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L’effacement régulier de Mexico : pour le peuple, la situation se gâte

Alena

L’effacement régulier de Mexico : pour le peuple, la situation se gâte

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Auran Derien, universitaire ♦

La première victime de l’invasion étatsunienne – comme en Europe d’ailleurs – est le secteur agricole. Le budget prévu pour 2016 est réduit de plus de 20% par rapport au montant de l’année précédente. Mais la chute ne touche que les agriculteurs indépendants, les petites et moyenne entreprises. L’agriculture intensive n’est pas affectée. Cela continue l’œuvre de destruction massive qu’a légalisée l’Accord de libre-échange nord-américain entré en vigueur en 1994.

A cette époque a été inventé l’histoire d’une équivalence entre économies du Canada, des États-Unis et du Mexique alors que le Mexique incarne un syncrétisme particulier, Chacun sait que l’hypocrisie, la double morale (mentir aux non-membres de la secte est normal), caractérise les canailles du monde de la finance qui ont mis la main sur les pays du nord du continent américain. Les gangs du Nord protègent les membres de leurs sectes, dans le monde agricole comme ailleurs, garantissent les conditions nécessaires à la vie des entreprises du secteur, protègent les producteurs par des droits et des contraintes imposées aux importations et assurent une rémunération suffisante des récoltes. Puis, ils aident les exportations pour éliminer les producteurs mexicains.

Avec la servilité obséquieuse de mendiants qui tendent la main pour recevoir des dollars, divers segments du pouvoir kleptocratique mexicain ont accepté de dénuder toute l’agriculture du pays en faveur des entreprises nordistes. Il s’en est suivi des migrations massives vers les villes qui deviennent des enfers par impossibilité d’y vivre. On comprend aussi comment des agriculteurs ont dû passer à l’activité de producteurs de drogues pour survivre. N’oublions pas non plus les liquidités monétaires aux banksters, pour qui l’argent de la drogue fut toujours fondamental afin d’augmenter leur pouvoir, comme nous l’enseigne l’histoire des guerres de l’opium organisées en Chine par les financiers de la City londonienne.

Une seconde victime est la réalité économique sacrifiée aux mensonges venant de Wall Streeet. Comme le réel doit passer en jugement devant l’irréel, le Ministre de l’économie, un certain Videgaray, a cru bon pour ses prébendes de déclarer au début de l’année, devant la XXVIIème réunion des ambassadeurs et des consuls,  que «face à la crise chinoise, il existait un risque de dévaluations compétitives». Après, il s’est envolé pour Davos. C’est pourtant parfaitement niais. Si le peso est considéré comme se dévaluant, c’est simplement à cause de la hausse du dollar. Un enfant de maternelle comprend bien que si on côte le dollar par rapport au peso, il est équivalent de dire que le peso baisse ou que le dollar monte. Il y a bien une guerre des monnaies mais Videgaray ne veut pas voir qu’elle a été initiée, par l’émission de dollar de la FED, connue sous le nom de Quantitative Easing, politique suivie ensuite par le Japon puis l’Europe.

En janvier , une association de spéculateurs, la ASOFOM (Asociación de Sociedades Financieras de Objeto Múltiple) est venue annoncer, que 60 % de l’économie mexicaine est informelle donc qu’elle pratique le blanchiment. Une déclaration aussi martiale, de la part de criminels en col blanc qui organisent le pillage du pays dont plus de 53% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, préparait le terrain pour quelques friponneries.

On a pu lire par la suite (Quotidien La Jornada. Jeudi 28 janvier 2016, p. 25 ) que ces criminels en cols blancs allaient créer un Front financier contre le blanchiment.  Si le vol est légal, alors il n’existe plus. Les voyous qui bénéficieront de l’autorisation d’émettre des titres pourris, mentant sur ce qu’ils sont, leurs risques, etc. ne seront jamais susceptibles d’être poursuivis pour blanchiment, au contraire des autres….La ASOFOM, cellule de délateurs et de carambouilleurs, cache ses supercheries financières en dénonçant ceux qui ne paient pas assez d’impôts, les 350 000 petites entreprises représentant 15 activités (vente de voitures, de biens immeubles, d’œuvres d’art, casinos,…). Bien sûr, n’apparaissent ni les principales multinationales qui se dispensent de payer des impôts, ni l’escroquerie où les entreprises récoltent de l’argent du public mais le considèrent, du point de vue comptable, comme une contribution de l’entreprise à des œuvres de charité ce qui les exonère d’impôts….

Le plus sordide a été gardé pour la fin car tous les travailleurs en sont victimes. Au Mexique, le modeste salaire perçu par la plupart des travailleurs n’entre pas entièrement dans leur poche. L’État se considère encore comme “État-Providence” mais il a été infecté par les escrocs de la finance. Un prélèvement obligatoire pour la retraite est défalqué du salaire. La somme est malheureusement versée à des fonds de pension reposant sur la capitalisation, les AFORES. Un gang de tire-laine s’est emparé de ce pactole. Les gestionnaires s’enrichissent de commissions sans jamais rendre gorge pour les pertes qu’ils accumulent systématiquement. Car leurs liens avec les” banksters” de Wall Street sont particulièrement solides. Ils ruinent tranquillement les travailleurs, sans que cela ne leur coûte rien. Ils ont récidivé en 2015, déclarant que les fonds de pension mexicains n’avaient rien rapporté aux retraités et ont prélevé plus de 6% des sommes perçues, sans rien apporter en échange. D’un monde où le rendement fut égal à zéro, il fut tiré plus de 6% en frais de gestion. (La Jornada. Mercredi 20 janvier 2016, p. 23. Il est affirmé que les rentrées payées par les salariés furent de 166 milliards de pesos, alors que les AFORES ont gardé 27 milliards de commissions. Le rapport est donc de 6% à peu près). Donc, les gestionnaires-escrocs ne se sont pas payés sur les gains, totalement nuls, mais en prélevant sur les entrées de fonds, ce qui est un vol.

La globalisation jette son ombre vampiresque sur Mexico, tant pour l’agriculture que pour les fonds de retraite. La qualité des “décideurs” tourne au servilisme visqueux et la justification mensongère accompagne les discours de début d’année d’un personnel totalement aliéné.

Pauvre Mexico, lamentait à la fin du XIXème siècle le grand patriote Porfirio Diaz :  si loin de Dieu et si près des États-Unis….

Illustration : Alena, les mirages du libre-échange

 

 

  1. Bernard Plouvier
    Bernard Plouvier9 mars 2016

    Sensationnel : on en redemande

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