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L’argent : de la métaphore du sang à celle de l’excrément

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L’argent : de la métaphore du sang à celle de l’excrément

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Auran Derien, universitaire ♦

Les universitaires qui ne passent pas leur temps à justifier l’inhumanité globalitaire, enseignent les règles de l’organisation monétaire en insistant sur les techniques nécessaires au bon fonctionnement de la monnaie : les conventions et contrôles qui fixent le moyen de paiement légal, les limites à l’endettement, la surveillance de la solvabilité ; les services monétaires et financiers tant internes qu’externes ; les moyens de contrôle que sont les structures choisies.

Il apparaît assez vite que les banques centrales ne servent plus à rien à partir du moment où elles ne règlent plus le processus de création-consolidation monétaire mais sont devenues des piliers de banditisme financier qui a débuté en 1944 à Bretton-Woods puis s’est systématisé en 1971, lorsque Richard Nixon a supprimé tout lien entre le dollar et une base fixe, l’or en l’occurence.

Un sang empoisonné

argent-excrement-du-demon-massimo-finiOn transmet aux  étudiants l’idée que la monnaie joue dans l’économie le rôle du sang dans l’organisme humain.

Cela est exact dans la mesure où la production et la consommation sont orientées par les prix des biens, les salaires et les taux d’intérêt. L’État est aussi passé à l’action politique médiatisée par la monnaie car toutes ses interventions prennent la forme de subventions, impôts, dettes, salaires. Il a même organisé la solidarité sous forme monétaire par des cotisations et des prestations. Cependant, une fois avancé cette idée d’une monnaie remplissant la fonction du sang, il convient d’en surveiller le bon état général ce que plus personne ne fait désormais en Europe. Il s’agit plutôt d’empoisonner la population en détruisant son style de vie, remplacé par le fanatisme de personnes devenues maniaques du grand idole, le veau d’or, tout en détruisant la fonction politique, trop préoccupée de peuples et de patries, au profit de la tyrannie des trafiquants, ces criminels en col blanc parfaitement inhumains. Ils ont éliminé le remboursement de leurs dettes, créent de l’argent à profusion, sans se préoccuper d’investissements utiles à la population. Laissée entre les mains de mafias privées, l’organisation monétaire est un système soviétique, centralisé à la Banque des Règlements Internationaux qui contrôle l’association des banques centrales. Le sang ne circule plus de manière harmonieuse. La monnaie contemporaine nous tue.

L’excrément monétaire

Dans un livre fort érudit, Massimo FINI (1) aide à réfléchir à la manière dont le sang a pu se transformer en poison. Les époques révolues introduisent des perceptions différentes, par exemple le régime féodal qui, entre les Xème et XIIIème siècle a fonctionné en privilégiant les relations entre personnes, le fractionnement de la propriété et celui du pouvoir. Il en a résulté une sorte d’équilibre entre l’individualisme et la communauté, que l’argent a fait disparaître. Dans les temps “modernes”, l’auteur propose de mieux cerner les horreurs qui nous sont tombées dessus en faisant de l’argent un style de vie et une fin en soi.

L’argent comme style de vie

Pour le moins cinq grandes transformations ont affecté l’humanité soumise à l’obsession monétaire:

  • L’accélération du temps et des activités, dont la cotation continue est un symbole. Certains s’imaginent d’ailleurs que, devant des écrans où les courbes changent continuellement, ils voient le monde. En réalité, ils vivent dans le spectacle et dans l’angoisse de laisser passer un mouvement sans réagir de manière adéquate.
  • L’argent concentre l’attention sur le futur. Il bloque la capacité à vivre ici et maintenant. Il nous fait penser à cette phrase si sage de la philosophie grecque “ pendant que l’on pense à vivre, la vie passe”. L’accumulation de plans monétaires pour un futur hypothétique fait chuter ce souci de soi, cette capacité à bien vivre dont les Grecs nous ont enseigné la nécessité.
  • Puisque l’argent se concentre sur les chiffres et le calcul, subrepticement la vie se transforme en opérations arithmétiques. Compter ses avoirs, ses dettes, devient une activité prenante qui évince les dimensions qualitatives dont les humains ont une grande nécessité pour devenir des êtres complets. On ne peut s’étonner, finalement, de la vacuité de nombre de contemporains, et en particulier du vide cérébral des gestionnaires de l’horreur globalitaire.
  • L’invisibilité de l’argent actuel développe à toute vitesse la corruption. On ne peut croiser un trafiquant ou un politicien qui soit un homme d’honneur. C’est fini. Le crime financier est commis dans le cadre professionnel, légalement, et nous savons qu’il s’agit là d’une infamie voulue. Pour les banksters  il ne saurait exister de différence entre le légitime et le légal, fanatisés qu’ils sont par des sornettes monstrueuses tirées de l’ancien testament.
  • La double morale accompagne la nouvelle césure entre les riches et les pauvres. Lorsque l’argent est le critère du style de vie, le prestige est lié à la quantité de richesse monétaire sans que personne ne cherche à savoir de quel crime il provient. Les soi-disant juges, véritables cannibales dévoreurs de cerveaux, apprennent à se prosterner devant les riches, qui ont tous les droits, et maltraitent les pauvres, surtout s’ils pensent autrement que les détenteurs de l’argent. Ces magistrats sont devenus des infâmes, comme Voltaire l’avait déjà signalé.

