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Mes nuits avec Donald Trump: peut-on lui faire confiance? [1/3]

Trump Président

Mes nuits avec Donald Trump: peut-on lui faire confiance? [1/3]

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Jean Guiart, anthropologue, ethnologue ♦ 

Jean Guiart

Jean Guiart

Je viens de passer depuis six mois une grande part de mes nuits accroché aux grands journaux américains, et aux journaux anglais, français et russes. Tout cela autour du dossier de Donald Trump que je voulais comprendre objectivement. Ce qui suit n’est pas un travail véritablement original, mais une synthèse de tout ce que nous pouvons savoir concernant le fonctionnement du système électoral américain, ses forces et ses faiblesses et ainsi comprendre pourquoi ceux qui soutenaient Mme Clinton, gens sans doute fort convenables ont pourtant menti constamment en évoquant artificiellement un Trump qui n’existait pas, et ont fabriqué des sondages complètement faux en réinjectant à chaque fois dans la population sondée une part de gens dont on était certain qu’ils étaient bons démocrates. Toutes les grosses boîtes de sondages, appartenant aux propriétaires des grands journaux, ou indépendantes, excepté deux, se sont couvertes de ridicule. Ce travail , divisé en trois parties, est conçu comme un outil analytique destiné à la compréhension des événements présents et à venir. Jean Guiart. 

Un véritable complot fut organisé par les très gros systèmes financiers nord-américains et les propriétaires des plus grands journaux , en menaçant leurs journalistes de licenciement s’ils ne suivaient pas les instructions constantes de détruire Donald Trump par n’importe quels moyens. C’est ce qui a jeté un voile constant depuis six mois sur la réalité électorale américaine, dont la complexité a peu à voir avec les situations continentales européennes. Il convient donc de rappeler ici les facteurs qui jouent à chaque fois, sans que des journalistes vraiment très mal formés en Europe, et surtout en France, comprennent vraiment ce qui se passe.

Les États-Unis sont un pays neuf, né à une date relativement récente, un pays presque sans histoire, qui s’est établi tout d’abord sur la côte atlantique, avant de s’enfoncer vers l’Est et vers le Sud (il n’y a plus d’Indiens vivants en Californie, et pas plus en Utah chez les Mormons), aux dépens des Amérindiens et du Mexique (qui a perdu le Texas, le Nouveau Mexique et la Moyenne et Haute Californie). Ils ont acheté la Louisiane à Napoléon et l’Alaska aux Russes, après avoir détruit le royaume indépendant d’Hawai, et pris Porto-Rico de force aux Espagnols. Les États-Unis ont été établis dans le sang et continuent à en porter la marque.

trump-une-libeLes États du Sud et quelques autres constituent la Sun Belt, les États au climat le plus agréable et qui attirent le plus les personnes aisées du troisième âge. Cette Sun Belt ne présente pas de réactions électorales cohérentes. Les États dominés aujourd’hui démographiquement par les Latino-Américains votent pour Mme Clinton. Les États dominés démographiquement par des retraités de la classe moyenne ou plus riches votent pour Trump. Immédiatement au Nord et en quelque sorte parallèle à la grande et large courbe de la Sun Belt, nous avons la Bible Belt, zone géographique en grande partie agricole, très chrétienne et évangélique, vouée aux églises venues d’Angleterre et dites non conformistes, c’est-à-dire refusant l’autorité Église Anglicane en Angleterre ou de l’Eglise identique, prénommée épiscopalienne aux États-Unis. Il s’agit des églises dites baptistes et méthodistes, piétistes, très ouvertes et libérales en Angleterre, devenues facilement plus autocratiques aux tÉats-Unis, c’est-à-dire rejoignant, sans jamais l’exprimer, les formes d’organisation autoritaires des églises calvinistes en France, en Suisse et en Écosse (Églises dites Presbytériennes au-delà de la Clyde). Ces Églises sont séparées entre Églises blanches et Églises noires, un certain nombre parvenant à fonctionner en acceptant des fidèles des deux origines. Globalement, elles peuvent être fort riches et constituer une force d’intervention financière de premier plan, soit à l’occasion d’une élection, soit constamment pour prendre en charge en se fédérant les fouilles archéologiques en Terre Sainte (dont les fouilles quasi clandestines sous le temple d’Hérode).

