Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

La responsabilité des récitants de mantras. La liberté de la presse en question

Presse

La responsabilité des récitants de mantras. La liberté de la presse en question

Professeur Chems Eddine Chitour, Ecole Polytechnique enp-edu.dz ♦

«Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi!» John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d’un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse (Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, 1955/1979.)

Comment perdurent les conflits créés par les hommes?

On peut invoquer mille et une raisons! Dans cette réflexion nous allons zoomer sur l’immense responsabilité du quatrième pouvoir qui est celui de l’information. C’est un fait! Il n’y a pas de presse libre; un exemple nous est donné par le journal Le Monde qui fut un journal de référence il y a bien longtemps. Souvenons nous des méfaits du triste Bernard Henry Levy alias BHL et son engagement messianique envers Israël au point d’être partout son porte drapeau et calomnier tout ce qui peut lui porter ombrage. Nous l’avons vu avec l’affaire Sakineh qui est une « manipulation à grande échelle » par BHL qui sait bien où il va. Cela rappelle l’affaire Jila Izadi, une jeune iranienne de 13 ans condamnée à mort par lapidation. Une campagne médiatique lancée en grande pompe et qui avait fait grand bruit à l’époque suite à la pétition rédigée par Mme Badinter, et Fadela Amara publiée par le journal ELLE (édition du 25 octobre 2004) : « Jila Izadi, une enfant de 13 ans, vient d’être condamnée à la peine de mort par lapidation. Son crime : elle aurait eu des relations avec son frère âgé de 15 ans. Cette ignominie se passe à Marivan, une ville du Kurdistan iranien. (…) Nous savons aujourd’hui que seule une très forte mobilisation, internationale peut réussir parfois à stopper une exécution capitale. C’est pourquoi nous supplions les défenseurs des droits des enfants, les militants de l’abolition de la peine de mort et tous les démocrates horrifiés par ces crimes d’écrire cette seule phrase, par lettre ou courriel signé de son nom : « Non à la lapidation de Jila Izadi, une enfant de 13 ans. » De la rapidité et de l’ampleur de nos protestations dépend sa survie. » Parmi les signataires de cette pétition, figuraient les noms de BHL (l’auteur de la nouvelle pétition version 2010), Ségolène Royal, Frédéric Mitterand, Alain Finkielkraut ; les mêmes qui sont aujourd’hui mentionnés dans la pétition 2010 pour sauver « Sakineh » ».

Or, quelques semaines plus tard, le Quai d’Orsay nous apprenait qu’il n’y avait pas de fillette de 13 ans condamnée à la lapidation en Iran. Dans ses points de presse relayés sur le site officiel, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères démentait les informations sur la condamnation à la lapidation de Jila Izadi, petite iranienne de 13 ans. « Nous avons immédiatement vérifié à travers notre ambassade et en liaison avec la Présidence de l’Union européenne, qui a demandé des informations aux autorités iraniennes à ce sujet. Il est apparu que l’information était inexacte. Cette condamnation à la lapidation, n’a jamais été prononcée ».Tous ceux qui ont relayé cette information avaient donc menti…
Suite à ces déclarations, au communiqué de l’ambassade de France en Iran, l’affaire disparaît subitement du paysage médiatique… Plus rien ! Qu’est-t-elle devenue ? A- t-elle été lapidée ? Il faudra attendre un petit communiqué publié en janvier 2005 sur Internet  pour savoir que Jila Izadi a été sauvée de la barbarie de l’Islam. Aucun média n’a fait circuler le démenti du Quai d’Orsay et de l’ambassadeur d’Iran en France… Aujourd’hui, Sakineh risque-t-elle véritablement la lapidation comme l’affirme BHL dans sa pétition « signée en grande pompe par ses fidèles » ? On savait, début juillet, par les autorités iraniennes que Sakineh ne sera pas lapidée, BHL était parfaitement au courant. Cela ne l’a pas empêché de continuer à mentir avec même l’aide d’Avaaz International qui s’est mobilisé pour cette « noble cause ».

