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Star Wars : la grotte de Dagobah entre « intuition » mystique et archétype ?

Sw Tolkien Illustration

Star Wars : la grotte de Dagobah entre « intuition » mystique et archétype ?

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Rémy Valat, historien ♦

«Je raconte un vieux mythe d’une nouvelle manière» George Lucas.

Star Wars : une mythologie pour se construire ?

Star Wars est-il un mythe des XXème et XXIème siècle ? Oui, même si, ne soyons pas naïfs, la saga cinématographique de George Lucas sert la politique culturelle nord-américaine.

Néanmoins, dès la conception de la première trilogie, George Lucas voulait aller plus loin : il aurait créé un univers structuré qu’il souhaitait élever au rang de mythologie du monde moderne. L’idée était dans l’air, en quelque sorte. Il existait alors une réelle demande du public américain, en proie au doute après la défaite militaire du Viêtnam. Les progrès techniques traçaient une ligne ascendante et conquérante, mais ne parvenaient pas à guérir le « désenchantement du monde ». Le succès du cycle de Dune (Frank Herbert ), dont nous parlerons dans un prochain article, allait déjà dans ce sens : son auteur y développait des thèmes contemporains comme la raréfaction des richesses naturelles, les conflits pour les sous-sols pétroliers et gaziers du Moyen-Orient et le bouddhisme.

Tolkien

Tolkien

Star Wars est une sédimentation de différents mythes littéraires du XXème siècle. La trilogie du Seigneur des Anneaux de  Tolkien, dont l’œuvre connaît un considérable succès commercial pendant les années 1960, a vraisemblablement inspiré George Lucas. Mais Tolkien(1892-1973) était un cas à part : universitaire à Oxford, linguiste philologue et spécialiste des mythes anglo-saxons, il a créé un monde presque sans aucune influence extérieure. Tolkien a puisé dans ses lectures de jeunesse, les mythes et attaché beaucoup d’importance à la sonorité, à la musique de son récit. L’œuvre de George Lucas est visuelle, cinétique et féerique, mais comme celle de  Tolkien, elle touche notre inconscient en raison de son enracinement culturel avec un même objectif : la création d’une mythologie moderne ayant pour but l’édification spirituelle des lecteurs.

sw-tolkien-conte-de-féeL’essai de  Tolkien, Du conte de fées (1939), préfigure l’étude magistrale de Bruno Betelheim (1903-1990), La psychanalyse des contes de fées, parue en 1976. La psychanalyse des contes de fées est une réflexion sur l’importance des contes pour la psychologie enfantine, ceux-ci aidant les enfants à développer leur imaginaire, à se défendre contre leurs angoisses et à produire des adultes équilibrés, argumentaire que l’on retrouve aujourd’hui dans la bouche de Lucas. Ces réflexions, qui rejoignaient celles de Carl Jung, dressaient le constat accablant de l’ampleur des carences psychologiques, qui seraient le corollaire de la dissolution des mythes dans les sociétés occidentales modernes. Lucas déclare au cours d’un entretien accordé au Time Magazine : « Avec Star Wars, j’ai délibérément entrepris de recréer des mythes avec les motifs de la mythologie classique. J’ai souhaité employer ces motifs pour aborder des problèmes actuels. Plus j’ai exploré ce sujet, plus j’ai réalisé que nos questionnements étaient les mêmes il y a 3 000 ans. Nous n’avons guère évolué émotionnellement depuis. »

Or l’idée, largement répandue et médiatisée par les admirateurs de Star Wars et par George Lucas lui-même, selon laquelle ce dernier aurait délibérément donné une dimension mythologique à son oeuvre, est remise en question par un biographe de Lucas, John Baxter. Selon lui, George Lucas était étranger à la religion, il fréquentait très occasionnellement les lieux de cultes et ne serait aucunement un mystique. John Baxter, dans sa biographie bien documentée, souligne par ailleurs que le concept de « Force » est absent des premières moutures du scénario et du synopsis. Enfin, l’influence prétendument déterminante du mythologue et anthropologue Joseph Campbell, mise en avant par George Lucas, serait une reconstruction à posteriori.

sw-Le_heros_aux_mille_et_un_visagesLucas n’aurait jamais lu Le Héros aux mille visages pour écrire le scénario de Star Wars. Au mieux il aurait écouté des extraits de cette publication sur une cassette audio (John Baxter, op. cit, pp. 163-166). Mon sentiment est que George Lucas, de par son investissement personnel dans son oeuvre, s’est, tel un alchimiste, transformé (et a transformé sa création) à partir des données latentes de son expérience et de son environnement social et culturel (il est issu d’une famille de protestants méthodistes et s’intéresse au bouddhisme). Le processus créatif n’est pas un enchaînement logique et continu, il est fait d’aller-et-retour, de bifurcations, d’hésitations, jusqu’au moment où jaillit l’idée. Le concept de « Force », peut-être emprunté à Carlos Casteneda (et à Joseph Campbell), démarre d’une intuition (Carlos Casteneda, 1925-1998, a conduit une série d’enquêtes anthropologiques auprès des Indiens Yaqui par, dont les premières publications sont contemporaines de l’écriture du scénario de Star wars, le terme de « Force » apparaît dans Tales of Power édité en 1974).

