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Alep : la grande déroute des occidentaux

Alep Reprise 2

Alep : la grande déroute des occidentaux

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Alep est en liesse et l’armée  syrienne vient de reprendre le contrôle total de la deuxième ville du pays, dont le tiers était aux mains de différents groupes salafo-jihadistes dominés par le front Jabhat al-Nosra,  filiale syrienne d’Al-Qaïda et émanation des États-Unis.

C’est un tournant majeur pour la Syrie et un drame pour les médias. C’est en tout cas un revers majeur pour les différentes factions  que la presse occidentale continue de nommer « la rébellion ». Cette victoire constitue une autre débâcle, celle de la défaite retentissante de la coalition occidentale dont la France fut depuis quatre ans la tête de pont idéologique.  La victoire d’Alep est donc la déroute retentissante de la diplomatie française, de ses supplétifs européens comme la Grande-Bretagne et surtout de ses donneurs d’ordre les États-Unis, les pays du Golfe et Israël même si pour l’État hébreu, la victoire d’Alep est aussi la conséquence d’un énième volte-face au Proche-Orient  pour la défense  de ses propres intérêts.

Face aux ambitions turques, au lâchage américain et à la fermeté du soutien aérien russe, Israël a renoncé finalement à gagner la guerre contre Assad à la condition d’être toujours protégé de l’Iran et d’être assuré d’annexer rapidement la Cisjordanie .

La reconquête d’Alep a donc mis à nu ce qui restait encore de politique arabe française tout en révélant au grand jour le fonctionnement partisan de tous les médias français. Dans ce contexte, Jean-Marc Ayrault, notre ministre des affaires étrangères, a tenu à organiser une énième réunion parisienne des « Amis de l’opposition syrienne ». Il n’y eut, nous dit-on,  qu’une quinzaine de participants et l’absence de toute représentation russe et iranienne. Il en fut de même d’ailleurs pour la réunion de décembre visant à relancer le processus de paix israélo-palestinien. La France a tout simplement perdu le fil de l’histoire en raison de conseillers stratégiques ou diplomatiques à la solde de puissances étrangères qui en même temps n’hésitent pas à les lâcher (l’accord secret russo-israélien).

Ce qui arrive à la diplomatie française, c’est l’absence pour ses responsables, de culture militaire des rapports de force.  La reconstruction économique et politique de la Syrie se fera sans elle. La diplomatie française a, en tout cas, raté la dimension régionale et internationale de la crise syrienne, méconnu la réalité des nouveaux rapports de force des différents protagonistes du Proche-Orient. Elle est restée incapable de penser et d’envisager les pistes à explorer pour revenir à un minimum de stabilité régionale. Elle ne réalise  pas encore que l’un des grands vainqueurs de la libération d’Alep, c’est aussi le Hezbollah libanais qui détient aussi plus que jamais les clefs du Liban de demain.

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