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Par: barbajohan le 18/04/2012


Un article qui me semble plein de bon sens sauf sur un point la comparaison entre Louis XVI et Nicolas Ier et dernier. Y compris lors de son retour de Varennes, le Roi reste populaire si l’on tient compte que le peuple (80%) de paysans est fort peu présent à Paris. Un roi qui avait interdit que les usuriers et autres intérêts financiers puissent saisir les outils des paysans et des artisans allait forcément dans le sens du peuple. De plus il venait d’obliger les fonctionnaires du royaume à être au service de ses sujets aux heures où ceux-ci étaient disponibles quitte à travailler à la chandelle.
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La banlieue Titanic - Pourquoi Sarkozy devrait-il ceindre la perruque de Louis XVI

La banlieue Titanic


Pourquoi Sarkozy devrait-il ceindre la perruque de Louis XVI




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Se sentant sans doute mis au défi par les deux François, Hollande et Bayrou, Nicolas Sarkozy a donc fini par faire un saut en banlieue, à Drancy. Un endroit sélectionné et un déplacement quand même à la sauvette, puisqu’il n’a été connu qu’au dernier moment des journalistes, sans doute pour maintenir un effet de surprise et surtout préserver une apparence d’ordre. Il fallait éviter que le chef de l’Etat se fasse insulter ou caillasser.
Le fait est plus grave qu’on n’y pense. Pour la première fois, un candidat sortant se trouve contraint de restreindre, pour de simples raisons de sécurité, ses déplacements en province, en se limitant caricaturalement à des cités de droite et de retraités (Toulon, Saint-Raphaël, Nice). Jamais, sauf sous Louis XVI peut-être, la souveraineté nationale n’avait subi un tel affront. Et pas un seul haut fonctionnaire, ni même le spécialiste si éclairé (!) de la sécurité, Alain Bauer, n’est là pour s’en offusquer ou prendre le taureau par les cornes !

Pourtant, les prisons sont pleines. Avec 66  445 personnes incarcérées, le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint un nouveau record historique le 1er mars, selon les statistiques mensuelles de l’Administration pénitentiaire. Soit une hausse de 6% par rapport au mois de mars 2011. Elles sont si pleines que les petites peines ne sont même plus appliquées et que les libérations anticipées sont devenues monnaie courante, pour désengorger les cellules. 
En ce qui concerne les banlieues, dans un rapport remis en novembre dernier, l’Observatoire national des zones urbaines sensibles avait tiré la sonnette d’alarme et dressé un tableau accablant de la situation, pointant la misère et la détresse sociale de toute une population. Elle es,t dans ces quartiers, plus jeune, moins diplômée et moins active ; les personnes à faible revenu y sont plus pauvres qu’ailleurs et le taux de chômage n’y a jamais été aussi élevé (près d’une personne sur cinq et 42% des jeunes actifs de 15-24 ans). Les immigrés extra-européens (récents ou d’origine) y sont, enfin, surreprésentés (52,6% en moyenne mais 64% en région parisienne !). 
A l’époque, le très piètre ministre de la Ville, Maurice Leroy, avait immédiatement minimisé –déni de réalité– ces constats, en jouant la carte gouvernementale de l’autosatisfaction. Il imputait à la crise mondiale les mauvais résultats des banlieues. N’oublions pas, pourtant, qu’à Sarcelles, en 2007, Sarkozy avait souligné que cela serait sa priorité et qu’il avait commencé son mandat en proclamant pour tous ses ministres une exigence de résultat ! Certes, la France contrairement à la Grande-Bretagne, n’a pas connu d’émeutes retentissantes, mais la ghettoïsation des  « quartiers sensibles » est proprement alarmante, indiquant, indirectement, que, finalement, les habitants n’ont tiré que très peu de bénéfices des millions d’euros injectés dans les « zones franches urbaines » nouvellement créées. 
La coïncidence de la convergence : immigration/criminalité
Triste record : la France est le pays à la plus forte criminalité d’Europe (source Insee). Coïncidence, c’est aussi le pays à la plus forte immigration extra-européenne, essentiellement arabo-africaine. Il y a là un fait sociologique indéniable : la courbe générale de la délinquance suit avec un parallélisme, tout mathématique, celui de la proportion des populations immigrées. Or, la France sans emploi n’a pas, depuis longtemps, qu’une simple immigration de travail, mais une immigration de peuplement. On en est donc arrivé au point où même un Président de la République en exercice ne peut se déplacer sur le territoire sans être protégé par une armada de CRS, de barrières de sécurité ou de bouclages de rues ! 
Cette reculade conforte d’ailleurs le « mythe » d’une banlieue urbaine faite de délinquance des jeunes, de disparités sociales, de méfiance entre les communautés et du morcellement des quartiers pauvres. Le jeune banlieusard est toujours assimilé, à tort, au jeune cambrioleur sans repères, voleurs de sacs et de colliers, petit voyou sans scrupules, gosse incontrôlable et de préférence accompagné d’imans barbus à demi sauvages ! 