L’affaire Sakineh nous rappelle aussi les techniques de manipulation de l’information occidentale

Deux exemples célèbres : l’affaire des bébés éventrés par les soldats de Saddam dans les maternités du Koweït. Une soi-disant infirmière du Koweït avait servi de témoin aux USA. Il s’est avéré par la suite qu’il s’agissait d’un mensonge destiné à justifier la première guerre du Golfe et que la prétendue infirmière n’avait jamais mis les pieds dans une maternité. Elle était tout simplement la fille de l’ambassadeur du Koweït aux USA. Le deuxième exemple est celui de la soldate noire soit disant « délivrée » par les GIs selon un scénario à « la chute du Faucon noir ». En fait, elle était blessée par des tirs amis et recueillie par un chirurgien irakien qui a sauvé la vie de cette soldate en remuant ciel et terre pour lui trouver du sang « O » mettant à contribution un parent à lui qui avait le même groupe. On pourrait aussi citer l’un des prétextes pour envahir l’Afghanistan, en 2001- aller délivrer les femmes afghanes de l’emprise des Talibans : un CD diffusé par les GI’S : « Afghane enlève ta burqa ».

Dans le même ordre du mensonge délibéré un éditorial intitulé: «Syrie: le crime de trop appelle une riposte» appelant au meurtre et à la curée, Natalie Nougayrede du Journal Le Monde, ne laisse aucune place au doute. Ses références à prendre comme du pain bénit sont occidentales. Poursuivant la technique du boutefeux, elle incite à la fierté: «La crédibilité des pays occidentaux, qui avaient parlé à des degrés divers de “ligne rouge”, est en jeu...»Un autre exemple sous la plume de la même boutefeux: «Iran: bombarder ou pas?» Madame Nougayrede s’empare de l’imaginaire des lecteurs, en leur imposant de fait sa certitude; il faut bombarder l’Iran, mais quand? Enfin, on ne peut pas ne pas citer la fascination de la journaliste pour Bernard-Henri Lévy et son épopée dans le lynchage d’El Gueddafi.

Mais ce journal n’est pas le seul média français se livrant à la désinformation outrageuse. La radio RTL  rivalise avec le journal Le Monde, car en plus d’abêtir les auditeurs, elle se complaît dans la collaboration avec l’impérialisme occidental, dominé par le système anglo-saxon.

Le mensonge érigé en dogme du magister dixit

Harold Laswell, spécialiste des médias nous rappelle qu’il est toujours possible de s’emparer de l’imaginaire des foules . En l’occurrence l’Occident est dans ce cas de figure « À défaut d’avoir recours à la force pour contrôler les populations écrit-il, on peut parfaitement les contrôler par l’opinion ».

Le très puissant New York Times symbolise bien l’année médiatique difficile des médias occidentaux. Ses dirigeants ont même appelé à  remettre en question l’élection de Donald Trump . L’année écoulée s’est montrée difficile pour les médias de masse occidentaux. Entre prévisions erronées, crédibilité entachée et manque de confiance de la part de la population, certains ont même appelé à se remettre en question. «Les médias d’information ont largement manqué ce qui se passait autour d’eux…» Cette analyse de Jim Rutenberg, médiateur du très célèbre New York Times, au lendemain de l’élection de Donald Trump, est à l’image de l’année médiatique de bon nombre de titres de presse occidentaux. Que ce soit à propos du Brexit, de l’élection présidentielle américaine ou des chances de François Hollande de faire un second mandat, 2016 s’est montrée cruelle pour les médias mainstream. La réalité a balayé la plupart de leurs prévisions au sujet de ces grands événements qui ont marqué l’année. Mais plus que ces analyses ratées, c’est au niveau même de la couverture de certains sujets comme la bataille d’Alep qu’ils sont critiqués. Le niveau de défiance de la population occidentale envers ses médias atteint désormais des sommets.»

Alep, tombeau du mainstream ?

La libération de la seconde ville de Syrie par l’armée de Bachar el-Assad et ses alliés a été l’un des événements les plus marquants de cette fin d’année. Avant que Damas annonce le 22 décembre avoir repris le contrôle de la totalité de la ville, de nombreux médias occidentaux ont accusé l’armée arabe syrienne d’avoir commis des exactions sur les civils d’Alep-Est. La ville aurait été «en flammes», noyée sous les bombardements des avions syriens et russes et la majorité de la presse occidentale plaignait le sort des «rebelles modérés» en passe de perdre la bataille. La machine médiatique en marche a cependant été freinée à plusieurs reprises par des voix discordantes de plus en plus nombreuses. Notamment celle de l’humanitaire français Pierre Le Corf, «Beaucoup de médias ont diffusé des scènes de massacres, […] des gens brûlés vivants», a-t-il déclaré à Sputnik le 14 décembre, ajoutant qu’«en étant ici je n’ai jamais entendu parler de ça. J’ai entendu parler de ça dans les médias. […] Ça me semble difficile à vérifier.» Visiblement agacé par les publications de l’humanitaire montrant des gens heureux de la libération de la ville, plusieurs médias ont attaqué sa crédibilité, l’accusant d’être à la solde du «régime syrien».

