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Référendum italien : la démission de Matteo Renzi et le triomphe des bureaucrates

Renzi Referendum

Référendum italien : la démission de Matteo Renzi et le triomphe des bureaucrates

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Gabriele Adinolfi, auteur, essayiste ♦

D’après les premières données en Italie (1) le référendum a vu la victoire absolue du Front du Non. Bien qu’il s’agisse de deux cas différents, je considère pourtant ce résultat comme semblable aux élections présidentielles autrichiennes parce qu’il s’agit dans les deux cas, de la sauvegarde de l’appareil ancien et donc d’une victoire des bureaucrates. Expliquons-nous.

Tout d’abord la perception générale du référendum italien est erronée. Il ne s’agit nullement d’un référendum sur des lois bruxelloises comme on l’a prétendu. Ce qui était en jeu c’était le changement de la Constitution de 1948, qui a rendu impossible, pendant 68 ans, à l’Italie de se gouverner et d’assumer un poids international. Cette Constitution née dans la hantise de la résurgence du Fascisme avait ainsi privé le pays de tout gouvernement en mesure de décider vraiment.

Malheureusement, cet enjeu n’a pas été mis en relief suffisamment.

Ce référendum a été interprété presque partout de façon provinciale et partisane, surtout à cause des intérêts des politiciens (les élus supprimés auraient été plusieurs centaines ce qui ne plaisait pas aux politiciens de tous bords). Ce qui a fait que le débat ait pris une tournure fantaisiste. De gauche la mobilisation a été faite contre “la démocratie en danger”, de droite contre “la mainmise de l’Union européenne”. Mais c’était infondé.

Le fait que la réforme visait à rendre l’Italie moins souveraine, tel que cela a été évoqué par une partie de la droite, est complètement dépourvue de réalité. Au contraire, elle visait a donner davantage de pouvoir et d’autonomie internationale et interne à son Exécutif comme on le découvre aisément en confrontant les deux textes, celui reformé et celui déjà en vigueur. Il est totalement insensé de confondre le vent du renouveau qu’on respire partout avec la défense d’une Constitution qui s’est avérée moins efficace que celle de la IVème république française.

Bien au contraire: le socle dur du “Non” était fourni par les fonctionnaires syndicalisés, les plus bruxellois d’Italie. Le grand commis bruxellois, Monti, l’homme qui imposa les volontés de la Troïka après la mise à l’écart de Berlusconi était contre  la reforme ainsi que le capitaliste progressiste et mondialiste le plus important d’Italie, De Benedetti. Les Italiens ont ainsi été mobilisés beaucoup plus autour des jeux d’alliances et des possibles gouvernements à venir que de leur propre avenir. Ils n’ont pas saisi la dimension de la confrontation et ont voté par clientélisme de parti. Le résultat unique, c’est qu’ils se privent ainsi de la possibilité d’acquérir un poids international et se condamnent d’eux mêmes à la marginalisation peut-être définitive.

Les bureaucrates auront désormais la main complètement libre dans la Péninsule.

Illustration : Matteo Renzi durant sa campagne.
  1. Note : Italie : 68,48% de participation, OUI 40,05%, NON 59.95%  Italiens de l’étranger : OUI 64.70%, NON 30.74%.

 

 

  1. Antiquus
    Antiquus6 décembre 2016

    Vous avez sans doute raison sur les motivations d’une bonne partie des politiques qui ont voté non. Il n’empêche que le “non” est une bonne nouvelle car Renzi était, de manière éclatante, l’homme de la superclasse mondiale.

  2. Gérard Dussouy
    Gérard Dussouy6 décembre 2016

    Renzi a connu le même sort que de Gaulle, en 1969, quand celui-ci a voulu moderniser les institutions.Notamment en envisageant comme le premier ministre italien de remplacer le Sénat par une Chambre des régions. Mais la vieille classe politique veille. Quant aux populistes, ils sont politiquement et historiquement illettrés!

    Le bateau coule, mais essayons de sauver d’abord nos privilèges! Toute l’Europe en est là. Plus aucun élan vital!

    Le monde a changé, mais l’on garde l’œil rivé sur le rétroviseur. En Autriche, l’échec du candidat du FPO servira-t-il de leçon à ce parti dans la perspective des législatives de 2018?

    Gérard Dussouy

  3. Herodote
    Herodote11 décembre 2016

    L’auteur de ce billet a sans doute raison mais j’aimerais bien avoir l’avis d’un constitutionaliste italien. En clair un expert.
    Pour le reste, l’année 2016 est pleine(s) de surprise: le Donald, le Brexit, la primaire de la Droite, la sortie de “Savamieux 1er” et non au référendum italien.
    Tutti va bene
    .

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