Quoi qu’il en soit, cette intuition s’est manifestée par le besoin d’enraciner son space opéra dans l’univers religieux et mystique de Dune (première influence majeure de Star Wars), qu’il s’est ensuite approprié et personnalisé à partir de son imagination, ses références culturelles, ses recherches et ses réflexions. C’est grâce à cette intuition que tous les éléments du scénario ont pu trouver leur cohésion, et que Star Wars s’est détaché de ce substrat pour connaître son évolution propre.

Que George Lucas ait ensuite exploité médiatiquement cet état de fait, il n’en fait aucun doute (George Lucas est tout autant un chevalier d’industrie qu’un « chevalier jedi »). Il soutiendra financièrement les œuvres de Joseph Campbell, il prêtera son ranch (le Skywalker’s Ranch) pour servir de cadre à la série d’entretiens que le mythologue accordera à Bill Moyers pour un documentaire produit par la chaîne PBS en juin 1988. En somme, Campbell légitime Lucas et vice-versa. Mais, l’intuition de Lucas n’en est pas moins géniale : tout dans l’esthétique ou dans le scénario se réfère à des thèmes récurrents des mythologies ou renvoie à des considérations philosophiques ou religieuses. Que Lucas ait lu ou non, Le héros aux mille visages, la structure des scénarii de la première trilogie, il est fidèle à l’argumentaire de Joseph Campbell et avait connaissance des points essentiels de la théorie du mythologue qu’il maîtrisait.

Qui était Joseph Campbell ?

Joseph Campbell

Joseph Campbell

Campbell (1904-1987), est, selon Lucas, son « maître Yoda ». Sa théorie, dite du « monomythe » (Le terme est un emprunt à James Joyce, Finnegans Wake, New York, Viking Press, 1939, p.581. Cité par Joseph Campbell, The hero with a thousand faces, p.30.) était très en vogue aux États-Unis, mais a été depuis remise en question. Joseph Campbell s’était, enfant, intéressé aux contes de fées, aux légendes et aux mythes. Brillant universitaire, il étudia les sciences et les langues anciennes ou étrangères (français, sanskrit, allemand, japonais). Son livre, mondialement connu,  (The Hero with a Thousand Faces, 1949) affirme que tous les mythes auraient été établis selon les mêmes schémas archétypaux.

Selon lui, le héros (Luke dans les épisodes IV à VI) répondrait à un « appel à l’aventure », une aventure à laquelle il refuse tout d’abord de participer. Secondé par un mentor (Obi-Wan Kenobi), et à l’aide d’un talisman ou d’un objet magique (le sabre-laser de son père), le héros doit faire face au « gardien du seuil », étape préliminaire à l’initiation qui a pour cadre un milieu naturel hostile ou mystérieux, bien souvent une forêt sombre, un désert, une grotte, une île (maître Yoda et la planète Dagobah). Le héros subit des épreuves terribles, de nature alchimique, qui le transforment spirituellement : celui-ci est souvent pris dans le « ventre de la baleine », capturé par ses pires ennemis (la grotte de Dagobah, évasion de l’ Étoile de la mort).

La concrétisation de la quête, qui a souvent pour objet la réconciliation avec le père, mais qui peut également être une union sacrée (le retour de l’équilibre dans la Force) ou une apothéose (victoire contre l’empire galactique), marque la fin de l’initiation (Luke est un adulte et un jedi).
Par ailleurs, Campbell en s’appuyant sur les études de Carl Jung (1875-1961), en particulier ses développements sur l’inconscient collectif et les archétypes, partit à la recherche de La vérité transcendante, masquée par les symboles, les récits légendaires ou mythologiques et le discours des religions modernes, qui serait en réalité une Force immanente. Cette idée centrale se fonde pour partie sur les recherches et les analyses de l’historien des religions, Mircea Eliade (1907-1986), auteur qui a beaucoup influencé Joseph Campbell : cette vérité transcendante est le « Sacré » ou le « numineux » qu’Eliade emprunte à Rudolph Otto (1869-1937). En outre, Campbell et Eliade partageaient un intérêt commun pour la religion indienne ancienne, et celle-ci avec le bouddhisme, tient une place importante, dans l’œuvre de George Lucas.