De même, la journaliste indépendante canadienne Eva Bartlett a beaucoup fait réagir après son intervention lors d’une conférence de presse organisée par la mission syrienne auprès de l’ONU. Répondant à la question d’un journaliste norvégien, elle avait fait voler en éclat la rhétorique des médias mainstream sur la Syrie. Elle avait notamment évoqué le manque de crédibilité des sources des journalistes occidentaux comme l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) ou les fameux Casques blancs et avait nié les accusations d’une partie de la presse qui voulait que l’armée de Bachar el-Assad ait commis des crimes sur des civils.

À Alep, la guerre est aussi celle de l’information

Comme l’écrit si bien Timothée Vilars : «  A Alep la guerre est aussi celle de l’information ». Il détricote ainsi toutes les vérités assénées comme parole d’évangile par la doxa occidentale :

«  Lundi 12 décembre au soir, il ne fallait pas errer longtemps sur Twitter pour voir défiler une litanie de messages déchirants sur l’épilogue du calvaire de la deuxième ville syrienne. La situation dans les dernières poches contrôlées par les rebelles est désespérée ; des corps jonchent les rues ; des civils seraient sommairement exécutés par les troupes du régime qui prétextent leur soutien aux “terroristes” ; le personnel médical, directement ciblé. Le mot “génocide” est brandi. Le souvenir de Srebrenica réactivé ; sauf que cette fois, on y assiste “en direct, sur les réseaux sociaux”. Mais presque simultanément, d’autres images apparaissent. Foin de ville martyre : on y voit au contraire les Alépins fous de joie, “libérés” de cinq ans de cauchemar, dansant dans les rues. Ils lèvent les bras au ciel, remercient le gouvernement Assad, désormais en voie de gagner la guerre contre les terroriste. (…) Les massacres ? Des rumeurs colportées par les médias occidentaux manipulés. Que croire ? Deux visions du monde s’opposent. L’une (l’occident pour aller vite) ne s’est jamais départie de l’illusion que la tentative de révolution démocratique syrienne serait le dernier étage de la fusée du printemps arabe ; l’autre (plutôt pro-russe) n’a jamais vu la révolte de 2011 comme autre chose qu’un putsch salafiste, soutenu en sous-main par les puissances de l’argent pour faire vaciller un leader légitime, garant de la stabilité régionale ».

Timothée Vilars fait ensuite le procès de L’OSDH , de la manipulation concernant la fillette qui racontait son quotidien à Alep sous les bombes et enfin les casques blancs qui s’avèrent être des propagandistes pro-nosra :

« C’est l’une des réalités écrit-il à propos des manœuvres de l’Osdh pour Observatoire syrien des droits de l’Homme (SOHR, en anglais). , les plus étranges et sans doute les moins connues de la couverture médiatique du conflit syrien. Samedi 10 novembre, les troupes turques entrent dans al-Bab, fief de Daech dans le nord du pays. Dimanche, l’Etat islamique reprend possession par surprise de la cité antique de Palmyre ; mercredi matin à Alep, les bombardements reprennent malgré le cessez-le-feu. A chaque fois, l’information tombe sur les fils d’information du monde entier avec cette source : “OSDH”, Pourtant à chaque fois, un seul téléphone a sonné : celui de Rami Abdel Rahmane (Ossama Suleiman de son vrai nom), un immigrant syrien basé à Coventry, au Royaume-Uni, directeur et… seul membre actif de l’ONG. Celui qui dit n’avoir pas mis le pied en Syrie depuis 2000 a en effet gagné sa crédibilité auprès des grandes agences de presse à force d’un incroyable travail de fourmi solitaire. Sur la centaine de dépêches AFP sur Alep diffusées entre lundi et mercredi, l’organisation est citée pas moins de 36 fois en 48 heures. (…) Le dernier bilan de 312.000 morts en cinq ans et demi de conflit, repris partout, c’est lui » 

Enfin à propos des casques blancs , il écrit :

« Les Casques blancs, le grand soupçon, autre cible privilégiée des pro-Assad : l’organisation de secouristes “Les Casques blancs”, longtemps pressentie pour le prix Nobel de la Paix cette année, est aussi devenue une des rares sources d’informations de terrain. Le public français les connaît surtout via le visage d’Ismael al-Abdullah, devenu le principal contact sur place de l’émission “Quotidien” de Yann Barthès. “Le cessez-le-feu est fini. Tout le monde sera exécuté quand les forces d’Assad et leurs voyous vont capturer notre zone” La “Défense civile syrienne” (nom officiel des Casques blancs) a été créée en 2013 à l’initiative d’un consultant britannique qui travaillait auprès de l’opposition, pour pallier l’absence des services publics dans les zones non-contrôlées par le régime ».

