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Ehrenfried Pfeiffer, héritier de la Naturphilosophie et pionnier de l’agriculture biodynamique

Pfeiffer Cote De Nuits

Ehrenfried Pfeiffer, héritier de la Naturphilosophie et pionnier de l’agriculture biodynamique

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Rémy Valat, historien ♦

Les éditions Actes Sud ont eu l’heureuse idée de rééditer deux ouvrages fondateurs de l’agriculture biologique écrits par Ehrenfried Pfeiffer : La fécondité de la terre (édité et immédiatement traduit de l’allemand en cinq langues, dont le français en 1938) et Le visage de la terre (paru en 1942 et traduit en 1949), qui étaient tous deux épuisés.

Ehrenfried Pfeiffer

Ehrenfried Pfeiffer

Pfeiffer est né à Munich en 1899. Il devint très tôt un amoureux de la nature, une passion transmise par son grand-père qui était pharmacien. Plus tard, il servit en qualité d’ingénieur aux armées pendant la Grande Guerre et celle-ci terminée, il travailla à l’usine Bosch de Stuttgart tout en poursuivant des études d’électrotechnique et de physique. Entré en relation avec le philosophe Rudolf Steiner, il le seconda dans la préparation d’une série de conférences que celui-ci donna à des agriculteurs silésiens : ces interventions sont considérées comme l’acte fondateur de l’agriculture biodynamique. Ehrenfried Pfeiffer poursuivit ensuite des recherches pour prouver la validité de ce concept révolutionnaire. En 1938, il fuit le régime nazi et émigre avec ses proches aux États-Unis, pays où il met au point une méthode de cristallisation sensible, notamment utilisée pour diagnostiquer le cancer du sang. Il meurt en 1961.

L’agriculture biologique est née du rejet des engrais chimiques, apparus au début du XXème siècle, avec la mise au point du procédé Haber (technique permettant la synthèse de l’ammoniac), qui facilita la production industrielle d’ammoniac, composant essentiel des engrais azotés synthétiques. C’est le philosophe Rudolf Steiner (1861-1925), un héritier de Friedrich W-J von Schelling (1775-1854), du romantisme allemand et de la Naturphilosophie (un courant de pensée qui considère la nature comme un tout, un être total et sacré) qui lança le mouvement.

pfeiffer-La-Fecondite-de-la-terre-et-Le-Visage-de-la-TerreRudolf Steiner était versé dans l’ésotérisme, devint membre de la société théosophique en 1902 et tissa des liens avec différentes sociétés initiatiques. Dix ans plus tard, il fonde son propre courant spirituel : l’anthroposophie (la « sagesse de l’homme », qui vise à la connaissance de l’être humain et des liens l’unissant au cosmos). Les fondements et les préceptes de l’anthroposophie ont été invalidés scientifiquement, ce qui ne signifie aucunement qu’ils sont faux (le « sacré » étant par nature incogniscible). En matière d’agriculture, Steiner attachait une grande importance à « la force vitale », principe de toutes vies biologiques ou organiques. Ses idées connaîtront un développement politique sous le régime nazi (elles seront exploitées par Rudolf Hess et Heinrich Himmler).

L’agriculture biologique, souvent défendue par des mouvements écologistes se revendiquant de l’anticapitalisme et du tiers-mondisme (qui sont des valeurs de la gauche radicale contemporaine) sont en réalité des idées que des personnalités comme José Bové qualifieraient de réactionnaires de droite….L’avant-propos du livre, signé par Jean-Michel Florin (membre du Mouvement de l’agriculture biodynamique) jette un voile pudique sur cette question. C’est dommage. Signalons par ailleurs que le chapitre 1er de La fécondité de la terre (Vie paysanne et civilisation) est totalement dépassé (le livre a été édité avant la Révolution verte et les prévisions de l’auteur ont été contredites).

L’auteur a une vision catastrophiste de l’avenir des États-Unis. Il partage en somme cette vision malthusienne qui empreint souvent l’écologisme contemporain…. Ce qui ne signifie pas que l’agriculture biologique n’ait pas sa place dans les politiques agricoles de l’avenir, bien au contraire. Et c’est pour cela que ce livre mérite d’être lu et utilisé par celles et ceux qui veulent produire des fruits et des légumes sans produits industriels.

Ehrenfried Pfeiffer, « La fécondité de la terre » et « Le visage de la terre », Éditions Acte-Sud, traduit de l’allemand par : Germaine Claretie, Simone Rihouët-Coroze, 592p, 29€.
  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard31 janvier 2017

    Que la cristallisation en présence de Chlorure de cuivre soit utilisée par les naturopathes pour déterminer la meilleure façon de conserver ou de cuire des aliments, pourquoi pas ?
    En outre, le chlorure de cuivre est un excellent antiparasitaire pour les végétaux.
    Mais en médecine, la « méthode Pfeiffer » est non avenue : elle fait partie de la métaphysique médicale, de la Patamédecine.

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