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Mardi 29 juillet 2014
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Par: Oranie le 30/01/2012


"Pour les responsables de l'ordre, ces enlèvements n'existaient pas car ils ne devaient pas exister, cela aurait gêné le Gouvernement. Aucune mesure de sécurité, aucune intervention n'était donc utile. La censure empêchait toute publicité. La presse locale en était réduite à annoncer les disparitions dans la rubrique "Recherches dans l'intérêt des familles", sans évoquer les circonstances, sans préciser qu'il ne s'agissait ni de fugues, ni de cas d'amnésie. Souvent des patrouilles qui circulaient dans la ville européenne refusèrent net d'empêcher des rapts. Quant à sauver des prisonniers si on savait où ils se trouvaient ... les militaires ne pénétraient plus guère dans les quartiers musulmans. Ils reçurent d'ailleurs, dès le cessez-le-feu la consigne officielle de ne plus y patrouiller du tout, de ne porter secours à personne, bien que l'Algérie fut encore sous la responsabilité de la France. L'ordre fut même donné de remettre à la police anti-OAS ceux qui par hasard seraient libérés, ils étaient forcément des factieux. Quand on pense à l'état dans lequel ils étaient découverts ... J'ignore si cette règle devait s'appliquer aussi aux enfants. Deux régiments contrevenants s'obstinaient à préserver des vies humaines, on finit par les déplacer avant l'été sur ordre du Gouvernement. Les tueurs du FLN, arrêtés par eux furent rapidement remis en circulation, d'ailleurs avant même le 19 mars, les camps et les prisons s'ouvrirent. Les officiers furent punis ou expulsés. Le simple geste de rendre compte à ses chefs des réalités rencontrées passaient pour une incongruité nécessitant sanction. La complicité active fut surtout le fait de ces agents secrets qui ne dépendaient que du Gouvernement. La collusion entre FLN et barbouzes est avérée sans aucun doute possible. Parmi les gouvernements qui se succédèrent par la suite en France, aucun n'exigea la restitution des victimes survivantes, ni celle des soldats prisonniers que, par les accords d'Evian, le FLN s'était engagé à libérer. On ne se donna même pas la peine de les réclamer officiellement. Un peu de fermeté aurait peut-être impressionné les Algériens et forcé leur respect. En tout cas, ces démarches même vaines auraient apporté quelques consolations à des milliers de famille désespérées et à toute une communauté ulcérée de se sentir à ce point méprisée ... le mot est faible. Presque unanimes les médias se refusèrent constamment à évoquer ce sujet gênant et s'y refusent toujours.Un crime sans assassins de Marie-Jeanne Rey Alger 26 mars 1962 Editions Confrérie Castille - octobre 1994
Mémoire des peuples

Par: libertaie le 31/12/2011


J''avais rencontré le Juge Thierry Jean-Pierre juste avant son décès,il m'avait dit que rien ne pourrait "sortir" de notre histoire avant le décès de Pierre Messmer. Espérons qu'enfin, les familles de Disparus,de torturés,de morts le plus souvent violentes, pourront enfin pouvoir faire leur deuil grâce à la reconnaissance de notre Histoire et du génocide des ces années de guerre d'Algérie!pour les Harkis et les européens d'Algérie il s'agit bien d'un génocide puisqu'il y avait bien, de la part du FLN, l'intention de nous exterminer. Puisse un jour la Justice européenne, à défaut de la Jusitce française,reconnaitre ces faits, ces horribles faits. Nous comprenons mal comment ces dirigeants de notre Pays qui se disent catholiques, peuvent vivre avec ces secrets qu'ils connaissent de longue date, pour certains, de façon plus récente pour d'autres. Les sites Pieds Noirs attaqués ne peuvent de défendre faute d'apporter les preuves que les archives qui nous sont interdites, renferment. Et plusieurs de nos concitoyens se trouvent condamnés à payer des dommages et intérêts pour des faits dont on sait qu'ils ont existés mais que gardent jalousement les archives de la République. L'Algérie est l'histoire honteuse de la France,celle qui met mal à l'aise beaucoup trop de nos Politiques pour qu'ils veuillent ouvrir la boite de Pandore. Alors, familes de Disparus,minées de chagrin depuis 50 ans, vous serez morts quand les archives seront ouvertes,on vous aura privé de la Paix Eternelle !
Mémoire des peuples

