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Notre longue mémoire : de l’archéologie à l’histoire, le monde des anciens Celtes de Venceslas Kruta

Kruta Venceslas Histoire Et Dictionnaire Des Celtes Des Origines A La Romanisation Et Au Christianisme

Notre longue mémoire : de l’archéologie à l’histoire, le monde des anciens Celtes de Venceslas Kruta

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Rémy Valat, historien ♦

Les Celtes ont été l’ethnie et la culture prédominantes sur une large partie du continent européen pendant le demi-millénaire qui précéda l’ère chrétienne.

le-monde-anciens-celtesCes populations fortes et dynamiques ont laissé leur empreinte sur de vastes territoires s’étendant de l’Atlantique aux Karpates, sur une large bande territoriale se situant entre la Scandinavie et l’Europe méditerranéenne (à son apogée au IIIe siècle avant JC). Cette culture redécouverte au XIXe siècle, à fait l’objet de nombreuses spéculations et interprétations erronées qui ont façonné une image négative pour les uns ou romantique (accompagnée de la production de faux-documents, tels Les poèmes d’Ossian de James McPherson) et idéalisée pour les autres. C’est grâce au développement de l’archéologie que progressivement cette civilisation nous est devenue familière, car mieux connue.

Les fouilles des sites d’Alésia ou des sites laténiens de la proximité du lac de Neufchâtel ont donné une impulsion significative à l’étude raisonnée du monde celte, en distinguant leur trajectoire parmi les autres populations protohistoriques du continent européen. Ces peuples représentent plusieurs sociétés juxtaposées dans le temps et dans l’espace, sociétés ayant connues de multiples transformations provoquées aussi bien par des causes et des influences intérieures qu’extérieures, mais néanmoins unies par une langue et une mentalité commune héritées de leurs ancêtres indo-européens. La linguistique et l’archéologie ne permettent pas de dater avec précision l’émergence des premiers peuples celtophones, celle-ci se situerait avant le début de l’âge du bronze (milieu du IIIe millénaire). Les ancêtres des Celtes et des Germains auraient pris une voie ethnique et culturelle différente vers le milieu du IIe millénaire.

Les Celtes ont ensuite colonisé le continent européen par vagues successives et se sont octroyés les terres non exploitées par les populations autochtones. Les Celtes, par la généralisation de l’armement en fer et par le développement d’une civilisation urbaine, ont connu une première métamorphose sociétale : une société solidement hiérarchisée autour de pouvoirs princiers. Les princes étaient tributaires du succès économique de leur clan : ils redistribuaient les richesses et leur « générosité » était le garant de la continuité de leur mandat. Ces dignitaires tissaient des relations commerciales avec les civilisations méditerranéennes (grecques, romaines et étrusques), des hommes s’engageront plus tard dans leurs armées : autant d’échanges et de lien qui ont enrichies la culture celtique dans son ensemble.

Au IIIe siècle av. JC, les Celtes ont atteint les limites du milieu naturel dans lequel s’était formée leur civilisation et butte sur la ferme résistance des populations s’opposant à leur extension : l’excédent de jeunes hommes qui jadis colonisaient de nouvelles terres, part désormais batailler au-loin comme mercenaires. L’imitation et l’appropriation du modèle urbain méditerranéen donne naissance à la culture des « oppida » : « cités-états » fortifiées, battant monnaies et intégrées dans un vaste réseau d’échanges. La royauté héréditaire cède la place à une aristocratie de nobles (à laquelle appartient une élite intellectuelle : les druides) à la tête de réseaux de clients, dont l’état pour les plus pauvres, est proche du servage.

La romanisation et la christianisation forcée des peuples païens ont eu raison de cette riche civilisation, cependant, comme le souligne Venceslas Kruta, directeur d’études émérite de protohistoire de l’Europe à l’ École pratiques des hautes études de Paris, dans son livre Le monde des anciens «la culture celte survit encore en nous, on retrouve sa trace dans la toponymie, la langue, des tournures de style (une « quinzaine » qui désigne encore deux semaines de sept jours est un héritage du calendrier celte) et surtout dans une « forme d’esprit », une constante de la mentalité européenne qui résiste à tout apport culturel extérieur : ceux-ci sont réappropriés, celtisés ou européanisés, selon ce modèle».

Le livre de Venceslas Kruta a tous les atouts pour devenir un classique incontournable sur le sujet.

Venceslas Kruta, De l’archéologie à l’histoire, le monde des anciens Celtes,  Yoran éditeur, 19€
Illustration tirée de l’ouvrage Les Celtes : Histoire et dictionnaire de Venceslas Kruta, Poche éditeur – 19 octobre 2000

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