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Délocalisation, externalisation : vers une évolution de la plateforme ?

Delocalisation

Délocalisation, externalisation : vers une évolution de la plateforme ?

Auran Derien, universitaire ♦

Selon des économistes canadiens s’inspirant du marxisme, le modèle de la plateforme explique comment la délocalisation des productions et l’externalisation des activités  débouche sur l’économie de bazar, une économie de l’inhumanité.

Pour les libéraux, la plateforme est une stratégie adaptée par les multinationales, dont l’originalité est de transformer les relations entre États, entre États et Entreprises, entre fonctions économiques. L’économiste Charles Gave l’a expliqué de la manière suivante : «Le développement du capitalisme est lié aux innovations. La plupart du temps, il s’agit de changements technologiques (machine a vapeur, électricité, ordinateur) mais on ne saurait passer sous silence les changements d’organisation. L’exemple classique du Taylorisme illustre cet aspect. Or, plus que la technique, c’est la nouvelle organisation du travail qui révolutionne le monde. Le modèle de la plateforme, selon Gave, est théorisable à partir de l’exemple d’une multinationale comme DELL dont le siège social est au Texas».

Tous leurs ordinateurs sont conceptualisés de façon « virtuelle » dans leurs centres de recherche au Texas. Ils sont fabriqués au Mexique ou en Chine puis importés en Amérique. Dell ne possède pas les usines dans lesquelles ses machines sont assemblées. L’entreprise se limite à préciser les caractéristiques techniques que devront présenter ses ordinateurs. Ensuite, des industriels indépendants s’engagent à les produire à un coût négocié avec Dell. Charles Gave donne alors un exemple chiffré :

Soit un ordinateur vendu 700 $ aux États-Unis:
Il est muni d’un système d’exploitation Microsoft dont la production est délocalisée en Inde. Microsoft perçoit 200 $ pour Windows, avec une marge de 90 %, soit 180$.
Il est équipé d’un processeur Intel dont la production est délocalisée en Chine. Le coût du processeur avoisine 70 $. La marge de Intel est en moyenne de 75 %. Par machine, elle percevra 52.5 $
Il a un écran plat fabriqué à Taiwan pour un coût de 200 $. Le producteur prend une marge de 10%.
Son boitier et le clavier sont fabriqués en Chine pour un coût de 165 $. Le fabricant a une marge de 5%, soit 8,25 $.
Quand l’ordinateur sera vendu, Dell prélèvera une marge de 30 $.

Conclusion financière des multinationales: Sur les 700 $, les entreprises américaines prélèvent 300 $, mais leur marge est de 262.5 $. Sur les 365 $ imputables à la fabrication asiatique, la marge est de 28.25 $, même pas 8%. Cependant, les bénéfices de Dell, de Microsoft et d’Intel, seront distribués en dividendes aux actionnaires et n’entraîneront aucune activité économique supplémentaire. Il est probable que les 365 $ dépensés en Asie généreront des biens et services nouveaux.

Le problème méthodologique: macro-économie versus microéconomie

L’approche macroéconomique essaie d’utiliser au mieux la comptabilité nationale qui établit, pour un pays, une balance commerciale, une balance des paiements, un PIB, un montant de dette,…Mais dans le modèle de la plateforme, la perception macro s’éloigne de la perception micro. Les sociétés multinationales de l’occident globalitaire sont des empires qui n’ont plus de liens étroits avec un pays en particulier. Les exportations d’un pays comme les USA sont en fait la réexportation de produits montés aux USA à partir d’éléments fabriqués ailleurs. D’où l’expression pertinente de l’Allemand Hans-Werner Sinn affirmant que les pays exportateurs, comme l’Allemagne, sont un “bazar industriel”, une “quincaillerie” mondiale. Évidemment, à moyen terme, cette politique de la plateforme augmente le chômage dans les pays autrefois développés et fait disparaître le marché des consommateurs puisqu’ils n’ont plus de revenus. Le modèle a aussi pour effet que les pays sous-contrats se retrouvent avec des excédents commerciaux considérables vis-à-vis des USA et de l’Europe quoique ce soit les donneurs d’ordre du bazar occidental qui en soient la cause.

