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Donald Trump élu: maintenant le rendez-vous des promesses [3/3]

Maison Blanche

Donald Trump élu: maintenant le rendez-vous des promesses [3/3]

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 Jean Guiart, anthropologue, ethnologue ♦

Les promesses seront-elles tenues , modifiées, oubliées ?

Le mur avec le Mexique

Il existe déjà en grande partie sur un tiers de sa longueur, avec des variantes techniques allant du mur à la barrière, mais avec des stations radar multiples. Un certain nombre de Latinos sont pour, quoique on en ait dit, pour éviter l’installation dans la Sun Belt des gangs sud-américains. Les Latinos qu’il a soi-disant insultés, existent parfaitement, essayant d’infiltrer aux Etats-Unis, les tueurs à gages, les souteneurs, les trafiquants de drogues. Une affaire judiciaire à Los Angeles vient d’en faire la démonstration ces jours-ci.

Les opposants se gardent bien de faire référence à une réalité : les immigrants latinos abandonnés par leurs passeurs dans le désert de l’Arizona et y mourant de soif, avec femmes et enfants. L’hypocrisie de la situation précédente consistait à faire front sur ce désert pour éliminer une partie des immigrants, que l’on empêchait parfaitement bien de passer là où ce n’était pas dangereux.

Bien entendu les détracteurs de Trump ne critiquaient pas le Mur israélien, pour recueillir les voix juives aux États-Unis, voix qui sont allées néanmoins à Trump (voir les déclarations récentes de Netanyahu).

Quant à faire payer la construction du Mur par les Mexicains : à l’intérieur d’un accord global, tout est possible, contre des concessions par ailleurs. Le Mexique vient d’ailleurs de proposer de travailler à un tel accord, le président de la République mexicaine se voyant tout à coup justifié d’avoir reçu Trump il y a quelques mois, ce qui sera suivi par une avalanche de critiques fort mal intentionnées.

La politique de l’immigration

Ce dossier effroyablement complexe doit être regardé par rapport au passé.

Première remarque : tous les pays occidentaux se débattent avec des nombres jusqu’alors inconnus d’immigrés clandestins et essaient par toutes sortes de moyens de s’en dépêtrer et cela a partout des conséquences électorales considérées comme négatives.

Deuxième remarque : aux temps du président Roosevelt, avant la dernière guerre, les libéraux américains de l’époque s’en tenaient à la notion d’une formule complexe d’acceptation  chaque année, construite à partir de quotas dont la définition était censée s’appuyer sur la situation existante . En particulier, par réaction parfois contre les arrivées des Juifs de l’Est de l’Europe, avec leurs organisations messianiques totalement étrangères à la diaspora anciennement installée, comme en France, où les Juifs traditionalistes et libéraux voyaient ceux qu’ils appelaient les Polacks avec une antipathie non dissimulée, le consensus politique à Washington fut de ne leur attribuer qu’un très faible quota.

Des dizaines de milliers de Juifs, sinon beaucoup plus, pendant la guerre, seront  condamnés à périr dans le cadre de la Shoah parce que la frontière des États-Unis leur avait été fermée . On parle aujourd’hui de deux à trois millions d’expulsés essentiellement latinos à prévoir. Sur quatre ans, les moyens physiques de l’État Américain peuvent s’acquitter de cette tâche. L’intérêt pour lle pays semble relever d’un facteur que personne n’a examiné de près. Le fait d’être un immigré clandestin établit un état de choses légalement criminel aux États-Unis. Il permet l’expulsion sans attendre les délais et les coûts d’une inculpation. L’État américain a tout intérêt à renvoyer en dehors de ses frontières, tous ceux qui touchent à la drogue, tous les membres connus des gangs hyper violents des pays de l’Amérique centrale, et tous ceux qui font partie des réseaux de prostitution. A l’échelle des États-Unis, cela fait quand même beaucoup de monde. Cela constituera un coup d’arrêt, mais cela ne sera qu’un frein provisoire à l’envahissement des États du sud des États-Unis par l’immigration latino et ses mafias ultra violentes. Mais Trump n’a pas reconnu vouloir s’attaquer au règlement de ce problème-là.

En ce qui concerne les Musulmans, tous les États occidentaux sont confrontés au même problème et envisagent  des moyens directs ou indirects de le pallier. Le reprocher à Trump est de l’hypocrisie. Il est bien évident que le besoin immédiat est de bloquer les entrées d’islamistes. Si quelques autres auront provisoirement des blessures d’amour-propre, tant pis. Mais il faudra que les polices américaines  apprennent à tenir compte des informations qui leur sont apportées de l’extérieur. Les services russes avaient transmis à Washington le dossier des deux frères qui commettront l’attentat à Boston, dossier qui avait été mis de côté sans suite.

