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François Fillon : un ultra libéral, candidat du patronat

Fillon 2017

François Fillon : un ultra libéral, candidat du patronat

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

François Fillon, aujourd’hui salué et encensé de partout, faut-il le rappeler, fut durant quatorze années ministre dont cinq chef du gouvernement.

Comme l’avait tweeté Jean-Marie Le Pen avant même le résultat du premier tour de ce scrutin, « la primaire pré-présidentielle est une farce politicienne, une technique qui vise à blanchir les responsables politiques de la décadence ». Les mots sont forts mais ils sont justes. Ainsi, une part importante d’électeurs de droite, non contente d’être sans cesse trahie, méprisée et dépossédée, semble en redemander. On peut réellement s’interroger sur cette énigme de la domination à droite. Alain de Benoist, dans un entretien, en souligne le caractère éminemment bourgeois et capitaliste en déphasage complet avec la souffrance du peuple français.

De fait, il faut relativiser : ce scrutin des primaires a rassemblé moins de 4,5 millions de voix alors que l’on dénombre près de 45 millions d’électeurs dont 36 millions qui devraient participer à l’élection présidentielle. Les jeux sont loin d’être faits. Entre temps, les réseaux sociaux s’empresseront de décortiquer le bilan de casse sociale et politique du pays qui est aussi celui de François Fillon.

En réalité, face aux défis sécuritaires et économiques du pays, les propositions de Fillon sont dérisoires. Elles consistent surtout à dépouiller les derniers oripeaux, les dernières lignes de défense de ce qui reste encore d’un vieil état républicain avec sa vague idée tout de même de « service public ». Fillon, ex gaulliste social semble s’être ressourcé au Club de l’Horloge, à Davos ou à Bilderberg. Il croit encore au consensus de Washington et à Thatcher.

Il est en fait pour l’ouverture totale des frontières, engageant par là sans rechigner le tsunami migratoire. C’est Fillon qui le 17 octobre 2002 présenta aux sénateurs son « contrat d’intégration » et son « projet civique » pour les immigrés. Afin qu’on le comprenne bien, il répètera dans Libération, le 24 octobre 2002 que « nous avons besoin d’une immigration légale ». C’est aussi François Fillon qui sera à l’origine de la Haute autorité pour l’égalité et contre les discrimination (Le Monde, 11 avril 2003).

En désignant François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant son quinquenat, en rêvant d’un « Fillon Président » qui fut de toutes les aventures ministérielles sous la droite occupant surtout les plus importants comme celui de l’Education nationale dont le naufrage actuel témoigne de la valeur de ses propres décisions, les électeurs de droite ont montré une nouvelle fois leur totale amnésie.

François Fillon fut ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans le gouvernement d’Edouard Balladur de 1993 à 1995, ministre de la Poste et des Télécommunications dans le gouvernement d’Alain Juppé de 1997 à 2002, ministre des Affaires sociales, du Travail  et de la Solidarité puis de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans les gouvernements Raffarin de 2002 à 2005 et donc chef du gouvernement de mai 2007 à mai 2012 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Pendant son « quinquennat » en tant que chef du gouvernement, l’immigration explosa, la police était démantelée et muselée face aux incidents de banlieue. On privatisa en outrance, on augmenta sans précédent les impôts, les taxes et on continua de creuser les déficits en déversant de l’assistanat à gogo en métropole comme en Outre-mer.

De plus, Fillon malgré l’austérité catholique qu’il affiche, est aussi opportuniste. Il peut être tour à tour anti-européiste (voter contre Maastricht) puis européiste (défendant le référendum), gaulliste social comme son mentor en politique Joël Le Theule et son maître à penser, Philippe Séguin, puis aujourd’hui ultralibéral, pensant même faire entrer le président d’Axa, Henri de Castries, président du Bilderberg au gouvernement . Il est aussi capable de trahison à commencer par Sarkozy contre lequel il demanda lors d’ un déjeuner secret avec le socialiste Jean-Pierre Jouyet secrétaire général de l’Élysée, le 24 juin 2014 d’activer les procédures judiciaires dans l’affaire Bygmalion. Chiraquien puis sarközyste, François Fillon, ne fut-il pas d’ailleurs souvent surnommé « Courage, Fillon » ou « Faux fuyons » abandonnant ses réformes dès qu’il rencontrait des difficultés ? Mais surtout, sa caractéristique majeure n’est-il pas d’être un pur apparatchik, un pur produit du régime parlementaire depuis plus de trente ans. Comme beaucoup d’hommes politiques français, il a effectué toute sa carrière au sein du RPR puis de l’UMP. .

Fillon a reçu l’appui de la Manif pour tous et de Sens Commun. Pourtant sur la question du « mariage pour tous», il a toujours dit qu’il n’entendait nullement abroger la loi. Il y a quelques semaines de cela, Fillon n’était encore que le Poulidor de la Droite et le voilà devenu charismatique pour avoir ouvert son manoir sarthois à la presse. D’un coup d’un seul, il devient chez les bourgeois et les bien-pensants l’homme providentiel, l’homme intègre de la situation, l’homme des jolis manoirs sarthois, des courses automobiles du Mans et des chevaux. L’obscur François Fillon au prénom prédestiné (avec Mitterrand et Hollande, encore demain un « François » jésuite pour gouverner la France !) y croit dur comme fer maintenant mais il oublie que le centre ne votera pas forcément pour lui et que les rancœurs juppéistes ou sarkozistes peuvent avoir la dent dure. Les chiffres, c’est tout de même pour l’instant grosso modo 92% d’électeurs qui n’ont pas voté.

