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Radio Rozana et les escadrons de propagande syriens

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Radio Rozana et les escadrons de propagande syriens

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Fernand Le Pic ♦

Il y avait en Europe occupée, durant la seconde guerre mondiale, des sections allemandes de propagande dans chaque grande capitale. En France, la « Propagandaabteilung » était placée sous les ordres de la section Ic du renseignement militaire et de la police secrète militaire (Geheime Feldpolizei), puis directement de l’état-major militaire. Elle était logée à la même adresse (hôtel Majestic de Paris, 19 avenue Kléber). De ce service central dépendaient des escadrons régionaux de propagande, les célèbres « Propagandastaffeln ».

Les choses étaient simples: les fonctionnaires compétents étaient tous allemands et leurs chefs portaient l’uniforme. C’était le cas de Gerhard Haller, Sonderführer de la Propagandastaffel de Paris. Sa mission aussi était simple: «éclairer» la population sur le déroulement et les enjeux de la guerre dans le but d’amener les citoyens français à y adhérer. Rien que de plus élémentaire en matière de propagande de guerre.

Aujourd’hui, les choses sont un peu plus sophistiquées, même si le but est identique

On a largement remplacé les militaires par des civils, les services par des ONG et les gradés carriéristes par des jeunes bénévoles. Ainsi la propagande de guerre française relative au conflit syrien reste très traditionnelle dans ses buts puisqu’elle vise à faire adhérer ses citoyens à l’idée d’une guerre juste, même si elle est (faussement) civile et se déroule par procuration donnée à ses propres ennemis (Al-Qaïda).

Côté justification, rien de nouveau non plus sous le nuage de poudre puisqu’elle use du grand classique élimé du «criminel de guerre» pour se donner bonne conscience dans cette participation illégale à une opération de renversement de régime. Quant à ses escadrons de propagande, ils sont bien, comme partout, structurés en ONG inoffensives, dont les membres jeunes et dynamiques sont, par définition, des «représentants de la société civile». Et même si l’invention d’un tel barbarisme a toujours senti à plein nez le jargon militaire, ces militants ne portent évidemment jamais l’uniforme militaire en public et n’affichent pas davantage leurs galons.

Et c’est ainsi qu’on peut présenter ces escadrons civils et bien sous tous rapports, au 20 heures de Gilles Bouleau («Gillou» pour les intimes). Mais l’excès de confiance est toujours aventureux dans ce domaine censé rester sous contrôle. Ainsi, lors de son 20 Heures du 13 décembre dernier, Gillou nous présenta certes la reprise d’Alep comme un nouveau Srebrenica et Grozny réunis. Jusque-là, la «grande écoute» va gober puisque c’est Gillou qui le dit. Mais il lui fallait étayer son discours en témoignages bien choisis, faute de réalité factuelle crédible disponible en rayon. Alors il alla chercher l’attestation d’une petite station de radio «indépendante», présentée comme étant installée à la frontière de Turquie (côté turc bien sûr) et relayant en toute impartialité les rapports spontanés de jeunes collègues journalistes, filmés dans la pièce à côté. Son nom? Radio Rozana.

Sauf qu’il s’agit d’une radio parisienne, appartenant à une association 1901, déclarée à la préfecture de Paris le 17 juillet 2013 (n° W751220626), dont le siège est situé au 14 rue de Clichy; qu’elle est financée par George Soros (via Open Society) et surtout par le Quai d’Orsay (via l’Agence française de coopération médias-CFI). Le but officiel de ce financement public, tel qu’il apparaît encore dans les comptes de l’État pour 2017 (cf. Annexe au projet de loi de finance pour 2017, p. 26, subvention n° 794583641), est de former des journalistes à l’information d’après-guerre, c’est-à-dire pour un après Bachar el Assad, qui malheureusement pour Gillou, apparaît moins évident que jamais.

En résumé: TF1 et son appointé Gillou, qui s’y connaissent pour faire bâiller dans les chaumières, se font ici prendre la main dans le sac dans l’une de leurs missions de service commandé au bénéfice d’un escadron gouvernemental de propagande militaire. Même si c’est une gouttelette dans un flot de menteries, Il est toujours bon de le rappeler lorsque l’occasion se présente.

Mais une question terrible reste en suspens. Pourquoi diable le Quai a-t-il logé Rozana dans un lugubre bâtiment de la rue de Clichy et pas directement dans un de ses plus magnifiques lambris de la République? Discrétion? Non: pénurie! Il y a un peu plus de 10 ans (avril 2007), le Quai vendait l’hôtel Majestic (dont il avait fait le célèbre Centre Kléber des conférences internationales) au Qatar, lequel en refit un hôtel majestueux. Signe des temps!

 

 

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