La « chute d’Alep » vue par les journaux du Moyen-Orient

En règle générale les journaux des pays arabes du Maghreb d’expression française se sont alignés sur la doxa occidentale et ont eu du mal à prendre le virage à 180° . Ce ne fut pas le cas de certains journaux arabes au Maghreb qui se sont démarqués . Par contre les journaux du Golfe ont vécu La libération d’Alep comme un traumatisme , il leur est difficile de reconnaître leurs erreurs et dans la plus pure théorie du complot, ils cherchent du fait de leur gabegie les causes  chez les autres:

« Tout en essayant de minimiser ce grand succès pour Damas nous dit Yury Zinine, les sources médiatiques du camp anti-syrien ont essayé de poser leurs arguments. Ils perçoivent la chute d’Alep comme le résultat direct de diverses intrigues et conspirations, tout en admettant de graves erreurs de calcul faites par la soi-disant« opposition ». (…) Le journal pro-saoudien Al-Sharq al-Awsat, cependant, a été forcé de reconnaître la libération d’Alep comme étant une victoire majeure pour Damas, qui fut atteinte grâce à l’important soutien fourni par la Russie. En même temps, il est clair que les commanditaires de l’opposition, en particulier ceux du golfe Persique, sont déterminés à nier toute responsabilité pour l’échec de leurs militants. L’un des journaux les plus influents du pays, Okaz, critique le camp anti-Assad pour vivre dans des hôtels de luxe en dehors de la Syrie. Il est scandalisé qu’à la lumière des événements récents à Alep, ces « ingrats révolutionnaires de salon » aient commencé à critiquer les monarchies du Golfe pour ne pas leur fournir assez de soutien. Ils considèrent le royaume comme un « porte-monnaie », selon le journal, alors que leur seul but est de se remplir les poches de pièces d’or en profitant du sang et de la souffrance de leurs concitoyens » .

Yury Zinine poursuit:

« Le journal libanais As-Safir estime que la chute d’Alep est le résultat direct de l’échec des forces pro-occidentales en Syrie. Même si la soi-disant opposition avait le contrôle de grandes villes syriennes pendant des années, ils viennent de montrer qu’ils sont incapables de gouverner efficacement dans les territoires qu’ils occupent. (…) Dans ce contexte, nous assistons à une intensification de la guerre médiatique, avec au moins 60 stations de télévision différentes tentant délibérément de distordre les événements en Syrie. Cette machine de propagande est alimentée par les pétrodollars fournis par les monarchies du golfe Persique, et ces derniers ne vont pas s’arrêter. (…) Aujourd’hui, dans les rangs des propagandistes anti-Assad, on peut apercevoir des signes de confusion profonde. (…) La libération d’Alep, affirme le site d’information irakien Sawt al-Iraq, signifie que des millions de dollars ont été jetés au vent, gaspillés, dans le financement des groupes anti-gouvernementaux et pour leur fournir des informations provenant de différentes sources. Il est clair à ce stade que, en 2011, lorsque le président Obama a annoncé que les jours d’Assad étaient comptés, il s’est bien trompé. Ce sont les jours de Barack Obama qui sont comptés maintenant, soutient le journal, puisque celui ci ne va plus rester longtemps au pouvoir » 

Les mensonges assumés et têtus des médias français

Dans le paysage audiovisuel français aussi, certaines voix bravent la doxa sur la Syrie. Le 21 décembre, Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) était l’invité d’Yves Calvi sur LCI. Dénonçant «une falsification de l’information qui est énorme» concernant Alep, il a tenu à livrer quelques éclaircissements: «Il y a un tiers des quartiers d’Alep, seulement un tiers, qui sont victimes des bombardements, et – j’insiste – c’est un tiers de la ville où des djihadistes dangereux sont présents et ce sont ces djihadistes qui depuis des années tirent sur les quartiers chrétiens et sur le reste de la ville ce dont on ne parle jamais.» «On se fait rouler dans la farine avec Alep?», s’était même interrogé Yves Calvi qui tenta de se distancer de la réalité qu’il a contribué à marteler en boucle.