L’argent comme finalité : les ravages de l’impolitique

Si l’argent a intoxiqué notre style de vie, il salit aussi la vie politique et détruit les régimes qui avaient permis de rendre supportable la vie en société.

Le processus d’augmentation quantitative de l’argent a réellement débuté en 1971, lorsque Nixon, sur les conseils de deux ou trois gorgones universitaires, a décidé de rompre le lien entre le dollar et l’or. Le dollar a pu se répandre dans le monde, à profusion, et permit aux parasites d’acheter ce que bon leur semblait. L’Europe, depuis, a tout perdu: industrie, emplois, élite, éducation de qualité, etc…La quantité de dollar répandue a éliminé les inconformes et promu les serfs les plus répugnants, tant à la commission de Bruxelles que parmi les dirigeants des divers pays européens. La bassesse est devenue la norme de leur comportement, suivant le modèle pyramidal, comme viennent de l’observer les auteurs qui ont enquêté sur l’argent des émirs du pétrole. Depuis lors, les domestiques de Goldman Sachs ont envahi les banques centrales d’où ils inondent le monde d’argent crée ex nihilo afin de soutenir l’oligarchie en possession de l’occident.

Une aussi grande générosité financière a tué la fonction politique et a détruit la démocratie, ainsi que l’enseignent les horreurs quotidiennes commises par les charlatans placés à la tête des États, dont l’extermination des peuples autochtones d’Europe, désormais en bonne voie. Tous ces pitres sont placés sous la domination des financiers véreux et de l’industrie de la haine médiatique, appartenant aux mêmes, de sorte que le politicien n’est plus qu’un fonctionnaire de la finance globalitaire. Quand à la démocratie, il suffit de voir comment meurent toutes les élites non conformes pour comprendre pourquoi tant Angéla Merkel que François Hollande, le Président de Wallonie ou tel béjeaune se prosternent devant cette inhumanité.

L’obsession de faire monter les cours de bourse est devenue l’ennemie du genre humain. Le travail étant un moyen fondamental de répartir les richesses, on pensait que la préoccupation du bien commun devait amener à sanctionner les organisations qui détruisent les travailleurs. L’inverse est advenu. Chaque fois qu’une organisation jette à la rue des employés, sa valeur à la bourse monte. L’argent est devenu l’ennemi de l’être humain.

Un système monétaire bien organisé, dans le cas de la monnaie endogène, créée ex nihilo par le mécanisme du crédit, nécessite une surveillance stricte des limites d’endettement des agents. Lorsqu’un agent emprunte et ne rembourse pas, il vole. Cela est désormais institutionnalisé en occident. La canaille s’endette mais ne rembourse pas. Elle s’approprie le travail des autres, les biens publics, par le mécanisme du crédit qui fabrique des dettes éternelles. Cette escroquerie, au profit de quelques oligarchies, est couverte par les institutions internationales, le FMI, mais aussi la BRI, le soviet suprême qui coiffe les banques centrales. De telles horreurs ont évidemment éliminé toute perspective de bien commun et ne laissent ouverte que la porte de la destruction et du chaos.

