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L’Histoire de l’ancienne Rome par Mary Beard

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L’Histoire de l’ancienne Rome par Mary Beard

Rémy Valat, historien ♦

Une Synthèse Partielle sur la Question Romaine

Marie Beard

Marie Beard

Mary Beard enseigne à l’université de Cambridge, elle est membre de la British Academy et de l’American Academy of Arts and Science. Elle vulgarise l’histoire antique en conseillant la BBC pour ses émissions historiques et écrit pour le supplément littéraire du Times. « SPQR. Histoire de l’ancienne Rome », paru en 2015, vient d’être traduit et publié par les éditions Perrin. Mais, le titre est trompeur, il ne s’agit pas d’une histoire de l’ancienne Rome.

En effet, du point de vue chronologique tout d’abord, l’auteur limite le cadre de son essai à la fondation de la Cité (autour du VIIIe siècle) jusqu’à la publication de l’édit de Caracalla (212) qui élève au rang de citoyens tous les sujets libres de l’empire. Ensuite, l’objet du livre de Mary Beard est centré sur l’histoire politique et sociale autour du thème de la citoyenneté. De plus, cette étude, très intéressante, reste néanmoins influencée par l’actualité, même si je partage l’avis de l’auteur sur l’influence de la culture romaine sur les sociétés contemporaines les mieux occidentalisées. Enfin, si le livre traite des guerres et de la politique extérieure romaines, c’est toujours du point de vue interne.

SPQR-histoire-romeCe qui gêne à la lecture de ce livre (une somme de 600 pages, aux sources bien référencées), c’est le sentiment au final d’un travail qui n’a pas été menée à son terme. Mary Beard met bien à jour la mécanique interne, à savoir, la capacité toute romaine d’intégration des personnes étrangères, et ceci depuis les origines. Sur ce point, Rome ferait figure d’exception. Mais le Rubicon n’a pas été franchi. Car, au IIIe siècle après JC, cette logique aurait atteint ses limites. La chute de Rome tient précisément à cette ambition. L’égalité virtuelle des droits qu’accorde la citoyenneté sur une population d’un empire de plus en plus vaste (et avec des degrés très variables de romanisation), trébuche face au réel : il existe toujours des différences ethniques, sociales, économiques et culturelles entre les individus (surtout dans le monde antique profondément inégalitaire, Augustin, par exemple, justifiait la pratique de l’esclavage).

L’une des causes principales de la chute de cet empire est ethnique, comme l’a notamment démontré André Lama (Les causes ethniques de l’empire romain, Dualpha, 2010). Le sujet est-il politiquement incorrect pour ne pas être abordé ?

Rome, comme le démontre Mary Béard, n’a jamais eu à ses débuts une ambition impériale programmée, ce sont des motivations intérieures qui ont motivé les guerres de conquête. La recherche de débouchés économiques par le contrôle et l’exploitation de territoires fertiles et producteurs de matière premières, l’importance des réseaux de communication et la diffusion de la culture romaine est une logique, qui nous est familière. Les Romains visaient au contrôle des populations et perturbaient peu le fonctionnement des États conquis, ce qui préfigure sur bien des points les politiques coloniales des deux derniers siècles, voire du “SPQR made in USA “.

spqr-andre-lama-causes-ethniquesMary Béard  nous montre également les réinterprétations faites par les Romains de leurs mythes fondateurs, marqués du sceau de la violence, pour légitimer une institution par son ancienneté (les comices centuriates par exemple) ou bien encore justifier ou donner un sens à leurs actes (la supposée ascendance grecque du père fondateur de la Cité est un remarquable outil d’impérialisme culturel et de propagande)…

L’autre mythe, celui des frères jumeaux avec le meurtre de Rémus par Romulus est porteur d’un message clair : le frère impi a été tué pour avoir transgressé un interdit, pénétré l’espace sacré de la cité est une agression légitimant la violence, la « guerre juste ». Romulus ayant fait feu de tout bois pour bâtir sa cité (il aurait recruté le tout-venant en leur octroyant l’asile), Mary Béard y voit en quelque sorte l’acte fondateur d’une politique d’assimilation, mais celle-ci ne se fît pas sans violences et se termina par la violence.

Un livre passionnant, une belle contribution à l’historiographie de la Rome ancienne, mais partiel.

Mary Béard, SPQR – Histoire de l’Ancienne Rome,  éditions Perrin, 592 pages, 26 euros.

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