Trump misogyne ?

C’est là aussi une grande hypocrisie. Ce que Trump appelle le locker-talk, c’est-à-dire les paroles entre les hommes d’après match, où il arrive souvent que les sportifs boivent plus que de raison et surtout les sportifs universitaires, sont une caractéristique de l’Amérique du Nord masculine, que j’ai découvert à la fin des années cinquante. Les pires vantards étaient les frères Kennedy, qui avaient appris cela de leur père, qui disait les choses les plus effroyables sur les femmes en général, ce qui n’empêchait pas son épouse de gouverner la maisonnée d’une main de fer. Et il s’agissait de démocrates.

Des millions d’électeurs, hommes, mais aussi femmes,  savaient la généralisation dans tous les milieux et tous les partis, de cette sorte de théâtre parlé entre hommes, bien connu autour de la Méditerranée, dans les cafés que les femmes ne fréquentent jamais. Ceux qui ont reproché ce langage à Trump, le pratiquaient eux-mêmes dans les mêmes circonstances. L’opération n’a pas marché. Le buzz s’est rapidement dissipé, en tout cas avant la date électorale. Et les femmes qui, tout d’un coup, récitaient la même leçon sous forme d’accusations contre Trump, en ont été pour leurs frais. Aux États-Unis, il existe, depuis les années vingt à Chicago, sinon bien avant un peu partout, une longue tradition de faux témoignages (voir les sorcières de Salem). Le père Clinton avait fait bien pire, courant constamment après les jeunes adolescentes, les bimbos.

Et le président de l’Amérique John Fitzgerald Kennedy, partageant sa maîtresse avec un des chefs de la mafia sicilienne aux USA, montrait un mépris parfait et des femmes et de sa fonction. Le chef de la mafia s’est vengé. La dame a écrit et publié ses mémoires, que l’on pouvait trouver dans tous les halls d’aérogares américaines en livre de poche.

Les dossiers internationaux et l’Otan

L’exigence américaine que les pays européens paient une quote-part plus juste des frais de l’OTAN n’a pas été inventée par Donald Trump. Il n’a fait que l’exprimer autrement et y ajouter une menace précise, efficace parce que financière. On connaît l’adage : qui paie commande. Si les pays européens veulent conserver leur indépendance, il convient qu’ils sortent de l’OTAN ou paient une quote-part fortement augmentée. On voit déjà que la Serbie, la Grèce et la Bulgarie penchent vers la première solution, mais la compétition avec la Turquie pourrait retenir la Grèce dans la mesure où un OTAN sans la Turquie l’arrangerait, et serait pour elle une sorte de victoire. Depuis son indépendance, gagnée contre la Turquie à la suite de la Grèce soutenue par l‘Europe occidentale, la Bulgarie a toujours  évolué d’une position favorable à la Russie à une alliance contre celle-ci. Le balancier vient de se retourner à nouveau. De même ces jours-ci en Moldavie.

Le remue-ménage militaire de l’OTAN aux frontières de la Russie provoque des variations politiques chez des peuples qui ne veulent pas servir de champ de bataille à autrui. Et la mise en avant d’une Ukraine incohérente et dominée par les anciens groupes nazis qui fournissaient les Kapos et les policiers spéciaux dans les camps de concentration de l’est de l’Europe est en train de provoquer une prise de conscience hostile à la politique des néo-cons américains. Les habitants de l’Ukraine subcarpathique parlent huit langues. Ils étaient parfaitement satisfaits sous l’empire austro-hongrois et ne demandent qu’une chose, qu’on les oublie. L’édification d’une base de fusées américaines à leurs portes leur fait craindre l’avenir. La Moldavie a servi de champ de bataille pendant vingt ans, avant et après 1918, entre les Russes et les Allemands, puis entre les communistes et leurs adversaires. Ses citoyens n’ont pas non plus envie de recommencer.

Le vrai problème auquel Trump doit se confronter : la dette américaine

Cela fait 21 trillions de dollars, dont l’Amérique n’a pas le moindre sou pour envisager le moindre effort de remboursement. La réduction du taux d’intérêt directeur du service de la dette à 0 ou à un chiffre de fait négatif compte-tenu de l’inflation réelle permet au Trésor américain d’éviter d’avoir à régler chaque année des sommes astronomiques.

Le plus grand créancier est la Chine, chacun le sait. Elles vend ses titres en dollars très lentement. La Russie, plus joueuse, achète et vend des dollars selon les circonstances. Ni l’une, ni l’autre, ne veulent d’une crise de rupture. Elles freinent donc tout effort dans ce sens et cherchent à éviter que les États du Sud et Sud-est de l’Asie ne précipitent la chute internationale du dollar, qui ruinerait les États-Unis pour longtemps, mais laisserait tous les autres assommés par les conséquences.