Le dernier coup dur à la version dominante sur Alep est venu d’une actrice et réalisatrice bolivienne de retour d’un séjour de huit mois en Syrie pour tourner un documentaire. (..) Sur CNN le 21 décembre, elle est également revenue sur les tweets de Bana, la petite fille syrienne qui racontait son quotidien d’enfant à Alep-Est c’est juste impossible. J’ai été sur place… franchement… il n’y a pas d’Internet, spécialement dans cette partie d’Alep, il n’y a pas d’électricité depuis plus de 85 jours, je ne pense pas qu’elle était à Alep. Montrez-moi une vraie vidéo du moment où elle est exfiltrée d’Alep-Est.»

L’intellectuel Alain de Benoist n’y va pas par quatre chemins

Il dénonce une douce complicité. Il écrit:

«La grande majorité des journalistes est sincère. Ils sont persuadés d’être toujours dans le vrai parce qu’ils sont victimes de stratégie de persuasion qu’ils relaient. L’immense majorité adhère à la vulgate, libérale libertaire, ce mélange d’idéologie des droits de l’homme de convenance, d’antiracisme, de progressisme, mais de révérence au marché du politiquement correct. Ils en reprennent tous les mantras, unanimismes à condamner le populisme, le protectionnisme, l’identité, la souveraineté, tous persuadés que les hommes sont partout les mêmes et que leur avenir est de convenir au grand marché mondial. Le métier de journaliste n’est pas facile, il demande de l’humilité et non un surcroît de prétention.»

Un exemple d’enfumage même des plus grands journaux? «Reprenant sans pincettes un rapport du FBI, le très sérieux Washington Post a assuré que le piratage d’une centrale électrique du Vermont avait été organisé par la Russie. Le problème? La fameuse centrale a indiqué… qu’elle n’avait pas été hackée. Sans prendre la précaution de vérifier l’information, venue de supposition des services de renseignements américains, le journal n’hésite pas à relayer le commentaire incendiaire du gouverneur démocrate de l’Etat du Vermont, Peter Shumlin, qui qualifie Vladimir Poutine de «l’un des plus gros voyous du monde», conclut, un brin hâtivement: «Cet épisode devrait souligner le besoin urgent pour notre gouvernement fédéral [américain] de pourchasser vigoureusement et de mettre un terme à ce genre d’ingérence russe.»

La fabrication de la normalité

C’est par ces mots que C.J. Hopkins définit le sacerdoce de la presse main stream qui s’invente des fausses nouvelles contre lesquelles elle doit lutter: Il écrit:

«Vers la mi-novembre, à la suite de la défaite d’Hillary Clinton les autoproclamés Gardiens de la Réalité, mieux connus sous le nom de médias tenus par le monde des affaires, ont lancé une campagne mondiale de marketing contre le maléfique et perfide fléau des «fausses nouvelles». Cette campagne a maintenant atteint le stade de l’hystérie. Les médias de l’ensemble de l’Empire diffusent quotidiennement des avertissements terrifiants sur la menace imminente et existentielle contre nos libertés, la menace des«fausses nouvelles».(…) Qui est derrière cette menace de «fausses nouvelles»? Eh bien, Poutine naturellement, mais pas seulement Poutine. (…) Heureusement pour nous, les médias d’entreprise sont à fond sur la piste de cette bande de scélérats. Comme vous le savez sans doute, le Washington Post a publié récemment un sensationnel article qui diffame sans vergogne des centaines de publications alternatives (comme celle que vous lisez) en les traitant de «camelots de la propagande russe». (…) Une foule de publications dangereusement extrémistes, comme CounterPunch, The Intercept, Rolling Stone, The Nation, The New Yorker, Fortune Magazine, Bloomberg et US News & World Report, ont fustigé le Washington Post pour ses pratiques journalistiques «bâclées», «douteuses» ou de bas niveau. L’obsession actuelle des médias à l’égard des «fausses nouvelles» cache le fait qu’il n’y a pas de «vraie nouvelle» et produit simultanément «de vraies » .

Les citoyens s’informent lucidement d’une façon alternative

Ariane Walter a, à sa façon, décrit le combat des sans-dents pour une vraie information.

