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Les mœurs du politiquement correct américain : nobody is perfect

Moeurs

Les mœurs du politiquement correct américain : nobody is perfect

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Jean Guiart, anthropologue, ethnologue ♦

Les accusations de mauvaises manières sexuelles à l’égard de Donald Trump et de Bill Clinton, cette manière de fermer les yeux de la part de Mme Clinton, furent l’un des aspects hors normes de l’élection américaine.

Des dizaines de plaintes tout d’un coup révélées, il n’est ressorti qu’un point central, ce n’étaient que des mots, il n’y a pas de preuves, et il n’y a pas de preuves possibles, puisqu’il n’y a pas  de naissances impliquées et par conséquent pas de vérification possible, excepté dans le cas de cette mère prévoyante conservant la robe de sa fille souillée du sperme de Mr Clinton, de façon à justifier une demande d’indemnisation.

On peut rappeler l’apparition de modes successives dans ce genre d’accusations sexuelles à des fins politiques. Il fut un temps où il suffisait d’être accusé d’homosexualité pour être détruit politiquement. Ce temps est bien passé ce serait presque aujourd’hui une qualité ! Puis il y a eu la variante anglaise, où des Ministres de sa Majesté ont été virés pour avoir fréquenté des call girls de haut niveau. Aujourd’hui, aux États-Unis on a joué sur des accusations dépourvues d’existence juridique, comme si elles étaient démontrées, sans s’occuper des détails parfois étranges et peu convaincants de récits répétitifs au possible, dont certains semblent copiés sur un modèle lu déjà quelque part.

Ainsi on a dit que Mr Trump a mal parlé des femmes mais à ce moment, des millions de mâles latins et méditerranéens devraient être enfermés pour exactement la même raison à savoir : parler avec légèreté, ou grossièreté, des femmes entre hommes, au café, à l’occasion d’une partie de cartes, à propos des femmes actrices ou personnages célèbres qui passent à la télévision. Ce n’est certes pas à encourager mais c’est un fait, en plus c’est un fait de tradition. A Washington, les frères Kennedy parlaient des femmes exactement dans les mêmes termes que Mr Trump saisi au passage, il y a quinze ans, par un micro resté caché. Et combien d’adolescents s’y essaient par bravade.

moeurs-1John Kennedy ne respectait sa position au sommet de l’État pas plus que Bill Clinton : il couchait avec n’importe qui, et allait jusqu’à partager une maîtresse avec un des chefs de la mafia, laquelle publiera ses mémoires qu’on peut trouver en livre de poche dans n’importe quelle aérogare américaine. Les épouses françaises des G.I. américains, racontaient volontiers leur surprise, aux États-Unis, de se retrouver incapables de réassortir leurs petites culottes et de devoir s’adapter à des dessous renforcés épais de caoutchouc, créés justement pour rendre plus difficile les brutalités masculines.

Je me suis intéressé, autour des années cinquante, en traversant les États-Unis depuis le Pacifique, à la littérature populaire, celle que lisait l’Américain moyen et que l’on retrouvait chez lui si on louait d’aventure sa maison pour quelques mois. J’ai vu, au fur et à mesure des années, se succéder plusieurs thèmes.

Le premier, qui disparaîtra avec la révolution sexuelle et l’accès généralisé des femmes à l’emploi salarié, était celui des épouses esseulées toutes la journée pendant que le mari travaillait et qui couchait avec le postier ou tel ou tel représentant en tournée. Le facteur sonne toujours deux fois ! Puis il y a eu les romans tout aussi bâclés promettant des paradis entre les bras des hôtesses de l’air et racontant ce qui pouvait se passer entre pilotes et hôtesses.

Puis on eut droit à la Beat generation, qui regardait vers l’Europe et a mis à la mode indirectement des formes d’érotisme plus sophistiquées, où intervenaient des hôtesses chinoises ou japonaises. On a aujourd’hui le règne dans le royaume des fantasmes mâles américains des femmes d’origine slave, épaves souvent de l’effondrement de l’empire soviétique. Elles ne sont plus hongroises comme à la génération précédente, mais souvent roumaines, à tous les niveaux sociaux de l’érotisme et elles finissent toujours par épouser l’équivalent de Donald Trump ou ce sont des danseuses (pole dancing) de cabaret.

moeurs-2J’ai une fois, sur American Airlines, été remonté en première classe pour compenser une erreur de surbooking de la compagnie. J’étais à coté d’une dame, qui avait picolé en attendant l’avion et qui avait du retard à Londres : elle m’a raconté sa vie. Elle était hongroise et elle grimpait l’échelle sociale aux États-Unis en changeant à chaque fois de mari, le dernier étant un millionnaire texan qui la faisait vivre dans une grande propriété d’élevage.

Quand je me suis fait opéré de la cataracte à Los Angeles, mon épouse était présente, les infirmières nous ont demandé depuis combien de temps nous étions mariés. Quand j’ai dit 60 ans, elles se sont toutes récriées en disant qu’ici, en Californie ce n’était pas le genre et que les mariages ne duraient jamais aussi longtemps et se succédaient à un rythme rapide, ce que j’ai toujours considéré, dans une société sans racines, comme une forme cachée de prostitution.

L’hypocrisie officielle américaine, voir le roman du couple Kennedy où presque tout était faux, cache une société délabrée qui n’a jamais réussi à se structurer en un équilibre positif. Le rêve américain d’une société mobile vers le haut, se montre aujourd’hui une illusion totale où la réalité est la stabilité de la plupart des situations au niveau inférieur à celui atteint par la génération précédente, parce que les conglomérats financiers le veulent ainsi. Du coup, les histoires de cul à la puissance n, sans le piment d’un érotisme léger, sont devenus la seule nourriture intellectuelle proposée par cette élection. C’est en somme la démocratie réduite au frotti frotta dans les ascenseurs. Avec le scooter de Hollande et surtout les frasques de Dominique Strauss Kahn, déjà bien oubliés, nous avons aussi bien été américanisés.

A  lire :En complément de ce texte de notre collaborateur, nous vous invitons à lire cette étude intéressante sur la guerre des sexes et la géostratégie du couple (discipline à inventer) à partir de la filmographie du grand cinéaste américain George Cukor : La guerre des sexes aura bien lieu – Une géostratégie du Couple par George Cukor

 

  1. John Wayne
    John Wayne5 janvier 2017

    Sympa l’article …! L’Amérique sait vendre et se vendre magistralement depuis plus de 80 ans et on  » s’américanise  » sans s’en rendre compte par identification béate , mais ils ont des arguments très convaincants et c’est vrai que les USA sont un pays fascinant ou le meilleur et le pire se côtoient continuellement ….. Là-bas , un jour , j’avais entendu une interview à la radio de la soeur de Marilyn Monroe qui déclarait que  » l’ idylle  » avec Yves Montand avait été inventée pour les besoins du film  » le milliardaire  » !! Qui croire ….?? !!

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