qui laisse les Français en état de sidération c’est que, deux semaines avant le scrutin, pour la presse française comme américaine, le sort de l’élection paraissait scellé avant l’heure : l’ancienne secrétaire d’Etat filait sereinement vers la victoire finale. On ne voulait pas voir dans les salles de rédaction les ultimes rebondissements, dont seuls les Américains détiennent le secret. On n’informait pas les lecteurs des magouilles de Hillary Clinton mise en cause par le FBI. On cacha la manipulation de la journaliste de CNN aux questions préparées pour la candidate démocrate. On cachait même le plus possible les photographies de la fatigue et des malaises d’Hillary.

Pour les Français, y compris au Quai d’Orsay qui a perdu depuis longtemps le sens de la mesure diplomatique, on sentait  la colère, l’inquiétude, la stupeur et même une certaine exaspération et rancœur contre le peuple américain. Comment ce peuple a-t-il pu nous faire cela, porter nos dogmes moraux aux oubliettes de l’Histoire ? Le peuple est-il finalement impossible à éduquer ? La présidentielle américaine de 2016 aura ainsi révélé un système démocratique «à bout de souffle» car la fin de l’Empire c’est aussi cela, la fin du système politique de l’élection démocratique représentative.

La victoire de Donald Trump est aussi la revanche de l’Histoire contre l’Amérique gendarme, cette Amérique que courtisent François Hollande et Nicolas Sarkozy pour la Syrie, l’Amérique du monde global, puissance globale aux intérêts globaux et à la stratégie globale.

Trump saura-t-il définir un nouveau visage de l’Amérique ?

Donald Trump, est un homme clivant, provocateur, excessif, parfois exaspérant mais c’est aussi un fin négociateur. C’est quelqu’un qui écoute et sait s’entourer de personnalités compétentes. Il n’est pas ce visage risqué de l’Amérique que l’on a cherché à nous vendre.

Que ce soit sur le problème latino comme sur celui du genre, il a su, à chaque fois, affirmer des valeurs conservatrices tout en demeurant pragmatique sur le terrain. Il est enfin le candidat d’un parti, d’un grand parti qui est loin d’être monolithique. On débat sans doute plus au Parti Républicain qu’au Parti socialiste français. où chez Les républicains.

Derrière la caricature que Trump a surjoué à l’extrême se cache le renard de Machiavel celui qui maîtrisant parfaitement la communication politique du spectacle et de l’apparence médiatique contemporaine cache un animal politique parti en guerre contre le système oligarchique et néoconservateur, le système politiquement correct de ceux qui ont la morale du Bien toujours pour eux. En hystérisant la campagne, le milliardaire a ratissé large parmi les couches populaires, les «sans-dents » dont il fut durant quelques semaines le porte-parole officiel et temporaire.

Le personnage, qui avait déjà déjoué tous les pronostics en remportant la primaire républicaine, avait en fait bien senti la colère qui grondait au sein de la société américaine. C’est cette même colère qui nous assaille aussi aujourd’hui dans nos rues, par toutes sortes de revendications catégorielles hors syndicats, considérés aujourd’hui comme des vendus du pouvoir. Nos candidats à la présidentielle française feraient bien de réfléchir un peu plus à cette défiance de l’Amérique profonde vis-à-vis des élites de Washington, des médias et des journalistes. Trump s’est en fait employé par tous les moyens à transformer ce dépit populiste en force électorale en mesure de le porter à la Maison-Blanche pour dynamiter le système de l’intérieur. Il a réussi. C’est un bon coup mais aussi un bon exemple de ce que  le Front national pourrait et devrait faire en France. Mais pour cela, il lui faudrait du panache, de la vraie provocation et déchirer le papier cellophane  qui le ceinture actuellement.

Ne soyons pas non plus naïf. Trump aussi exaspérant et inquiétant soit-il, est aussi un homme du système sauf qu’il a menacé de sortir de l’OTAN, qu’il est opposé à la politique du libre-échange, qu’il est favorable à la construction d’une muraille à la frontière mexicaine ainsi qu’à l’instauration de règles drastiques pour l’entrée sur le sol américain.

Durant sa campagne, il a brocardé une mondialisation qui menacerait les Etats-Unis. En tout cas, de toute évidence, cette présidentielle a révélé une Amérique profondément divisée entre un peuple en colère et des élites soucieuses de préserver le système. Elle a aussi levé le voile sur des clivages profonds qui traversent le pays entre une élite nomade mondialisée et richissime prônant l’esprit d’ouverture et l’antiracisme, la diversité et l’homosexualisme et une classe moyenne de moins en moins nombreuse et de plus en plus pauvre, surtaxée et sans sécurité.

Or comme souvent, ce nouveau visage des Etats-Unis est aussi le nôtre. Au lieu de nous lamenter sur l’Histoire, il serait peut-être temps d’y réfléchir et non de pousser des cries d’orfraie sous le prisme d’un retour anachronique au néofascisme ou à la guerre civile espagnole de 36.

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