Par: justrider le 30/12/2011


J'ai lu ce livre, qui ne m'a pas appris grand chose, ayant oeuvré plusieurs années sur le sujet (plus de 250 dossiers de français "Disparus" en Algérie, dont certains comportant des familles entières ou des rapts collectifs, analysés pour le compte d'une association) ; sur la collaboration entre barbouzes françaises et fln, tout était indiqué depuis belle lurette dans l'ouvrage de la barbouze Bitterlin ("Nous étions tous des terroristes") et dans plusieurs ouvrages d'anciens responsables fln algériens : échanges de listes et d'adresses d'individus suspects d'appartenance à l'OAS ou simplement de sentiments "Algérie française", interventions communes contre certains quartiers "européens", etc ... , et, ce, dès avant le 19 mars 1962, donc à une date où, officiellement, le fln était encore l'ennemi théorique désigné (donc un gouvernement subventionne des organismes et encourage des actions en faveur de l'ennemi "officiel" !); après le 19 mars, on ne se gêne plus (comme l'a rappelé le général De Gaulle, lors d'un conseil des ministres, propos recueillis par A. Peyrefitte dans son ouvrage "C'était De Gaulle" : "l'intérêt de la france a cessé de se confondre avec celui des pieds-noirs" ! on ne peut mieux dire, nous avons affaire à un renversement d'alliance au profit du fln !) . L'ennui est que cette nouvelle collaboration alla jusqu'à abandonner des civils à des actes de tortures, de mutilations, et d'assassinats, en interdisant aux troupes en place toute intervention : nous avons donc une situation de crimes de guerre d'un côté, et de complicité de l'autre ! ; ..... L'intérêt de l'ouvrage de M. Jordi est qu'il émane d'un chercheur d'une sensibilité plutôt proche de l'Etablissement actuel (libéral voire de gauche), et qui a été surpris de découvrir l'ampleur de ce drame, et de la loi du silence ensuite imposée par le dit "Etablissement".     
Mémoire des peuples

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Algérie française: des disparus qui parlent  - L'Etat français et des personnalités vivantes passibles du CPI?

Algérie française: des disparus qui parlent


L'Etat français et des personnalités vivantes passibles du CPI?




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Il s'agit d'un sujet très sensible. Les recherches sur les disparus européens de la guerre d'Algérie n'ont pas été rares. Mais elles ont toujours été approximatives, faute de pouvoir recourir aux documents et archives. Mises à part celles de Jean Monneret, qui a pu consulter quelques archives, la plupart de ces recherches n'ont eu recours qu'à des témoignages parfois imprécis, parfois convergents, mais critiquables car difficilement vérifiables. En la matière quand on ne sait pas tout, la tendance est à l'exagération ou à la récusation, selon le côté où l'on se situe.

Le travail de Jean-Jacques Jordi, historien universitaire spécialiste de l'Algérie, vient combler les incertitudes. Il a pu – enfin, avec un demi-siècle de retard – accéder aux archives du Comité International de la Croix Rouge, des ANOM, du CHAN –CARAN, du Ministère des Affaires Etrangères, du CAC de Fontainebleau, du SHD, du Cabinet Militaire de la délégation générale du gouvernement en Algérie et du Service Central des Rapatriés. La consultation de la quasi-totalité de ces archives reste soumise à autorisation dérogatoire. Il a ainsi pu consulter près de 12 000 dossiers.

Plus de morts que l'admet l'histoire officielle

Ce qui est révélé dans ce livre est saisissant. Ce que beaucoup d'Européens d'Algérie affirmaient, pour l'avoir vécu, est  confirmé par les archives, rapports, références précises et témoignages. L'enquête est très transparente. Rien n'est avancé sans que la source, toujours vérifiable, ne soit précisée. C'est un travail d'histoire scientifique qui ne peut être contesté. Mais peut-être sera-t-il occulté, ignoré et escamoté?

Ainsi est-il affirmé, preuves à l'appui, qu'au moins 1 583 personnes, dont l'état-civil est précisé, sont présumées décédées, que le sort de 171 autres personnes est incertain et que les corps de 123 autres personnes ont été retrouvés. Ainsi donc, il n'est plus possible de dire que moins de 1 877 personnes sont concernées par ces disparitions. Et qui dit disparition veut parler des personnes victimes d'un enlèvement, c'est-à-dire d'une mise au secret, d'une privation de liberté, avec une dénégation complète des responsables de l'enlèvement et une dissimulation du sort réservé à la personne disparue. On ne parle pas ici des personnes dont le corps a été retrouvé ou qui ont été tuées sans être enlevées.

