Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Terre, art et tradition: « être artisan est un autre moyen de défendre la culture européenne »

Art 1 1

Terre, art et tradition: « être artisan est un autre moyen de défendre la culture européenne »

Télécharger en PDF et imprimer

 Rémy Valat ♦

Entretien avec Gabriel-Henri Charpentier, artisan européen, fondateur de l’atelier Art-Terre-Europa

dans son atelier

Gabriel-Henri Charpentier dans son atelier

Gabriel-Henri Charpentier est un jeune artisan européen formé aux meilleures écoles d’art parisiennes. Son corps de métier principal est la céramique, technique qu’il a perfectionné à l’atelier du Chambrelin et à la Manufacture de Sèvres, après avoir également réussi les concours des Écoles Boulle et Estienne (qu’il a choisi de ne pas intégrer). Comme tout artisan, Gabriel-Henri Charpentier s’investit totalement dans le processus de création, faisant jaillir le génie humain de la matière brute. Cet engagement est aussi politique et philosophique : l’artisan est l’héritier d’une tradition et de techniques anciennes, qui sont  bien souvent le fruit d’une ancienne sagesse. La richesse d’une culture et d’une civilisation ne se manifeste pas seulement dans les arts classiques, mais aussi dans les productions pour un usage quotidien ou la décoration privée. Si les grandes institutions du patrimoine comme les écoles et les ateliers sus-mentionnés, mais aussi la manufacture des Gobelins et le Conservatoire national des Arts et des Métiers, assurent la permanence de ces savoir-faire en les transmettant aux nouvelles générations, ce sont surtout les artisans eux-mêmes qui font vivre la tradition par la maîtrise de leur art. Gabriel-Henri                        Charpentier est aussi un homme engagé : pour lui, être artisan est un autre moyen de            défendre la culture européenne.

Rémy Valat: Monsieur Gabriel-Henri Charpentier, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire ce que signifie pour vous être un artisan Européen au XXIe siècle ?
art-atelier1-1

Porte-clefs

Porte-clefs

Gabriel-Henri Charpentier : Tout d’abord merci de votre intérêt pour l’artisanat ainsi que pour mon travail.
Je suis un jeune céramiste de 31 ans, petit-fils de paysan, amoureux de notre culture et de nos traditions, que je souhaite perpétuer au mieux à travers les diverses facettes de mon travail. Passionné par les voyages, je pars régulièrement à moto pour découvrir la France ou l’Europe à travers de nombreux bivouacs, acommpagné par de vieux camarades. Je suis céramiste depuis maintenant 15 ans mais je continue, chaque jour, d’apprendre de mes pairs. Il y a maintenant 6 mois, j’ai décidé de lancer mon site d’artisanat européen, et tenter de suivre les traces de ceux qui m’ont précédé.
Etre un artisan au XXIème siècle, c’est réaffirmer dans notre quotidien, un savoir-faire en perdition dans une société d’ultra consommation.

Blasons monogrammes

Blasons monogrammes

Sous-main

Sous-main

Souvenirs d'enfance

Souvenirs d’enfance

« Artisan » et « résistant », n’est-ce pas la même chose pour vous?
Absolument, je considère plus Art Terre Europa comme un atelier de la dissidence que comme une société. Je souhaite aller à contre-courant des modes de consommation actuelle et du « tout identique » afin de proposer des pièces uniques, conçues pour chacun, afin que la personne s’y retrouve réellement.

 

 

Les cuirs

Les cuirs

Dessous de verre

Dessous de verre

La situation politique internationale, aux États-Unis et en Europe, laisse entrevoir une forte volonté des peuples de sortir de la mondialisation, en particulier culturelle. L’artisanat enraciné aurait-t-il de l’avenir ?
Il ne doit pas avoir de l’avenir, à mon sens, l’artisanat enraciné est l’avenir. Il est absolument primordial de perpétuer la tradition et de transmettre celle-ci afin de ne pas disparaître, qui plus est, de nos jours où celle-ci est constamment menacée par la mondialisation et l’uniformisation. Paradoxalement, c’est aussi dans les situations de crise que les peuples se réveillent et reviennent vers ce qu’ils savent sûr, l’identité.

On parle beaucoup de commerce équitable, souvent au bénéfice des pays du tiers-monde. N’existe-t-il pas des mécanismes de soutien financier et de valorisation équivalents pour l’artisanat en France ?

Les blagues à tabac

Les blagues à tabac

Restauration du patrimoine

Restauration du patrimoine

A ma connaissance, il n’existe pas de structure de soutien d’aussi grande ampleur. L’on a vite tendance à oublier qu’il y a de nombreuses initiatives artisanales de qualité dans son pays, mais aussi sa région ou même son quartier. Un artisan européen proposera des produits plus chers, mais il s’agit de pièces uniques, souvent crées suite à une demande particulière et garanties de nombreuses années, voire à vie, sur lesquelles il aura passé de nombreuses heures. On est loin du « made in China » et de nombreuses personnes se battent au quotidien pour faire connaître, valoriser et préserver ce patrimoine. J’en suis la preuve vivante, comme beaucoup d’autres artisans dissidents.

 

Tour de Jül

Tour de Jül

Un mot sur vos tours de Jül. N’est-ce pas le produit qui symboliserait le mieux votre art ? Le contact charnel avec la terre d’Europe, la fragile clarté d’une flamme appelant à un renouveau ?
Actuellement, oui, il s’agit d’une pièce primordiale car, les tours de Jül que je façonne sont choisies par les personnes pour représenter les éléments du foyer à travers les symboles gravées dans la terre. Chacune représente une famille, un clan rassemblé, et les flammes de la résistance brillent dans des foyers de plus en plus nombreux.

J’ai choisi de fabriquer des tours de Jül en terre, car il s’agit de notre lien au sol, la « Mère nourricière ». Nos racines sont notre plus grande force pour aller de l’avant. Nombreux sont ceux qui m’ont précédé, je fais de mon mieux pour perpétuer notre passion de la terre, et je suis convaincu que d’autres viendront.

« Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut » Frédéric Mistral.

Gabriel-Henri Charpentier : son site Art-Terre-Europa

Répondre