Sabre-laser : archétypes et initiation

L’accès à la Connaissance, le contrôle de la Force dans le cas de Luke, est soumis à une initiation, une série d’épreuves susceptibles d’aider à la transformation de l’être, au passage de l’état de profane à celui d’initié, de jedi. La descente aux Enfers, le séjour dans le « ventre de la baleine » marque une étape décisive de l’initiation. C’est un thème récurrent des mythes. La plus ancienne œuvre littéraire traitant le thème universel de la Descente aux Enfers est le poème sumérien du cycle ďlnanna : ces voyages initiatiques témoignent des racines profondes du mythe, dont on retrouve la trame, par exemple dans la tradition indoeuropéenne et dans de nombreux mythes anciens (l’épopée de Gilgamesh).

sw1La formation initiale de Luke ayant été brutalement interrompue par la mort de son premier mentor, Obi-Wan Kenobi, Luke se rend sur la planète Dagobah pour y terminer sa formation de jedi, une formation à la fois physique et spirituelle. Au cours de celle-ci, Yoda, l’ancien maître de l’Ordre Jedi, l’invite à pénétrer dans une grotte obscure, une sorte d’antre du mal, née de l’imagination même de l’apprenti. Dans l’alchimie traditionnelle, l’apprenti doit « entrer au tombeau » pour accéder à la Connaissance. Il y est généralement invité par un nain (ici Yoda), qui symbolise l’initiateur. Luke a peur, il sent une présence maléfique et hostile, et perd le contrôle de lui en allumant son sabre-laser pour défaire en le décapitant un « Dark Vador » qui s’avère être lui-même. L’épisode de la grotte de Dagobah offre de troublante similitude avec de nombreuses mythologies, et la japonaise en particulier.

Dans la mythologie nippone, Izanami et Izanagi forment le couple originel de divinités créatrices du monde. La Création fut entachée, par une faute inexpiable d’Izanami qui entraîne sa mort en couche, un sacrifice qui  donne naissance au dieu du feu (Kagu Tsuchi). Commence alors pour Izanagi, un parcours initiatique : infanticide de Kagu Tsuchi, descente dans le monde chthonien des morts (Yomi) pour y retrouver son épouse, mais Izanagi qui s’est éclairé à l’aide d’une dent arrachée de son peigne aperçoit le corps décomposé d’Izanami, enfreignant ainsi la promesse qu’il avait faite à son épouse de ne pas porter son regard sur elle. Après avoir pris la fuite pour échapper à Izanami devenue une créature enragée et démoniaque Izanagi bloque l’entrée du royaume des morts à l’aide d’un rocher, se purifie et rejoint les cieux.

Ainsi, entré dans une caverne, plongé dans l’obscurité totale, Izanagi recourt à un expédient pour s’éclairer, il fabrique une torche de fortune à l’aide de l’une des dents du peigne qui retient sa chevelure. Or dans la tradition japonaise, la dent d’un peigne (le sabre-laser dans le cas de Luke) est une représentation symbolique de l’accès à la connaissance : les ablations volontaires de dents, constatées sur des squelettes retrouvés dans des tombes de différents sites du Jômon final et en différents points de la façade maritime est-asiatique (Chine, Corée, Japon), ont été attribuées à des rites de passages et comme signe d’appartenance communautaire. L’image primitive, archétypale, est celle du secret de l’initiation, l’accès à l’aide de torches à la partie tenue secrète d’une grotte obscure, lieu de l’initiation. Ce qui rejoint les suppositions des paléoanthropologues, qui estiment que les coins les plus difficilement accessibles des grottes étaient aussi des espaces sacrés : l’exemple de Lascaux est « éclairant » sur ce point.

