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Les religions gauloises par Jean-Louis Bruneaux

Les Religions Gauloises

Les religions gauloises par Jean-Louis Bruneaux

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Rémy Valat , historien ♦

Le livre de Jean-Louis Bruneaux, Les religions gauloises, vient d’être réédité par les éditions du Centre national de la recherche scientifique (collection Biblis). Cet ouvrage de référence a été mis à jour et augmenté, car l’état de la connaissance en ce domaine a progressé depuis vingt ans (date de la première édition), mais ces ajouts ne changent en rien le résultat des recherches et des analyses de son auteur.

Jean-Louis Bruneaux est directeur de recherches au CNRS, au laboratoire d’archéologie de l’École normale supérieure de Paris. L’auteur a dirigé de nombreuses fouilles sur les sites gaulois picards, et en particulier celui de Gournay-sur-Aronde. C’est grâce à la découverte et aux fouilles conduites sur des dizaines de sanctuaires gaulois en France, que notre connaissance sur la question a connu une avancée significative.

Le travail de Jean-Louis Bruneaux a été encombré d’obstacles : la religion des Gaulois ne reposait sur aucun corpus de textes (la tradition était orale) et les écrits susceptibles de nous informer sur celle-ci sont des sources indirectes, d’auteurs de l’antiquité (grecs ou romains), qui bien que témoins des faits et gestes des Gaulois, avaient leur propre perception des phénomènes observés. L’auteur a passé ces sources au crible, en mettant à jour notamment les décalages chronologiques à l’origine d’informations anachroniques : César qui écrit au milieu Ier siècle avant notre ère, s’appuie sur les textes de Posidonius, un contemporain, qui s’est servi de sources plus anciennes dans sa description de la société gauloise), jaugé leur crédibilité en les confrontant aux découvertes archéologiques. Il en ressort une étude fine, dont les résultats sont difficilement contestables.

Jean-Louis Bruneaux s’est attaché à restituer l’évolution de la société gauloise et l’impact de son évolution sur les pratiques religieuses. Les échanges commerciaux et l’engagement de mercenaires dans les armées du bassin méditerranéen ont engendré une mutation de la société gauloise, qui évolue vers un régime de cité, de peuple- État, assez proche du modèle grec. Au IIIe siècle av. JC, une mutation religieuse s’opère, vraisemblablement sous l’impulsion de migrants belges et d’un clergé constitué, composé notamment de savants ayant des connaissances en astronomie : ces hommes seraient les agents de la réforme druidique, ce que l’auteur appelle la « révolution sacerdotale du IIIe siècle ». Ces druides étaient des philosophes, qui à l’instar de leurs homologues grecs, ont réformé et moralisé la religion (et la société) gauloise sans remettre en question les croyances anciennes, et plus particulièrement le panthéon et la cosmogonie celtiques. Ces changements, cette évolution qui est le fruit d’échanges culturels entre sociétés indo-européennes, ne bouleverse pas la société en profondeur : il s’agit plutôt d’une recomposition, d’une adaptation, rien de semblable aux bouleversements consécutifs à l’introduction du christianisme.

L’influence grecque, voire d’autres civilisations orientales, est à l’origine de la construction de sanctuaires et de l’introduction de nouvelles pratiques funéraires : l’incinération des corps, pourtant pratiquée localement en Europe depuis le Mésolithique, signifierait pour l’auteur la croyance en la transmigration de l’âme, qui révéleraient l’abandon de croyances archaïques, lesquelles présupposaient la survie de l’individu dans son enveloppe charnelle dans un au-delà chthonien mal défini (les Celtes attachaient de l’importance aux marécages, espaces intermédiaires incertains, un monde terrestre et aquatique, permettant d’accéder à un autre monde). Les Gaulois croyaient également en une « apocalypse », une fin de l’humanité provoquée par un cataclysme majeur : la chute de la voûte céleste.

Les espaces sacrés et les lieux de cultes, en particulier les sanctuaires, témoignent d’une spiritualité foisonnante et de l’importance des rites guerriers dans les sociétés gauloises. La décollation pratiquées sur les corps des ennemis vaincus (peut-être pour se prévenir d’une vengeance post-mortem du mort, mais aussi comme trophée témoignage du courage sur le champ de bataille), voire le suicide collectif des « soldures », combattants et clients d’un grand chef, après la mort de celui-ci soulignent l’extrême importance de l’honneur dans la société guerrière celtique. Le sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre a été érigé sur le site d’un affrontement qui aurait eu lieu vers -260 av. JC, à l’endroit exact où les guerriers gaulois auraient cédé face aux troupes d’invasion belges, à l’emplacement où une divinité serait intervenue pour offrir la victoire. Ce lieu a été immédiatement transformé en un espace sacré destiné à honorer les morts du camp des vainqueurs et à glorifier, ceux qui d’entre-eux ont survécu. Ces derniers s’octroyaient les crânes des vaincus : le reste des corps et de leur armement revenaient aux dieux. La bataille était vécue comme une ordalie, les morts étaient des victimes sacrificielles et leurs armes une offrande….

Le livre de Jean-Louis Bruneaux est probablement à ce jour l’étude la plus objective sur ce sujet.

Jean-Louis Bruneaux, Les religions gauloiseséditions du Centre national de la recherche scientifique (collection Biblis), 480 pages, 12€.

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