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Syrie : la guerre est-elle vraiment finie ?

Retrait Russe Syrie

Syrie : la guerre est-elle vraiment finie ?

Michel Lhomme, politologue ♦

Poutine a ordonné le début du retrait des forces russes de Syrie car selon ses déclarations « les objectifs de la Russie ont été atteints ». Mais quels objectifs, des objectifs proprement syriens ou des objectifs européens ou internationaux plus larges ?

Vladimir Poutine a immédiatement demandé à son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov d’intensifier la participation de la Russie au processus de paix pour résoudre la crise syrienne tout en avouant :« Nous avons fait tout ce que nous avons pu ». Y aurait-il donc des choses laissées en plan ? L’ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vitali Tchourkine a exprimé l’espoir que les efforts internationaux de la lutte contre le terrorisme continuent quand même. Vitali Tchourkine s’est félicité du succès de l’opération militaire russe : «Nos forces ont agi très efficacement, notre présence militaire sera maintenue. Elle aura pour but d’observer le respect de la cessation des activités militaires», a-t-il indiqué.

La campagne antiterroriste de bombardements aériens en Syrie avait débuté officiellement le 30 septembre 2015 par une déclaration de guerre officielle. Elle se clôt objectivement par une déclaration officielle. On saluera le respect du protocole par Vladimir Poutine qui est tout à son honneur face aux méthodes de voyou des États-Unis et de ses alliés en Irak, en Libye et dans l’actuel conflit yéménite. L’engagement de la Russie dans cette opération était basée sur le respect du droit international, elle s’est déroulée en accord « avec une requête officielle du président de la République syrienne arabe », elle se termine dans le droit.

Officiellement, les forces aériennes russes pourraient se retirer car elles auraient effectué des frappes aériennes contre Daesh et d’autres groupes terroristes en détruisant leurs équipements militaires, leurs centres de communication, leurs véhicules, leurs armes et leur dépôts ce que, rappelons-le, la coalition occidentale à laquelle la France appartient n’a pas réussi à faire depuis 2011.

Nonobstant, les pourparlers de paix de Genève qui ont débuté ont très peu de chance d’aboutir. Alors, ce retrait russe ne suppose-t-il pas des négociations bilatérales, hors couloir, avec les principaux chefs de guerre mais aussi et surtout la Turquie ? On peut sérieusement s’interroger sur l’annonce russe car pourquoi après tout interrompre une opération antiterroriste qui obtenait de bons résultats, et notamment en termes d’image internationale pour Moscou ?

Premièrement, il y aurait eu peut-être un “ultimatum turc”

Il n’est pas exclu qu’après le dernier attentat du 14 mars à Ankara , Erdogan ait communiqué au Kremlin sa décision d’envoyer des troupes au Kurdistan syrien et qu’il riposterait si la Russie les agressait. Cette option était sur la table dès fin février. Nous en avions fait le commentaire.  Poutine aurait alors opté dimanche soir pour une position de retrait afin d’éviter la troisième guerre mondiale mais aussi sauver la Turquie elle-même de ses contradictions (géopolitique islamique et alignement atlantiste).

La deuxième hypothèse est technique

Le retrait ne serait que temporaire. Pour des raisons climatiques, la période de tempêtes de sable et de chaleur qui s’annonce en Syrie rendent les opérations militaires russes aériennes particulièrement difficiles et vulnérables. On rapatrie donc des appareils inutiles actuellement pour un contrôle technique, et on envoie du même coup un signal pacifiste et positif de pure forme à Genève. Si c’est le cas et si aucun progrès n’est enregistré à Genève ce qu’on peut presque déjà anticiper, on peut être sûr que l’aviation russe repartira en Syrie.

Troisièmement, la diplomatie secrète

Il y aurait eu un deal russo-américain, un compromis avec Washington qui consisterait en des concessions réciproques des Américains sur l’Ukraine et des Russes en Syrie. Si cette hypothèse se vérifie, ce premier geste russe en Syrie devrait alors être suivi d’avancées en Ukraine dans les jours qui suivent. Il est vrai que ces derniers jours, on avait constaté une recrudescence des combats dans le Donbass comme une sorte de surenchère avant négociation.

Dernière hypothèse n’excluant pas les deux précédentes 

Moscou voudrait faire pression sur ses alliés chiites et en particulier Téhéran dont elle attendrait une plus grosse participation militaire et financière. Elle se retirerait ainsi en Syrie pour laisser l’Iran face à ses responsabilités dans la région, indiquant du même coup aux pays arabes mais aussi à Israël qu’elle n’a pas choisi le camp chiite dans le conflit avec les sunnites, qu’elle n’a d’ailleurs pas choisi de camp arabe du tout vu le nombre de Russes présents en Israël et les intérêts juifs placés dans les banques moscovites.

En tout cas, si la Russie se retire, cela bouge  du point de vue des stratégistes nucléaires de la région puisqu’un général saoudien a révélé la semaine dernière (bluff, désinformation ?) que l’Arabie saoudite aurait l’arme atomique depuis deux ans, que le Pakistan la lui aurait vendue avec l’autorisation des États-Unis et que parallèlement, la Russie aurait fait évoluer sa doctrine de dissuasion pour adopter maintenant une posture de « l’escalade pour la désescalade », autrement dit, l’emploi précoce (tactique ?) d’armes nucléaires dans un conflit conventionnel afin de marquer un coup d’arrêt et provoquer un arrêt des hostilités.

Ainsi, la Russie entérine comme l’a fait depuis longtemps l’Otan comme la France l’usage probable du nucléaire dans les guerres à venir en choisissant la fin de la guerre totale pour la ”guerre limitée”, la ”guerre hybride”, soit l’ ”indirection de la guerre” selon le spécialiste Oliver Kempf .

Avec les événements syriens, les États-Unis comme la Russie ont ainsi tous deux modifié leur conception de l’emploi de la force. Recours au privé (mercenaires au Yémen), actions d’alliés au sol (Hezbollah libanais en Syrie), révolutions orange (Ukraine et printemps arabe pour les Américains), usage limité du nucléaire, que nous prépare-t-on au juste ? De la chair à canon que l’arrivée des néoconservateurs américains soutien de l’élection d’Hillary Clinton à la Maison-Blanche précipiterait à l’automne 2016 ?

A noter que le fief du groupe État islamique a été visé ce week-end par une série de frappes aériennes vendredi et samedi et que deux ONG syriennes (pro-américaines ?) ont accusé la Russie d’être responsable de ces ”massacres” alors que Raqqa est la capitale autoproclamée du groupe État islamique et que la vidéo qu’il diffuse montre bien des éléments de Daesh en faction. Ainsi, une fois de plus, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), totalement soutenu par la coalition occidentale défend le réseau Raqqa is being slaughtered silently (« Raqqa se fait massacrer en silence », RBSS) en filmant Raqqa et en essayant de nous apitoyer volontairement sur le sort de 55 civils certes mais dans un quartier général de massacreurs et d’égorgeurs.

Illustration : familles russes accueillant les forces aériennes russes de retour de Syrie
  1. Alain
    Alain31 mars 2016

    La première hypothèse est stupide: Poutine cédant à Erdogan ou voulant lui sauver la face?

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