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Une espèce humaine serait-elle également née au pied de l’Himalaya ?

Bovins

Une espèce humaine serait-elle également née au pied de l’Himalaya ?

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Fréféric Lewino ♦

La découverte d’ossements de bovins de 2,6 millions d’années montrant des traces de boucherie par une espèce intelligente remet en cause la filiation humaine.

Il faut quand même savoir que la reconstitution de la filière humaine présentée actuellement par les paléontologues est une entière arnaque. Ils l’ont établie à partir d’une poignée de fossiles. C’est comme si on avait voulu reconstituer Versailles à partir d’une centaine de briques ! Alors, chaque nouvelle découverte de fossiles ou d’outils remet l’édifice en cause.

Témoin, cette poignée d’os de bovins retrouvés au pied de l’Himalaya par Anne Dambricourt-Malassé (directrice de la Mission archéologique française en Inde) et sa collègue Claire Gaillard, spécialiste des outils lithiques indiens. L’un de ces ossements arborait, sans aucun doute possible, des traces d’actes de boucherie réalisés forcément par un être doué d’une certaine intelligence, probablement un Homo. Or, ce qui stupéfie nos deux chercheuses ainsi que le paléontologue indien Mukesh Singh, de la Society for Archeological and Anthropological Research of Chandigarh, c’est l’âge de cet ossement qui est de 2,6 millions d’années. À cette époque, la présence d’un Homo capable de réaliser cette découpe de carcasse était totalement insoupçonnée en Asie.

Tout au plus a-t-on trouvé en Éthiopie des traces de boucherie vieilles de 3,4 millions d’années, mais beaucoup plus rudimentaires, laissées par des australopithèques. Jusqu’à présent, les premiers Homos étaient censés avoir quitté l’Afrique pour l’Asie voilà seulement 1,9 million d’années. Alors, qui sont ces hommes ayant vécu dans le nord-ouest de l’Inde, à Masol exactement, voilà 2,6 millions d’années et sachant découper la viande avec la dextérité d’un candidat à Top Chef ? Faut-il imaginer pour eux une sortie des Homos d’Afrique avant ce moment ? Ou bien, thèse encore plus iconoclaste, doit-on croire à l’existence d’un second foyer d’hominisation en Asie ? Dans ce cas, que seraient devenus ces hommes ? Seule la découverte de fossiles de cet homme de Masol pourrait répondre à ces questions. En attendant, d’Inde, Anne Dambricourt-Malassé a bien voulu satisfaire notre curiosité.

Le Point : En quoi les traces de découpe sur les os de bovins attestent-elles une intelligence technique attribuable au genre Homo, et pas à un australopithèque ?
Anne Dambricourt-Malassé : Les traces sont organisées sur l’os de manière ordonnée, logique, celle des insertions des tendons. Autre indice : la manière de les découper pour briser l’os et consommer la moelle, ce sont des gestes plutôt humains.

Cette découpe intelligente suppose-t-elle l’existence de liens sociaux ?
Oui, une conscience réfléchie du geste assistée du regard avec une connaissance de l’anatomie du cadavre et des parties consommables. Il faut donc une éducation, une transmission des connaissances et des expériences. Ce qui implique très probablement un langage assez complexe pour expliquer des gestes choisis et précis
.
Ces hommes chassaient-ils ensemble ?
Ils ne chassaient pas, mais se nourrissaient sur des charognes. Des cadavres de toutes tailles étaient emportés par les crues des rivières himalayennes et accessibles aux hommes avec la décrue. Les chairs devaient être déjà décomposées, avariées, donc plus tendres.

Quelle était l’origine de ces « hommes » ? Pourraient-ils descendre d’australopithèques sortis très tôt d’Afrique ?
Non. Jusqu’à nouvel ordre, les australopithèques sont inféodés aux arbres et n’ont pas quitté l’Afrique. C’est l’âge d’apparition du genre Homo qui est reculé, Yves Coppens proposait 3 millions d’années. Pour ma part, sur la base de données relatives aux processus d’émergence de notre système nerveux et de son redressement, je pense que Homo est aussi vieux que les australopithèques.

On sait que de grands singes vivaient dans la région himalayenne voilà 7 à 8 millions d’années. Auraient-ils pu être à l’origine de ces « hommes », ce qui suppose donc l’existence d’un second foyer d’hominisation ?
C’est une hypothèse que je trouve intéressante compte tenu de la diversité des espèces de grands singes fossiles à 80 kilomètres de Masol : au moins cinq espèces différentes appartenant à deux genres. Par ailleurs, je ne vois pas Homo émerger en Afrique à cause de la raréfaction des arbres obligeant les grands singes à se redresser. C’est la complexification du développement embryonnaire du système nerveux qui provoque le redressement de la tête et de la colonne vertébrale. C’est valable pour l’australopithèque et Homo. Or, je ne connais pas de découvertes scientifiques démontrant que la complexification du système nerveux serait possible dans les génomes d’espèces exclusivement africaines pendant plus de 20 millions d’années, c’est-à-dire depuis l’apparition des premiers grands singes en Afrique et en Asie.

Bref, un foyer d’hominisation au pied de l’Himalaya ne peut pas être écarté.

Source : Le Point

Illustration : Ossements de bovins avec trace de découpes à Masol (Inde)

 

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