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Lundi 15 septembre 2014
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Turquie- Egypte : Israël entre enclume et marteau - L’état hébreu dans une mauvaise passe diplomatique

Turquie- Egypte : Israël entre enclume et marteau


L’état hébreu dans une mauvaise passe diplomatique




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Au-delà de la reconnaissance éventuelle, par l’ONU, d’un véritable Etat palestinien, Israël fait face à une dégradation alarmante de son environnement géopolitique. L’alliance turque est en crise profonde et la neutralité bienveillante de l’Egypte emportée par un drôle de printemps.

L’affaire de l’attaque de la flottille de Gaza a fait perdre à Tel Aviv l’alliance de la première puissance militaire régionale, la Turquie. La chute de Moubarak lui a fait perdre une amitié forcée, mais durable. Et le printemps égyptien débouche sur un coup de froid terrible. Pire encore , les deux dégradations se rejoignent.

Impossible d’interpréter comme une coïncidence le déplacement, en Egypte, du Premier ministre turc. La visite Recep Erdogan s’est poursuivie par un déplacement en Libye et en Tunisie, soulignant la volonté du gouvernement turc de développer son influence dans la région. Ankara a expulsé, début septembre, l'ambassadeur d'Israël, en raison du refus de l'Etat hébreu de présenter ses excuses après le raid de Tsahal contre une flottille d'aide humanitaire pour la bande de Gaza, en mai 2010. Il s'est soldé par la mort de neuf militants turcs pro-palestiniens.

L'Egypte avait annoncé, de son côté, qu'elle souhaitait rappeler son ambassadeur à Tel Aviv, après la mort de cinq gardes-frontières égyptiens abattus dans le Sinaï, le mois dernier. Le Caire n'avait pas mis sa menace à exécution. Depuis, des manifestants égyptiens ont tenté d'investir l'ambassade d'Israël au Caire; ce qui a conduit le gouvernement israélien à rapatrier son diplomate et le personnel de la chancellerie, samedi.

Crispation turque

«Les navires de guerre turcs seront chargés de protéger les bateaux turcs acheminant des aides humanitaires vers la bande de Gaza», a prévenu le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, auprès de la chaîne de télévision Al-Jazira. Précisant que, s’ils sont «la cible d’attaque (…), Israël fera alors face à une riposte appropriée». Cette rhétorique belliqueuse transforme l’Est de la Méditerranée en zone de fortes tensions, notamment parce que la marine israélienne soumet la bande de Gaza à un blocus naval.

Au-delà de la crispation sur Gaza, une autre source de conflit a émergé. Elle concerne le partage des ressources énergétiques en Méditerranée orientale, où d’énormes réserves de gaz naturel ( environ 3.500 milliards de m3,) et de pétrole (environ 1,7 milliards de barils) dorment sous les eaux et pourraient commencer à être exploitées à partir de 2017. Surmonté un hic. A qui appartiennent-elles ?

Pour les Israéliens, qui ont procédé à une généreuse délimitation des eaux territoriales, la réponse est laconique : à nous. Ce n’est, malheureusement, ni l’avis des Libanais, ni des Palestiniens de Gaza (la situation de Chypre étant réglée) qui revendiquent une large part de la richesse. La controverse est devant les Nations Unies.

Egypte : la haine malgré la paix

C’est ce qu’il a été donné de voir, le 9 septembre, avec l’attaque de l’ambassade d’Israël, au Caire. Une marée humaine a déferlé dans les locaux, fait descendre le drapeau israélien et jeté des documents par les fenêtres. Au moins 3 personnes ont été tuées dans les affrontements entre les assaillants et la police ; plusieurs autres ont été blessées. La vie de l’ambassadeur israélien et celle du personnel de la représentation diplomatique ont été mises en danger, avant qu’ils ne soient exfiltrés et rapatriés. Il est question, une fois le calme revenu, de leur retour, à Charm El Cheikh sur la Mer Rouge plutôt que dans la capitale.

Malgré la gravité des faits, Israël n’a exigé ni explications, ni excuses aux autorités égyptiennes. Tel Aviv a préféré réaffirmer son attachement au traité de paix israélo-égyptien de 1979, que la rue semble vouloir remettre en cause, depuis la révolution du Nil ayant renversé Hosni Moubarak, mais pas l’armée.

Sa diplomatie malmenée, Israël sur le fil du rasoir

«Le temps n’est plus à l’immobilisme », écrit The Guardian de Londres. Les généraux israéliens ont beau prédire que le printemps arabe va se transformer en hiver musulman, mais leur entêtement finira plutôt par se finir en hiver israélien». Des bouleversements en cours, sur lesquels est revenu également le quotidien de gauche israélien, Haaretz

Le journal parle d’une crise, bien antérieure à la décision des Palestiniens de faire reconnaître leur Etat à l’ONU, en rappelant que les violences contre l’ambassade israélienne du Caire surviennent peu de temps après la mort de 5 soldats égyptiens, le 18 août. Haaretz évoque les craintes du Premier ministre, Benyamin Netanyahu, de voir le Sinaï se transformer en version élargie de la bande de Gaza, sa peur que d’éventuelles excuses, présentées aux Turcs, ne soient interprétées comme un aveu de faiblesse.

Du côté de la presse conservatrice, du Jérusalem Post notamment, la lecture de la stratégie israélienne est évidemment assez différente. «Si l’on peut comprendre le mécontentement grandissant des Egyptiens face au manque de réalisations attendus après les événements de la place Tahrir, ces derniers feraient mieux de concentrer leurs efforts sur la myriade de défis qui les attendent plutôt que de souffler leurs frustrations sur Israël, mettant ainsi en danger cette paix fragile qui permet la stabilité de la région». La paix n’est pas encore menacée, mais l’équilibre des forces est modifié au détriment de l’Etat sioniste.

Vers un front islamiste ?

La Turquie est dirigé par un gouvernement islamiste, présenté comme modéré, mais surtout pragmatique et de plus en plus proche du Hamas, à Gaza. En Égypte, les Frères musulmans sont de moins en moins discrets et tirent les ficelles en coulisse. Au Caire, la démocratisation est, toujours, à l’état de promesse. Les vrais démocrates, très minoritaires, sont de plus en plus anxieux, à juste titre. La jeunesse du Net et du portable redoute d’être dépassée par sa révolution.

Des islamistes, même pragmatiques, d’Ankara au Caire en passant par le Liban et Gaza, on comprend les inquiétudes des diplomates et militaires israéliens, qui n’ont jamais cru aux printemps arabes et à la démocratisation triomphante.

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