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Cuba, la blanche ou Cuba la résistante ? Un bilan mitigé

Cuba Fidel

Cuba, la blanche ou Cuba la résistante ? Un bilan mitigé

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Jean Guiart et Michel Lhomme ♦

METAMAG se revendique comme « le magazine de l’esprit critique », médiateur entre l’information et le public. Le rôle de nos amis rédacteurs consiste à présenter au lecteur la réalité des faits, confrontée à des analyses contradictoires. Dans le microcosme politique des voix divergentes se sont élevées lors du décès de Fidel Castro ( Ségolène Royal, Jean-Luc Mélanchon, parmi d’autres). Deux de nos rédacteurs, Jean Guiart, ethnologue et Michel Lhomme , philosophe,  ne partagent pas intégralement une position identique sur la réalité de Cuba. Nous leur avons demandé de développer leur opinion sur Cuba. JP

Cuba, la Résistante

Jean Guiart, anthropologue, ethnologue ♦

Revenons sur Cuba. J’y suis allé, invité par l’ambassadeur de France, Pierre Anthonioz qui était  chef de bataillon dans la colonne Leclerc dans l’aventure du Fezzan. Je m’intéressais alors à la  situation militaire et au développement  économique de la paysannerie cubaine dans une île sous la pression américaine et je suis donc allé à la Baie des Cochons.

J’y ai trouvé là des initiatives intelligentes et peu coûteuses qui réussissaient à aboutir à une autonomie alimentaire relative (pour la viande et le lait) en utilisant les terres calcaires le long des grandes routes, où le sol se prête à l’élevage, malgré les épointements calcaires coralliens durs un peu partout mais que les bêtes savaient éviter mieux que les hommes. Ces terres étaient inutilisées avant et elles présentaient l’avantage qu’aucun propriétaire n’était lésé. Elles s’étalaient à l’époque en rubans de part et d’autre des routes. Aucune barrière coûteuse le long de la route, les Cubains faisant attention en conduisant. J’ai vu les fermes de crocodiles, mieux et moins méchamment gérées que dans le sud-est asiatique et bien sûr, l’organisation du tabac.

cuba-etudesJ’ai  vu les écoles. Plus tard je me suis demandé si le développement de l’enseignement médical était du lard ou du cochon, mais les Cubains ont eu l’intelligence de créer réellement une forme d’exportation que le blocus américain ne pouvait pas toucher. Certes, ils ont eu des problèmes après avec le matériel soviétique peu adapté à la chaleur, pour le faire tourner.

Du point de vue historique, les exécutions, au départ de la révolution cubaine, des gens mouillés dans la domination de la mafia américaine étaient justifiées, ces gens totalement corrompus étaient inutilisables et d’ailleurs les Américains n’en voulaient pas et trop de gens à Cuba avaient souffert de leur existence. Pour une fois, ce sang était parfaitement impur.

cuba-filmJe ne connais pas les autres dossiers et comme toujours on ne connait souvent de Cuba que la version américaine. Mais apparemment l’Église catholique, le Vatican connaissent mieux que Ségolène Royal le dossier. Dans les années 60, on pouvait aller se baigner le long de la côte nord de Cuba jusqu’à 17 heures car ensuite l’armée cubaine reprenait le contrôle entier des lieux  pour s’opposer à toute tentative de débarquement américain, ce qui impliquait une organisation fine du territoire que personne d’autre n’a jamais envisagée. Fidel Castro était aussi un grand soldat ce que n’était sans doute pas son compagnon, le médecin argentin mythique du tour de l’Amérique latine à moto mort de sa bêtise en croyant qu’il avait la capacité de monter  une révolte paysanne sans les connaître et alors qu’il était évident que les montagnard andins boliviens n’allaient tout de même pas suivre un fils de l’aristocratie blanche argentine qui avait massacré les Indiens chez elle.

Cuba enchainé

Cuba enchainé

Cuba, la Blanche

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Nous connaissons aussi assez bien Cuba, sa misère, la délation dans les immeubles, la prostitution en particulier masculine pour pouvoir manger.

cuba-la-vie-cachee-de-fidel-castro_Les dispensaires étaient constamment dans les années 90 en pénuries de médicaments car ceux-ci étaient réservés à l’industrie d’exportation qu’est devenu la médecine cubaine au Venezuela ou en Afrique. Nous connaissons beaucoup de cubains et ils n’ont pas cessé de nous raconter leurs déboires financiers et autres. Un régime n’est jamais tout blanc tout noir. Quelques points forts comme par exemple la sécurité à La Havane alors que toutes les autres capitales latino-américaines sont frappées par les rackets, les agressions et prises d’otages, la drogue. Pas de drogués et peu de petites frappes à Cuba.

Nous avons aussi été frappés souvent par les connaissances des jeunes cubains au goût littéraires prononcés même si l’arrivée de l’internet et des sites en ligne est en train de changer la donne. Enfin, il est une autre caractéristique de Cuba qu’occulte ou ne voit pas les  »gauchistes », c’est le caractère racial et blanc du régime. Castro l’a toujours maintenu. A un certain niveau de la hiérarchie politique, économique ou culturelle, on ne trouve plus ni métis ni  nègres. Or Cuba est avant tout une île nègre, bronzée.

Invité à une des soirées  luxueuse de l’Institut du film cubain, je fus prié de laisser l’ami black qui m’accompagnait au  »vestiaire ». On ne vient pas avec son chauffeur m’avaient enjoint les apparatchiks du parti, comme on pouvait le dire dans les années 50 et 60 au Pérou ou au Brésil. Castro n’a jamais partagé le pouvoir avec les nègres cubains, ce qui ne l’a pas empêché par ailleurs d’être considéré  comme le fer de lance de l’émancipation africaine et  surnommé le  »latino-africain ».

una nochePour un regard sans complaisance et très réaliste sur le Cuba d’aujourd’hui, je recommande fortement le film cubain Una Noche de Lucy Mulloy tourné en 2012.  Avec beaucoup de sensualité, c’est l’histoire triste d’un frère, d’une sœur et d’un ami (tous moins de 20 ans) qui décident de quitter Cuba sur un radeau de fortune pour gagner Miami et la Floride. Una noche est un portrait particulièrement sordide de la vie à Cuba, île intégralement tournée aujourd’hui vers la satisfaction de la clientèle touristique tandis que la population doit se contenter de miettes. La dictature de Castro est évoquée avec un vrai sens de l’étouffement totalitaire et c’est aussi un documentaire sur le « paradis communiste » cubain de Ségolène, au quotidien difficile et dont les améliorations s’obtiennent par le troc ou la prostitution, vision sans concession d’un faux paradis terrestre où il ne reste plus pour être un vrai citoyen qu’à vendre son corps.Una Noche Bande-annonce VO

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