La Vème République a du sang sur les mains

Pourtant, les archives confirment que les autorités françaises savaient que des Européens étaient disparus, que, bien souvent, elles connaissaient les ravisseurs, les lieux de détention et qu'elles ont toujours refusé d'intervenir, en particulier après le 19 mars 1962, période où se situe la plupart des enlèvements et même quand il s'agissait, encore, d'un territoire sous administration française où les forces de l'ordre pouvaient intervenir sans difficultés. 

Elles savaient que ces personnes enlevées subissaient des sévices corporels importants, qu'elles étaient parfois, donneurs de sang forcés, saignées à blanc jusqu'à ce que mort s'ensuive, qu'elles étaient torturées puis exécutées, que les femmes étaient violées et parfois enfermées dans des bordels. Dès lors, les autorités militaires et civiles françaises peuvent être accusées de non assistance à personne en danger et l'historien peut rappeler que ces exactions de l'ALN envers les Européens d'Algérie peuvent constituer des crimes contre l'humanité (Commission de droit international - 1995- vol. II -2ème partie). Et leurs auteurs, parfois parfaitement identifiés (par exemple Attou à Oran), ne sont jamais inquiétés.

Une épuration ethnique

Il faut souligner que, sous couvert de lutte contre l'OAS, c'est, en fait, à une épuration ethnique que nous avons assisté en Algérie, sur un mode "mineur", avant la signature des accords d'Evian (il s'agit de 320 personnes) , d'une façon méthodique après le 19 mars 1962 (cela concerne près de 3 000 personnes) avec parfois le concours de l'administration française ou des "barbouzes" qui n'hésitaient pas à livrer des pieds-noirs au FLN, voire même à remettre à l'ALN des personnes qui avaient réussi à échapper à leurs agresseurs et qui croyaient naïvement que demander la protection de la gendarmerie française leur épargnerait d'être renvoyés vers leurs tortionnaires. Les noms de ces Français coupables, qui ont laissé faire ce massacre sont cités, de Fouchet à Katz, de Lemarchand à Louis Joxe…

Les archives du CICR et les autres sont éloquentes sur ce sujet. En effet, à partir du cessez le feu, l'ennemi en Algérie, pour l'armée et la gendarmerie, et bien sûr pour le FLN, c'est l'OAS. Et comme les Européens sont réputés, dans leur grande majorité, être favorables à cette organisation clandestine, ils deviennent tous présumés coupables d'assistance à organisation terroriste. Et une justice immanente est dès lors légitimée.

Les exactions algériennes se sont poursuivies plusieurs mois après l'indépendance. On en recense 1 128, entre le 19 mars et le 1er juillet 1962, 1 849 au cours du second semestre de cette année 1962, 367 entre le 1er janvier le 30 septembre 1963. Il est désormais difficile de continuer à soutenir que la guerre d'Algérie a pris fin le 19 mars 1962 et il est impossible d'affirmer que le déchaînement de violence, fin 1961-début 1962, venait essentiellement de l’OAS, comme le soutient Pierre Daum. Car la stratégie, des commandos du FLN est claire : faire fuir le Français d'Algérie par la terreur.

L'auteur s'attarde, 34 pages durant, sur les massacres survenus à Oran en juin et Juillet 1962. Ici les documents parlent. Il n'est nul besoin de les commenter. Ils accablent le général Katz en dépit des interventions de plusieurs officiers qui ont bravé les interdits de leur hiérarchie. Un général Katz à la mémoire défaillante dans le livre qu'il a publié en 1992, où il contredit ses propres rapports dans cet ouvrage qu'il a osé intituler "L'Honneur d'un Général!"

Il faut lire cet ouvrage de Jean-Jacques Jordi. Il se situe bien au-delà de ce que beaucoup imaginaient et il est écrit par un historien rigoureux et averti, qui paraît surpris par ce qu'il a découvert. Certains pourront contester quelques détails sur les noms, les commentaires mais le fond reste précisé. Alors Silence d'Etat ou Scandales d'Etats?  Il reste à écrire au moins trois autres études du même calibre concernant les militaires, les civils musulmans et les harkis disparus.

 


Un silence d'Etat – Les disparus européens de la guerre d'Algérie
de Jean-Jacques Jordi, Soteca éditions, 200p  à 25€

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