Le modèle de division international du travail selon la logique de la plateforme est très avantageux pour les trafiquants et il a pris de l’ampleur. Le monde de la finance l’encourage puisqu’il contrôle les actionnaires à travers les fonds financiers de placement et le crédit à travers les banques. Depuis que la Réserve fédérale américaine (FED) a fixé son taux directeur à un niveau quasi nul afin de réduire le coût du crédit et stimuler la consommation des ménages, placer ou prêter de l’argent n’est plus payant aux États-Unis si bien que les multinationales laissent leurs profits dans les paradis fiscaux. Face à la concurrence, le soviet de la finance a décidé de transformer les USA en un gigantesque paradis fiscal à partir duquel l’argent de tout type, licite, illicite, au noir, etc. se lancera vers les rendements les plus intéressants.

Le modèle de « la plateforme », délocalise la production dans des pays où le coût du bien est très faible, ce qui réduit d’autant le pouvoir d’achat des travailleurs des anciens pays développés aujourd’hui transformés en poubelles. L’augmentation des emplois précaires du secteur tertiaire et les auto-entrepreneurs misérables des nouveaux services ne compensent nullement la destruction des emplois dans le secteur industriel. En conséquence, les capacités de consommation d’une partie grandissante des salariés d’Europe ou des USA se réduisent comme peau de chagrin, ce que les banques ont compensé jusqu’à maintenant en libéralisant le crédit à la consommation qui ne fait qu’accroître l’endettement des ménages jusqu’à la prochaine crise de surendettement et d’incapacité généralisée de payer que l’équipe de Trump va certainement utiliser pour donner un contenu concret au concept de nouvel ordre mondial.

Quelques effets d’un Président US comme Trump

Que faire, dans ce bazar ? Ceux qui raisonnent encore pensent qu’il convient d’intervenir sur le système monétaire, sur le système commercial, sur la fiscalité. Bref, contrôlé par les trafiquants, le monde devrait se réduire à n’être plus qu’une collection d’entreprises dominées par des escrocs financiers affirmant qu’ ”ils font le travail de dieu”. L’arrivée de Trump pourrait signifier un effort du “politique” pour se transformer définitivement en hommes d’affaires.

On peut alors prendre au sérieux quelques éléments de son discours, en particulier la volonté d’inciter les multinationales ayant leur siège social aux USA à rapatrier plus de profits tandis que les investissements étrangers seraient plus tournés vers l’installation de centres de production.

Il faut toutefois ne se faire aucune illusion. Seuls, quelques métiers d’assemblage et de montage, juste avant l’étape de la mise sur le marché, seront relocalisés, d’autant que la robotisation s’accélère. L’occidentisme ou global-invasion pourra tranquillement ruiner les épargnants pour éponger une partie des dettes colossales qui bloquent désormais toute relance et le génocide des peuples qui travaillaient, étudiaient, produisaient la pensée scientifique sera sans conséquence si le pouvoir global peut s’acheter suffisamment de “savants” à travers les centres de recherche privés. L’Europe est un bon exemple de stérilité intellectuelle croissante et, à ce titre, nous paraît incarner l’avant-garde de l’obscurantisme dans lequel les trafiquants vivent et nous feront survivre.

L’inconnue n’est donc pas Donald Trump, entouré de banquiers, de commerçants, de chefs d’entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies, mais plutôt l’Asie. La Chine et l’Inde ont déjà commencé à développer leurs immenses marchés domestiques et s’intéressent à ceux de l’Afrique et d’Amérique latine, si bien que, toutes choses étant égales par ailleurs, ils se rendront indépendants des USA et des européens.

Une nouvelle bataille va commencer dans la guerre concurrentielle.

 

 

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