«2016 a été l’année la plus surprenante, la plus folle, la plus prometteuse. Les grands prédateurs qui dirigent et saignent notre monde se sont pris claque sur claque. Les réseaux sociaux qui sont la voix des sans-dents, ont été tellement vifs, actifs, drôles, puissants, que la clique agonisante, dans un dernier gargouillis, balbutie qu’elle veut les interdire! Dans les merveilleux souvenirs de 2016, nous avons d’abord, débordant des poubelles de l’Histoire, les têtes des médias dits les merdias, qui ont pris une saucée mémorable. Ils prévoyaient un «non» au Brexit. Ce fut un «Oui». Ils prévoyaient Clinton, ce fut Trump. Ils prévoyaient Juppé, ce fut Fillon. (…) Quelle belle année, avec au pied de la guillotine les têtes de Clinton, Obama, Cameron, Sarkozy, Juppé, Renzi, Hollande!!! (…)Parce que nous le voulons, parce que nous le disons, parce que les myriades de barques de notre humanité humaine sont prêtes à voler tant 2016 a été si surprenante, si drôle, si prometteuse, si quantique dans son explosion irrépressible et libre!! 2017, pupuce, tu as un sacré héritage!».

Et en Algérie?

Avons-nous une presse libre? Avons-nous une presse professionnelle, Mon sentiment après avoir contribué modestement à l’émergence de la presse «libre» est qu’il n’y a pas de presse au sens professionnel du terme. Il n’y a pas de presse libre. A des degrés divers et pour des raisons diverses notre presse ne peut pas dire ce qui est dans un sens ni dans l’autre. Certaines fois l’action du gouvernement – même si elle est constructive, ne trouve pas grâce à ses yeux. D’autre fois c’est le contraire c’est «la pommade» sans retenue.

S’agissant de l’appréciation de la situation internationale, en règle générale, il n’y a pas de mon point de vue d’analyse objective. Il y a un suivisme sans un minima de critiques. L’exemple de la situation en Syrie est symptomatique. Pratiquement tous les journaux dits «libres» et de réputation répercutent la doxa occidentale participant ce faisant au formatage des imaginaires algériens dans le sens des médias mainstream allant jusqu’à répercuter des expressions toutes faites comme le mot «boucher» pour qualifier Assad, selon la lexicologie des BHL, des Fabius et les mantras concernant les élucubrations de l’Osdh qui fait une comptabilité macabre au jour le jour (150 morts par jour pendant 2000 jours) bien embusqué à Londres.

De l’autre côté, les journaux arabophones, ont en règle générale une opinion différente certaines fois justes, mais souvent pour des raisons idéologiques ou religieuses! Enfin il y a les journaux du pouvoir condamnés à être des laudateurs sans état d’âme et ne pas sortir des clous.

Le journaliste Pulitzer, fondateur du prix du même nom, fondé en 1917 recommande d’être sans pitié pour les escrocs:«Il n’est pas un crime, pas un truc, pas un sale coup, pas une escroquerie, pas un vice qui ne perdure sans le secret qui l’entoure. Exposez ces faits au grand jour, décrivez-les, attaquez-les, ridiculisez-les dans la presse et tôt ou tard l’opinion publique les chassera. La publicité n’est peut-être pas la seule chose nécessaire, mais c’est une chose sans laquelle toutes les autres démarches resteront vaines.»

Le sociologue Pierre Bourdieu  recommandait pour sa part de donner la parole aux citoyens: «Il serait temps que les journalistes apprennent à reconnaître qu’un propos peut être très important intellectuellement ou politiquement, lors même qu’il émane d’un simple citoyen inconnu ou isolé, ou, au contraire, tout à fait insignifiant, lors même qu’il émane d’un homme politique «important» ou d’un porte-parole autorisé d’un «collectif», ministère, Église ou Parti.»

Pour sa part et dans un hommage à Wilfred Burchett, T.D. Allman écrit: «Le journalisme véritablement objectif non seulement rapporte correctement les faits, mais en tire leur véritable signification. Il résiste à l’épreuve du temps. Il est validé non seulement par des «sources sûres», mais aussi par le déroulement de l’Histoire. C’est un journalisme qui, dix, vingt ou cinquante ans après les faits, tient encore la route et donne un compte-rendu honnête et intelligent des évènements.» Tout est dit.
..

 

 

 

 

Répondre