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L’air sera-t-il plus respirable sans Fessenheim ?

Centrale Nucleaire

L’air sera-t-il plus respirable sans Fessenheim ?

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Boris Le Ngoc, de la Société française d’énergie nucléaire ♦

Coïncidence un peu malheureuse : alors que cette semaine encore plusieurs métropoles françaises sont plongées dans la pollution, la fermeture anticipée de la centrale nucléaire de Fessenheim semble actée. Coïncidence : car cette décision n’apportera aucun bénéfice sur l’environnement et pourrait même aggraver la situation, la production d’électricité étant compensée par des énergies fossiles, sources d’émissions de CO2 et de polluants atmosphériques.

Rappelons-le, le nucléaire, en plus d’être une énergie bas carbone qui n’émet pas de gaz à effet de serre, produit de l’électricité sans émettre ni dioxyde d’azote, ni dioxyde de soufre, ni particules fines, ni de poussières, autant d’éléments responsables de la dégradation de notre environnement et de notre santé.

La fermeture de centrales nucléaires entraîne une augmentation du recours aux énergies fossiles.

Selon l’Institut Energie et Développement (I.E.D) sollicitée par le CCE d’EDF, la fermeture anticipée de Fessenheim entraînerait une hausse des émissions de CO2, « la production d’électricité étant essentiellement compensée par des énergies fossiles (gaz et charbon) produites en France ou importées des pays voisins ».

Selon ses calculs, substituer à l’électricité nucléaire alsacienne des térawatts issus du gaz ou du charbon reviendrait à générer 7,89 millions de tonnes de CO2 supplémentaires chaque année et des quantités importantes de polluants atmosphériques.

Cette projection n’est pas une spéculation : aux États-Unis, en Allemagne et au Japon, de nombreux exemples prouvent que la fermeture de centrales nucléaires entraîne une augmentation du recours aux énergies fossiles (gaz ou charbon) et in fine une hausse des émissions de CO2. Et ce, en dépit des moyens techniques et financiers engagés pour développer l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Fessenheim fait vivre 5 000 personnes

Situées dans des territoires ruraux, les centrales sont généralement les principaux employeurs. Au-delà de ces emplois « directs », une centrale nucléaire, comme toute activité industrielle, favorise le développement économique d’un territoire faisant émerger un tissu de PME (emplois « indirects ») et générant une activité dans d’autres secteurs (emplois « induits ») : restauration, hébergement, transport, commerces, santé, administration, loisirs, périscolaire, etc. La centrale de Fessenheim fait ainsi vivre pluhttp://www.sfen.org/fr/rgn/nucleaire-une-energie-dans-les-territoiress de 5 000 personnes entre Mulhouse et Colmar selon les estimations de l’INSEE, récemment confirmées par le cabinet Syndex.

Le candidat écologiste à l’élection présidentielle, Yannick Jadot, a indiqué que « pas un seul salarié ne serait laissé sur le bord de la route ». La France peut se féliciter d’avoir une entreprise (EDF) capable de reclasser ces salariés. Cependant, cette déclaration ne concerne que les 800 professionnels de la centrale. Quid des 4 200 autres emplois ? Quid de l’époux ou de l’épouse des professionnels de la centrale ? Qui des PME ? Quid des petits commerçants ?

Dans un reportage, Le Monde a réalisé le portrait de plusieurs habitants des communes situées autour de la centrale, parmi eux, Bernard Schmidt, 66 ans, buraliste : « Il évoque les 800 000 francs empruntés pour acheter le commerce, il y a dix-neuf ans ; de son rêve aussi, désormais brisé, de passer une retraite paisible au Portugal, loin de la brume alsacienne qui a bien du mal à se lever sur Fessenheim ».

Une centrale sûre

L’Autorité de sûreté nucléaire, autorité indépendante, a rendu un avis favorable pour l’exploitation des réacteurs jusqu’en 2021 et 2023. Dans son rapport annuel de 2016, l’ASN a même classé Fessenheim parmi les centrales les plus sûres de France, reconnaissant ainsi l’efficacité des investissements engagés pour sa rénovation (650 millions d’euros).

Aux États-Unis, la centrale nucléaire de Beaver Valley, dont Fessenheim est la copie, a reçu l’autorisation de fonctionner jusqu’à 60 ans, tout comme 77 autres réacteurs américains.

Jusqu’à 6 milliards d’indemnité

La fermeture d’un outil sûr, pourvoyeur d’emploi et producteur d’une électricité bas carbone et compétitive, aura également un impact financier important.
Dans un premier temps, l’État devra indemniser l’exploitant à hauteur de 490 millions d’euros (part fixe) pour couvrir les dépenses de reconversion du personnel, de démantèlement, de taxe INB et de « post-exploitation ».
La facture ne s’arrête pas là. Dans un second temps, l’État devra compenser EDF pour le manque à gagner d’une exploitation de la centrale jusqu’à 2041. Les études, technique, financière et sociale, démontrant que Fessenheim pourraient être exploitées encore 20 ans, soit 60 ans au total, la durée d’exploitation des centrales américaines.
« Le manque à gagner pour EDF qui devrait acheter ailleurs les 12 térawatts/heure produits les bonnes années par la centrale alsacienne, serait compris entre 1,6 et 6 milliards d’euros, en fonction du prix de gros de l’électricité », estime le rapport rendu la semaine dernière par le cabinet Secafi. Une évaluation proche de celle réalisée par la commission des finances de l’Assemblée nationale en 2014 qui évoquait le chiffre de 5 milliards.

Source : SFEN

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard30 janvier 2017

    Excellent article.
    Reste à poursuivre la cure de désintoxication de l’opinion publique par une étude aussi didactique que celle-ci (donc non diluée sur des centaines de lignes et en un langage aussi clair) sur la sécurité des centrales françaises sur le sujet des fuites radioactives et de leur prévention.

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