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Une menace pour l’Europe: le rapprochement américano-russe

Poutine Trump

Une menace pour l’Europe: le rapprochement américano-russe

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Gérard Dussouy,  professeur émérite à l’université de Bordeaux ♦

Dans son chassé-croisé avec le libéralisme idéologique, dans la commande de la politique extérieure des États-Unis, le pragmatisme réaliste reprend le dessus. Comme c’est chaque fois le cas, quand ces derniers connaissent des temps difficiles, et qu’il leur faut réajuster leur stratégie mondiale.

La première conséquence visible, alors même que l’Administration Trump n’est pas encore en place, mais son esquisse le laisse deviner, est le rapprochement américano-russe qui se profile à l’horizon. Et, il n’en fallait pas plus pour que les Européens s’en trouvent désemparés. Les Atlantistes, antirusses, crient à la trahison parce qu’ils s’imaginaient les Américains définitivement acquis à la religion mondialiste, et qu’ils sont eux-mêmes incapables de se corriger. Les pro-russes sont désappointés parce qu’ils pensaient être une option spécifique et privilégiée pour Moscou, et qu’ils se rendent compte que pour représenter quelque chose aux yeux de la diplomatie russe, il faut le mériter, c’est-à-dire être en mesure de conduire une politique de puissance.

Le désarroi des Européens démontre, une fois de plus, plusieurs choses :

  • l’inexistence politique de l’Europe, dont le fantôme (l’Union européenne) n’importe qu’aux yeux de ceux qui cherchent à cacher derrière lui leurs propres insuffisances ;
  • l’incapacité de n’importe quel État-nation européen, le plus souverainiste qui soit, ou à venir, à peser sur les relations internationales, à compter dans le jeu planétaire des puissances ;
  • l’absence de toute vision globale chez les politiques européens qui ne savent, et ne peuvent, rien faire d’autre que dans le parochialism (à l’échelle mondiale) de leur petite sphère nationale, c’est-à-dire tenir des discours nombrilistes et faire des promesses qu’ils ne pourront pas tenir.

C’est ainsi que ces politiques, comme les braves gens qui forment les opinions publiques (mais qui sont moins coupables qu’eux de ne pas comprendre la géopolitique mondiale), se mettent à redouter un retour à un condominium américano-russe en Europe. De fait, cela pourrait en avoir l’allure. Et cela pourrait commencer avec un règlement de la crise ukrainienne par dessus la tête des Européens. Mais c’est accorder encore trop d’importance au Vieux continent, dont les deux protagonistes n’ont rien à redouter. Et si le rapprochement américano-russe devait se confirmer dans les prochains mois pour se consolider par la suite, c’est, bien entendu, par rapport aux enjeux de la nouvelle carte mondiale : la montée en puissance de la Chine et de toute l’Asie, d’une part ; les richesses de l’Arctique à se partager, et cela même au détriment des Européens, tout en tenant à l’écart les Chinois.

Mais bon, tant pis pour nous…

Gérard Dussouy, professeur émérite à l’université de Bordeaux,  a publié un Traité de Relations internationales, en trois tomes, Editions L’Harmattan, 2009. Et en 2013, Contre l’Europe de Bruxelles, fonder un État européen, Editions Tatamis. Une édition italienne de ce dernier livre, mise à jour et adaptée, est parue.

Illustration : le rapprochement américano-russe, le constat avant tout de la faiblesse de l’Europe.
  1. costaz guy
    costaz guy15 décembre 2016

    La leçon de cette histoire , c’est qu’il vaut mieux se protéger soi-même que de rechercher un protecteur ,comme la droite a voulu le faire avec Sarkozy en rejoignant l’ OTAN ou en se plaçant
    sous la domination de Bruxelle ,en refusant la décision du peuple pour faire voter une Constitution
    bidon européenne…Nous verrons bientôt si les Français l’ont compris !

  2. Robert41
    Robert4115 décembre 2016

    Excellente analyse. Elle démontre le revers idéologique et économique que l’Europe doit s’attendre à prendre en pleine face. Nous allons payer notre manque de souveraineté nationale, voir européenne mais aussi notre soumission à une Europe- Allemande ainsi que notre servitude à une partialité américaine, aujourd’hui déchue. Ce qui est insupportable, scandaleux c’est ce constat d’une Allemagne dominante, exigeante, donneuse de leçons, alors qu’elle porte la responsabilité de deux guerres mondiales avec des plaies ineffaçables. Poutine est poli avec l’Allemagne, car il aurait de quoi leur faire fermer : Halten Sie sich da raus ? – Nous français, avons été trahis par nos élites politiques, on ne voulait pas de cette Europe. Nous savions qu’elle était truquée par les américains, depuis l’agent Jean, Monnet et une Allemagne toujours vindicative et excellente pour dominer. La France s’est placée dans une nasse européenne politique et économique, au même niveau que le tout-venant, ce qui nous détruit graduellement. Alors, ce que l’Europe n’a pu faire économiquement avec la Russie de Poutine, c’est Trump qui le fera à la place. Ce rapprochement entre Poutine et Trump est une façon de gérer les différents, autres que ceux de l’ostracisme commercial et de conflits de guerre par des supplétifs. Il est grand temps de refaire cette Europe spoliée et pourquoi pas deux Europe, l’une d’économie germanique et l’autre de culture romaine, une gémellité qui garantisse la défense de son territoire et ordonne une réelle politique européenne et non un fac-similé de la politique américaine.

  3. robert Henri
    robert Henri17 décembre 2016

    Séduisante l’analyse de GD à quelques nuances près ….Restons quand même optimiste : Même si le médiocre Hollande ne démissionne pas , à partir de juillet/ août on devrait redémarrer sur de nouvelles dynamiques ….!!

  4. lhomme
    lhomme18 décembre 2016

    Seule solution mais il faudra savoir oser : l’EURAFRICA. La France pourrait en être la tête de pont.
    ML

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