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La France protégera-t-elle l’ancien président péruvien Alejandro Toledo ?

Perou La Independencia Del Perú

La France protégera-t-elle l’ancien président péruvien Alejandro Toledo ?

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Au Pérou, la justice a demandé l’arrestation internationale de l’ancien président Toledo, l’ancien chef de l’État étant dénoncé pour une corruption de plus de vingt millions de dollars par l’entreprise brésilienne Odebrecht.

L’inculpation du premier ex-président compromis dans l’affaire Odebrecht a été prononcée à Lima, le jeudi 9 février. Un juge a signé le mandat d’arrêt et a demandé la détention provisoire pendant dix-huit mois d’Alejandro Toledo, au pouvoir au Pérou entre 2001 et 2006. Il aurait touché 20 millions de dollars (18 millions d’euros) en pots-de-vin versés par l’entreprise brésilienne Odebrecht, lors de la construction de la route interocéanique qui relie le Pacifique et l’Atlantique.

Tolédo et son épouse, en touristes à Paris

Tolédo et son épouse, en touristes à Paris

Il est à la fois accusé de trafic d’influence et de blanchiment d’argent. Ce sont en fait les suites du scandale qui n’en finit pas et qui ébranle le Brésil mais aussi toute l’Amérique latine depuis 2014 avec la destitution de Dilma Roussef, la mort toute récente du juge brésilien chargé de l’enquête dans un crash d’avion suspect survenu le 19 janvier . Suite aux aveux tardifs de la compagnie Odebrecht, la justice et le Congrès péruvien ont réagi très vite aux premières révélations concernant les trois présidences d’Alejandro Toledo, Alan Garcia (2006-2011) et Ollanta Humala (2011-2016). Lima a même adopté le nom de l’opération « Lava Jato » (« lavage express »), l’ancien représentant de l’entreprise brésilienne à Lima, Jorge Barata, ayant passé aux aveux. D’après lui, les 20 millions de dollars destinés à M. Toledo ont été virés sur des comptes offshore par le biais d’un prête-nom, Yossi Maiman, un homme d’affaires israélien. Les enquêteurs péruviens ont procédé à des vérifications auprès de banques au Panama, au Costa Rica et aux États-Unis, ainsi qu’à une perquisition au domicile de M. Toledo à Lima. Or Toledo réside aussi à Paris, sa femme étant d’origine belge mais française (tout comme ses enfants) possédant en plus la nationalité israélienne, ce que ne précise pas d’ailleurs la notice wikipedia en ligne.

Interrogé récemment à Paris, Toledo a bien sûr démenti les accusations, qu’il a attribuées à ses « ennemis ». En tout cas, le nouveau président péruvien, le banquier Pedro Pablo Kuczynski, dit « PPK », réputé probe et honnête a, lui aussi, réagi très vite. Il a demandé à Odebrecht une compensation financière pour n’avoir pas respecté ni les délais ni les budgets impartis à ses travaux, à savoir la construction de la route interocéanique, budgétée à 800 millions de dollars et qui a fini par coûter à l’Etat péruvien  plus du double.

Mais c’est maintenant aussi toute la classe péruvienne qui risque de tomber puisque le chantier du métro de Lima est aussi dans le collimateur. Les travaux très loin d’être terminés – un véritable capharnaüm par exemple actuellement dans le quartier liménien de Santa Anita – ont été attribués pour une somme de 410 millions de dollars, mais auraient coûté en fin de compte 519 millions. Enrique Cornejo, ancien ministre des transports  d’Alan Garcia, est soupçonné. Par ailleurs, selon le quotidien Folha de Sao Paulo, la campagne électorale d’Ollanta Humala, qui a compté l’aide visible de conseillers brésiliens, aurait reçu 3 millions de dollars d’Odebrecht. Son épouse, Nadine Heredia, est soupçonnée par le parquet de Lima d’avoir favorisé l’attribution au groupe de BTP du gazoduc du Sud, dont le coût s’élève à 7 milliards de dollars.

Les liens des Présidents péruviens avec la France ont toujours été très étroits.  La dernière fois que l’ancien président péruvien a été repéré, c’était d’ailleurs précisément à Paris. Les avocats français du couple  leur ont conseillé de ne pas rentrer au pays avant de connaître le résultat de leur appel. Une prime de 30 000 dollars est pourtant offerte à qui repérera le président fugitif. Avis aux amateurs mais aux dernières nouvelles, l’ancien Président se trouverait à San Francisco où il s’est inscrit sur un vol en direction d’Israël où il a investi dans des villas de luxe jusqu’à ce que le gouvernement Netanyahu le déclare indésirable. Lima a donc demandé aux États-Unis de l’extrader. Pedro Pablo Kucszynski aurait appuyé cette demande en téléphonant  à Donald Trump.

Dans un tweet récent, Alejandro Toledo se défend d’être en fuite, expliquant qu’il n’était pas condamné lorsqu’il a quitté le pays. Il ne parle pas pour autant de rentrer au Pérou pour affronter la justice. Il sait bien que plus de quinze ans après, l’ex Président Alberto Fujimori croupit toujours en prison depuis 2009 pour une peine de vingt-cinq ans.

Illustration : San Martín proclamant l’indépendance du Pérou. Peinture de Juan Lepiani.

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