L’obsession de l’argent renforce bien évidemment l’individualisme, mis en avant par la philosophie moderne avec un discours béat sur la raison. S’il est exact que celle-ci est implantée potentiellement en chacun de nous, il ne s’en déduit pas automatiquement qu’elle définisse ce qui est réel. Pourtant, constituer la raison en juge suprême a eu des conséquences sur la sensibilité dont l’aboutissement a été la notion de valeur fondée sur le sentiment. La rencontre entre l’individualisme subjectiviste et l’argent comme fin en soi détruit jusqu’à toute possibilité de vie familiale et communautaire. Chacun analyse quelle quantité de monnaie il pourra tirer de ses proches. Si cela a libéré des devoirs envers eux, l’individu est tombé dans une servitude bien plus grande à dépendre du mécanisme financier qu’il ne contrôle pas et pour lequel tout individu est un pion comme les autres. C’était vraiment pas la peine de critiquer la famille pour tomber dans le néant monétaire.

Comment sortir de l’impasse ?

On ne peut sortir de l’impasse dans laquelle enferme l’obsession monétaire qu’après avoir touché le fond de la bêtise humaine, la folie de l’argent dont la seule qualité est sa quantité. Cette manie interdit toute haute culture puisque les riches ne savent que compter. Ainsi s’explique l’indécrottable vulgarité qui les caractérise désormais. De plus, si le seul critère d’appréciation est la quantité d’argent, alors se retrouvent sur un même plan le primate qui tape dans un ballon, la prostituée qui fait semblant d’être une artiste, le trafiquant de drogue analphabète, le bankster de wall street et le politicien kleptomane.

Une telle collection d’animaux humains nous permet de parler réellement de l’occident comme de la planète des singes, laquelle devrait se noyer au premier grain de sable bien placé qui bloquera le mécanisme financier. Le plus tôt sera le mieux.

(1) Massimo FINI : L’argent, excrément du démon. Ed.Le retour aux sources, 2016, 372p, 21€. 
  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard27 janvier 2017

    Rien à redire aux commentaires du brillant économiste universitaire, gloire de Metamag.
    En revanche, il se trouve que j’ai lu le livre de Mr Fini et que je ne le trouve ni brillant ni surtout érudit.
    Outre le titre outrancier, emprunt de métaphysique, que l’on peut juger inutilement racoleur, on peut critiquer le survol historique – fort mal documenté – de Mr Fini.
    La Grèce antique ne fut qu’un mélange d’aristocratie guerrière et de ploutocratie maritime, le négoce alimentant la guerre quasi-permanente… alors l’idéal de vie hellénique non mercantile évoqué par Mr Fini n’existe que si l’on fait totalement abstraction de la réalité historique et si l’on se tourne vers les rêveurs (riches) Platon & Aristote, qui philosophaient dans les nuées entre deux caresses à leurs gitons.
    Et que l’on évite de nous parler des idéaux de Cicéron (richissime propriétaire terrien esclavagiste et politicien fort corrompu) ou de Sénèque, grand tragédien et fumiste de la philosophie stoïcienne, qui soutira autant de largesses qu’il put de son ex-pupille Néron.
    Ni en Athènes, ni à Rome et moins encore en la Jérusalem biblique n’exista un quelconque Âge d’Or politico-économique. Toujours et partout, la désignation ou l’élection du chef de l’État (ou du grand-prêtre) fut une question de (très) gros sous et de corruption.
    Mr Fini fait hurler de rire lorsqu’il évoque la période féodale, opposant (comme avant lui un Werner Sombart ou un Julius Evola) l’héroïsme guerrier à la fourberie des négociants et financiers des époques ultérieures. Tout le Moyen Âge n’est qu’affaires de tueries et de complots pour faucher les richesses du voisin (avec certes peu d’argent métal et moins d’or encore, jusqu’à ce que d’Afrique, puis du Nouveau-Monde, affluent les métaux précieux).
    Que notre époque globalo-mondialiste soit particulièrement vile, nul ne peut en disconvenir (avec un bémol toutefois : celui de la consommation de masse qui a entraîné un confort de vie populaire inédit, certes à crédit, et ne touchant pas – comme de juste – les boulets économiques, pays où l’on n’a toujours pas compris que pour avoir des biens, il faut travailler beaucoup).
    Cela ne signifie nullement qu’autrefois, c’était mieux… sauf en régimes populistes, mais ceci est une autre histoire !

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