Elles ont en Israël des accords non publics avec les communautés les plus à droite de l’échiquier local et financent le mouvement local pour un retour aux Juifs de la mosquée d’Omar. Ces Églises correspondent à des milliers de communautés soudées et très fortes, qui auront un poids considérable sur le président Trump, ayant, avec leurs fidèles, voté à 83 % en sa faveur. Leur principal inconvénient est qu’elles ne reconnaissent pas l’évolution biologique et prétendent faire enseigner dans toutes les écoles le Créationnisme, c’est-à-dire suivre en biologie la leçon enseignée étroitement par le livre de la Genèse. Elles sont à l’origine des soi-disant expéditions scientifiques au mont Ararat, à la frontière entre la Turquie et l’Arménie, recherchant les restes de l’Arche de Noé. Comme les catholiques d’origine irlandaise plutôt que ceux d’origine espagnole, elles refusent l’avortement. La position de Trump contre l’avortement a de fait entraîné leur adhésion immédiate. Cela a fait des millions d’électeurs.

Parallèlement deux communautés de première importance aux États-Unis et que l’on croyait acquises à Mme Clinton, ont voté majoritairement pour Trump : les Mormons de l’Utah et les Juifs concentrés traditionnellement dans le nord-est, autour de New York et de Boston.

Le troisième regroupement géographique de fait, situé en plein milieu des deux autres est la Rust Belt,  celle des États anciennement industriels qui ont perdu leurs usines et leurs emplois au profit du Mexique, de la Chine beaucoup, du Vietnam, du Bangladesh, et même de l’Inde. Ses habitants ont été lourdement frappés par la crise immobilière et financière et une grande partie n’ont pu se maintenir dans leurs logements et les ont perdus au profit des banques qui ont eu par ailleurs bien du mal à utiliser ce portefeuille immobilier très peu intéressant, très dégradé ou se dégradant très vite. Ces gens ont eu l’impression d’être méprisés par les élites issues des universités du Nord-est du pays et qui ont toujours fourni les cadres et les dirigeants politiques du pays.

Leur colère vient de loin et elle est parfaitement connue. Une littérature importante s’est constituée autour d’eux et de leurs comportements souvent en dehors de la norme, trop souvent, disait-on, nourris par une production de whisky aussi artisanale qu’illégale. Un grand nombre de romans policiers et de films ont attiré l’attention sur eux depuis les années vingt. Ces gens-là ont apporté aussi de lourdes majorités à Trump.

Comme la Bible Belt et moins dans la Sun Belt, les noirs américains constituent une part importante de la population. On aurait pu penser, à écouter les analyses imaginaires de la campagne de Mme Clinton, que la population noire voterait majoritairement pour Hillary Clinton. Une seule entreprise de sondages, a noté que le vote en faveur de Trump chez les Noirs passait en Octobre de 9 à 19 %, c’est-à-dire devenait un facteur important de la situation. Cela s’est marqué en Louisiane, en Pennsylvanie où l’importance du vote Trump n’était ni concevable, ni possible sans les Noirs, mais aussi de même dans la Rust Belt. Et, ainsi qu’il y avait des femmes assez courageuses pour se déclarer pour Trump, il y avait un groupe important de Latino-américains, bien installés aux États-Unis et de moins en moins solidaires des immigrés — c’est une évolution habituelle chez toutes les immigrations  de masse à un moment donné — qu’ils se mettaient à s’inquiéter et qui ont voté pour Trump.

A mon jugement, en ce qui concerne les Afro-Américains, cette situation est née des violences des différentes polices locales, relevant exclusivement des municipalités, contre des Noirs, assassinés en quelque sorte légalement. La classe moyenne noire, voyant ses enfants se faire exécuter sans le moindre recours, le gouvernement central étant impuissant et les grandes associations noires inefficaces du fait des rivalités entre les chefs, a émis un vote de désespoir contre le régime en place, dont l’hypocrisie fondamentale se donnait libre cours.

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