En fait ces primaires ne sont pas rassurantes : l’élection de François Fillon apparaît comme un pis-aller, les électeurs des primaires n’ayant pas eu d’autres choix que celui de la peste ou du choléra. Les Français s’apprêtent à courber l’échine et faire avec Fillon ce qu’ils avaient fait avec Hollande ou Chirac, choisir un président par défaut.

Pourtant, si les votes actuels (Pologne, Hongrie, Grande-Bretagne, USA, demain l’Autriche et l’Italie) sont qualifiés d’« antisystème », c’est bien que les pays occidentaux sont en train de changer de système. Et nous y sommes aussi en France, nous arrivons dans l’hexagone au point de l’éternelle loi de Pareto, celle du renouvellement des élites soit par des bouleversements (la guerre), soit par des révolutions. Or, Fillon ce sont les anciennes élites, celles qui vermoulues s’agrippent encore désespérément au pouvoir. Avec la rose bleue couchée d’un Fn sous cellophane et des primaires où l’on vote par défaut, c’est à l’opposé, tout le pays qui réclame des élites nouvelles et qui a un besoin de renouveau, la vraie question reposant dès lors sur la nature de ces élites nouvelles et de comment les renouveler, question malheureusement totalement verrouillée depuis des dizaines d’années par les médias , le pouvoir intellectuel et l’opinion publique.

Dans la campagne à venir Fillon utilisera sans doute tous les arguments de mauvaise foi pour cacher son bilan, se parant demain du monopole de l’intelligence et se drapant de la fraternité papale des dimanches pour défendre les illégaux et les passe-droit des clandestins.

Le débat politique n’existe plus en France. Il est remplacé aujourd’hui par des anathèmes ou des excommunications primaires avec un mépris de plus en plus violent des discussions (comme Juppé et Bergé évoquant ensemble Vichy à propos de Fillon). Nous sommes entrés dans une autre phase politique dont les élections ne constitueront sans doute pour l’avenir qu’un épiphénomène, la phase politique de la fin d’un monde et celui d’une grosse vague, une vague d’élites nouvelles qui avancent et devront se constituer pour un nouvel ordre européen en recomposition.

En attendant, il faudra supporter dans cette campagne présidentielle de lire, de voir et d’entendre nos intellectuels et nos journalistes pérorer sur les mêmes thèmes sempiternels, psalmodier les mêmes litanies condescendantes, aligner les mêmes arguments des « heures sombres de notre histoire » à cent lieues des réalités des peuples et de leur devenir, mais avec de doctes mots solidaires.

Mais que ne sont effectivement capables nos « élites » pour conserver leur pouvoir, un pouvoir pourtant mis radicalement à nu et surtout dorénavant quasiment sans police ?

Illustration : François Fillon
  1. Robert41
    Robert415 décembre 2016

    Voilà une analyse indiscutable sur le modus operandi de notre candidat mayennais. Il dit : Qu’il a vu, qu’il a entendu les souffrances économiques et sociales à travers son parcours national avant élection … Mais, par sens critique, ne s’agit-il pas purement de la communication démagogique comme tant d’hommes et de femmes politiques sont capables de la déployer dès qu’une caméra tourne ? – Pour connaître l’homme, il faut connaître ses passions. Ce fervent pilote de bolides, peut-il être l’homme du redressement de la France ? Car s’enfermer dans une bulle hermétique et réduire son champ visuel à la vitesse, cela peut s’avérer dangereux au bon sens. Aussi talentueux qu’il se déclare, le candidat Fillon use de buts limités, dans la mesure où des intérêts bien précis, l’inspirent … Omettre les effets qui touchent une réalité nationale ; c’est persister au déni politique, comme son prédécesseur. Le candidat Fillon ne parle pas de l’urgence des robinets ouverts à n’importe quoi. Les français du tiers invisible grossisse. Car c’est soit, le grand déménagement ou soit le grand remplacement. Il y a un risque mortel qui grandit et le placide sourcilleux n’en parle pas. Par couardise de réseaux, qui eux, ont besoin de nomades, formatés au capital du consommable et du jetable. C’est peut être sévère, mais bien réel, l’économie du progrès est devenue un châtiment pour l’homme. On fait le mal par principe, on enchaîne les victimes par des conséquences à des causes et notre sphinx adoubé par une coterie ploutocrates, ne sait même plus bouter l’ennemi de la place. C’est pas un emballage politique que la France a besoin mais d’un outil qui tranche et coupe ce qui lui nuit.

  2. robert Henri
    robert Henri6 décembre 2016

    M. Lhomme n’ a pas voté FILLON !! Ses affirmations cachent certainement un espoir diffus ….!!

    • lhomme
      lhomme17 décembre 2016

      Lhomme n’a pas voté aux primaires : il ne finance pas la drauche !…

  3. mieke creoff
    mieke creoff18 décembre 2016

    Que fait là la loi de pareto? “agir sur 20% de causes permet de résoudre 80 % du problème. Le pareto est utile pour identifier sur quelle cause agir en priorité pour améliorer de façon significative la situation.”
    Oui c’est vrai on aimerait que nos politiques connaissent les causes des maux plutot que de mesurer combien de français sont pour ou contre telle mesure.
    Beatus qui potuit rerum cognoscere causas…Nous aussi on espère…

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