Le trait est trop vite tiré sur le dynamisme métissé incomparable de la banlieue qui est, n’en déplaise à quelques uns, la nouvelle France, car la nouvelle France, ce n’est pas -loin de là et Dieu merci !- les petits caniches des mémères ou les ballons de Ricard du PMU, ce sont les baskets fluo ou le break dance des jeunes cailleras, le charme sauvage des renois et des reubeus. 
En fait, les Français ont autant peur des banlieues que le Président, parce qu’ils les connaissent mal et qu’on a créé, de toutes pièces, des pathologies urbaines. Au moment où nos artistes bobos combattaient l’apartheid en Afrique du Sud, on construisait, chez nous, des ghettos d’abord pour les Pieds noirs, puis pour le lumpen  et les « bronzés », car la banlieue, c’est avant tout les perdants, la loose, des milliers à vivre un quotidien de merde, à fuir finalement la compagnie des hommes « normaux », ceux qui ont encore un travail ! 
Paradoxalement, un de ces jeunes me disait un jour : « Mais moi aussi, j’ai peur ! J’ai peur de rester en ville. J’ai peur d’avoir envie de ce que je vois, peur de voler, peur de me bagarrer, peur de frapper ! ». En somme, tout le monde a peur,  mais à la banlieue colle, depuis les émeutes de 1995, l’étiquette infâme de « laissés pour compte potentiellement violents ». Mon renoi continuait d’ailleurs en disant : « Tous les jours, il y a des bagarres et, tu sais, les bagarres, c’est comme un boulot, au moins, il y a quelque chose à gagner : des coups de poing ou de couteaux ! ». 
La banlieue en passe de devenir le triangle des Bermudes
Au regard de la catastrophe de l’Education nationale, de l’idée absurde, par exemple, d’« accompagnement personnalisé », qui tiendra lieu maintenant de programme –là où il faudrait un esprit collectif– du développement ahurissant de l’absentéisme scolaire, le phénomène des jeunes déscolarisés ne peut que s’aggraver car, s’il y a une chose qui peut consoler Sarkozy de ne pas s’être déplacé en banlieue, c’est que de toutes manières, il n’aurait pas été compris ! 
La crise des banlieues n’est pas seulement sécuritaire ou économique, elle est linguistique : la pauvreté sidérante du vocabulaire. Plus aucun de ces jeunes ne sait, par exemple, trouver le bon mot pour exprimer ne serait-ce que leur désarroi, faute de vocabulaire. « Dégage », « Je te kiffe pas », « Je t’encule », voilà aujourd’hui l’expression juvénile de la révolte banlieusarde, réduite à sa plus simple expression, quand elle ne se limite pas à quelques gestes provocateurs. Ce n’est plus « banlieues, combien de divisions », mais « banlieues, combien de mots ? »… 
Pour transmettre leurs messages de prévention, les associations, sur place, s’arrachent maintenant les cheveux pour être comprises : faire court, un mot ou deux, réduire l’information a minima car sinon, elle ne sera même pas lue, ni entendue. Il y a, aujourd’hui en banlieue, une telle sidération du discours que, même l’argot en sort appauvri ou réduit à quelques onomatopées ou borborygmes. La communication BlackBerry fait le reste, « thk u 4 d bk », compression excessive de la langue, anglaise en particulier, qui n’arrangera pas la décérébration nationale des programmes éducatifs. 
Comment un jeune peut-il donc se saisir lui-même, visualiser son monde dans une telle insignifiance du langage parlé ? Comment son imaginaire pourra-t-il dépasser l’imitation des images reçues pour devenir un support créatif, si les mots ne cessent, à ce point, d’être tronqués et déformés ? La simplicité des mots utilisés, la pauvreté de la syntaxe et l’ineptie de l’orthographe ne laissent alors pas d’autre alternative à la banlieue que le droit du plus fort, ou bien, celle de se contenter, pour les plus intelligents d’entre eux, à ne lire que les gros titres de journaux bien  remplis de photos !

Quand tout un peuple, le peuple des banlieues, se retrouve ainsi incapable d’articuler son expression, il est forcément à craindre qu’aucun discours politique ne puisse maintenant les toucher ou les atteindre. Comme le disait l’écrivain américain F. Scott Fitzgerald, « la raison pour laquelle quelqu’un écrit, n’est pas qu’il veuille dire quelque chose, mais il écrit d’abord parce qu’il a quelque chose à dire ». Or, comment trouver quelque chose à dire quand on a perdu les mots ? 
Un des derniers endroits en France où il y a de l’énergie ?
Aussi, n’est-ce pas simplement la politique sécuritaire qui est mise en cause, en banlieue, dans cette « France à genoux », mais aussi la politique éducative. En effet, tout se passe comme si on assistait à une forme d’épuisement de la transmission et de la rhétorique française, la « fatigue du sens » dont parlait Richard Millet, mais, ici, une fatigue du sens populaire. Pas une fatigue du sens bourgeoise ou vincennoise, mais une fatigue du sens du côté de Montreuil ou de Fontenay-sous-Bois. 
Ceci étant dit, pour revenir au point de vue sécuritaire, les années de frénésie législative judiciaire de Sarkozy révèlent aussi, en creux, le mensonge implicite qu’elles contenaient : un démagogique « plus jamais cela », aussi réducteur et présomptueux que le « Dégage, pauvre con ! » dans l’imitation démagogique populiste de nos élites. Le tueur en série de Grigny, qui a monopolisé ce week-end plus d’une centaine de policiers sur le terrain, caricature à outrance ce mythe sarkoziste du « risque zéro », électoralement entretenu pendant tout le quinquennat, afin d’augmenter le filet répressif des vrais classes dangereuses, les cailleras et les « colorés ». 
Or, disons-le sans ambages, le pouvoir a trop joué avec le feu en mettant au premier plan, ces dernières années, le populisme pénal comme seul modèle d’éducation populaire. Nous voudrions, en effet, rappeler que, même s’il nous horrifie, le crime existe bel et bien. Il est même « normal », disait le sociologue Emile Durkheim, « car une société qui en serait exempte est tout à fait impossible ».On pourrait même parler, eu égard au respect des victimes, de la beauté du geste de quelques uns, sinon comment expliquer notre goût des romans policiers ou des films noirs coréens. En fait, la rhétorique sécuritaire s’épuise lorsque souffle, sur les cités réveillées, l’air frais de la rébellion juvénile ou le désespoir morbide de quelques tueurs solitaires. 
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