Il convient donc pour les opposants au dollar, de l’affaiblir lentement, très lentement, avant de le remplacer par une autre monnaie de compte internationale gagée sur l’or (la Chine et la Russie en ont acheté des quantités et en achètent ou en produisent constamment), ou un paquet de monnaies. Au même moment, les États-Unis et la Chine peuvent se retrouver sur une position commune provisoire. Politiquement, le virage des Philippines en dehors de l’emprise américaine tue l’opération Obama sur la mer de Chine du sud. Après le passage à Pékin du président des Philippines, les Chinois ont retiré leurs navires de défense côtière de la proximité des côtes de l’île philippine de Palawan. La Malaisie est à son tour en train de traiter avec Pékin. Comment Trump va-t-il alors procéder, je n’en sais rien, mais il lui faut à la fois faire baisser les coûts de l’État américain (il pourrait ne pas remplacer tous les fonctionnaires démocrates et en profiter pour «dégraisser le mammouth»), et soigneusement calculer tous ses gestes nationaux et internationaux pour créer ou rapatrier le plus de postes de travail possibles aux USA.

Il est le seul président jusqu’à maintenant à abandonner son traitement officiel, ce qui est un geste politique gaullien qu’il convient de saluer et que personne n’a relevé en France. Il vaudrait mieux acheter un ordinateur Apple neuf avant. En effet, ce rapatriement de postes de travail, qui peut parfaitement être imposée aux réseaux financiers contrôlant l’investissement hors les frontières, sera inévitablement accompagné par une forte augmentation du coût de la vie, que Trump aura bien du mal à maîtriser. Il va falloir mettre sur pied des modèles informatiques nouveaux et les expérimenter sérieusement avant de faire quoi que ce soit et envisager des mesures conservatoires pour empêcher les dollars de s’envoler en attendant.

Jouer contre le dollar est aux États-Unis un crime sanctionné par la loi depuis le président Roosevelt. Il va falloir aussi mettre à l’étude les moyens et les circonstances d’application de cette loi. M. Soros, qui a de bien mauvaises habitudes, peut être tenté de jouer contre le dollar. Il a soutenu financièrement Mme Clinton mais il est aussi le seul de la coalition hétéroclite fournissant un appui à  cette dame, à avoir prévu la possibilité d’un raz-de-marée en faveur  de Trump. Le modèle à suivre est celui de la reconstitution des monnaies en Europe après 1945, et celui des mesures actuelles d’échange des billets en Inde.

Une solution serait l’émission d’une nouvelle monnaie, d’un dollar nouveau où tous les billets seraient numérotés, de manière à mettre hors de circulation et détruire régulièrement des quantités données, celles dont on saura qu’elles sont en voie de thésaurisation, de manière à obliger à la circulation constante de l’argent. Les thésaurisateurs du Moyen Orient ou ceux qui utilisent les dollars pour financer les islamistes pourront ainsi subir des pertes qui pourront les amener, pas à de meilleurs sentiments, mais à plus de prudence.

Ce serait un moyen indirect de contrôler les budgets des États armant les islamistes et de les sanctionner de ce fait pour les obliger à quitter ce jeu insupportable. Ce serait moins cher et moins stupidement sanglant que de bombarder les mariages ou les hôpitaux civils. Et ce serait une politique que la Chine et la Russie, sans compter l’Inde, pourraient approuver silencieusement : détruire des dollars par paquets en diminuant le nombre en circulation là où c’est évidemment nécessaire, au lieu de faire du « tapis de bombes ».

Actuellement, les États-Unis n’ont aucune maîtrise sur la masse de dollars en circulation en dehors de leurs frontières. Or ce sont ces dollars qui financent tous les trafics internationaux. Ce sont ceux-là qu’il convient d’atteindre, pas les dollars économisés par les petites gens à l’intérieur des frontières de l’Amérique. Les anciennes coupures seraient échangées dans la mesure seule où l’on saurait leur origine et leur utilisation non dangereuse. Sauver le dollar consiste tout d’abord à en réduire le nombre en circulation. Le coût économique sera plus faible si l’on cible les groupes indiqués, qui s’en nourrissent tout en faisant profession de le détester.

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Illustration : la maison blanche ou la Trump Tower ?
  1. Herodote
    Herodote26 novembre 2016

    Clap! clap! Merci pour votre trilogie monsieur.
    Non seulement , on se sent moins idiot après la lecture de vos trois billets mais en plus vous nous proposez des hypothèses.

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