Dans le récit de George Lucas, le sabre-laser, cette « épée magique » remise par Obi-Wan Kenobi à son apprenti, prend ici toute sa dimension symbolique. George Lucas nous offre une image archétypale, celle de la lame du sabre incandescente, sortie de la forge. Le feu, la fabrication du fer, autant de secrets jalousement gardés, car les garants de la survie de la communauté ou de la supériorité du groupe sur les autres. La fabrication d’un sabre, et en particulier d’un katana, nécessite un savoir-faire et des techniques uniques transmises au sein d’un même catégorie d’individus d’une même société. Ces secrets ont pris une valeur symbolique et spirituelle dans l’alchimie, le compagnonnage ou la franc-maçonnerie des époques modernes et contemporaines. Jadis, le katana était apprécié des samouraïs pour ses qualités d’arme défensive, utilisable au quotidien et pour ses attributs esthétiques et symboliques. L’épée est une arme archétypale, censée faire appel au courage physique, puisque l’on affronte l’ennemi de près. Au Japon (mais pas seulement), l’arme blanche est aussi revêtue, depuis l’introduction de la métallurgie, d’une aura  magico-religieuse : l’arme en fer, plus solide que la pierre ou le bronze, brillante au soleil, est une manifestation du pouvoir (kratophanie) et du sacré (hiérophanie). Les tsurugi (épées à deux tranchants tenues d’une main) ont été importées de Chine, tout d’abord objets de prestiges en bronze (ces armes, ainsi que les miroirs, étaient distribués aux grands chefs de clans inféodés à la lignée impériale, comme signe de leur puissance, puissance politique ressortissant de leur lien de vassalité), elles furent produites ensuite en plus grande quantité en fer à des fins militaires. Ces armes étaient des talismans, des protections contre le mal (la mort sur le champ de bataille).sw2

Le kojiki rassemble des récits mythologiques sur des épées dotées d’un aura magique. Le dieu Susanô, une divinité instable et colérique éloignée des cieux par sa sœur Amaterasu, affronte et occit un dragon à huit têtes et en extrait une épée de la queue. Il remet cette arme à sa soeur, pour en obtenir le pardon. Bien des siècles plus tard, cette arme se retrouve dans les mains du guerrier Yamato Takeru (c’est un héritage de sa tante, Yamao-Hime, prêtresse du temple d’Ise). Yamato Takeru, tombé dans un guet-apens, se trouve isolé dans un champ d’herbe sèche, embrasé par un de ses ennemis. Cerné par les flammes, il utilise son épée pour couper l’herbe autour de lui afin d’éteindre l’incendie avant de tuer son ennemi (l’arme sera depuis baptisée kusanagi-no-tsurugi, « l’épée qui fauche l’herbe »).
Dans la tradition nippone, les sabres étaient réputés être en possession de l’âme de son forgeron ou de son propriétaire. ils reflétaient la personnalité du forgeron et de celui qui la manie, ce qui est, dans le cas du jedi, la même personne (ces derniers fabriquent leurs sabre-lasers à partir d’un cristal dit « cristal adegan » ou «cristal ilum »). La couleur du sabre-laser varie en fonction du statut du chevalier dans l’ordre, mais dans le cas des Sith, la couleur rouge signale le caractère maléfique de son propriétaire (sauf dans le cas de la princesse Leia). Le sabre-laser, comme jadis l’arme du samouraï, s’imprégne des vibrations et du magnétisme de celui qui le possède. La fabrication d’un katana est un processus religieux et alchimique : le forgeron s’y investit totalement, de tout son être. Pour les Japonais et dans bien d’autres traditions, l’harmonie intérieure du forgeron prime sur ses capacités techniques. On raconte que l’artisan s’isolait quelques jours dans la méditation en quête de plénitude, puis se purifiait avant de pénétrer dans la forge. Il est raconté que deux forgerons japonais, Masamune (dont les descendants sont toujours en exercice) et Murasama, imprégnaient de leurs âmes les armes qu’ils fabriquaient. Le second avait pour réputation d’être taciturne et violent, et forgeait des lames qui poussaient leurs propriétaires à la rage meurtrière, voire les blessaient eux-mêmes. Au contraire, Masamune, était un homme serein et d’une grande harmonie intérieure. La légende dit que si l’on trempe une lame Murasama dans une rivière, chaque feuille flottant à la surface qui viennent à son contact sont systématiquement tranchées, tandis que les feuilles qui s’approchent d’un katana forgé par Masamune, longent la lame, l’évitent comme un rocher affleurant à la surface, et poursuivent leur route sans aucune atteinte….

Le succès de Star Wars ne peut s’expliquer uniquement par la stratégie commerciale, il y a vraiment quelque chose d’autre…. Peut-être qu’un peu d’épaisseur culturelle permettrait à certains journalistes détracteurs de la saga, qui n’en voient que l’aspect superficiel, de mieux l’apprécier.

Que la Force soit avec vous !

Notre collaborateur Rémy Valat prépare un ouvrage sur la chevalerie jedi et les arts martiaux japonais qui paraîtra cette année aux éditions Francephi.

 

  1. lhomme
    lhomme30 janvier 2017

    De l’influence de Campbell sur George Lucas, c’est beaucoup plus simple et cela porte un nom, Christopher Vogler, écrivain et producteur de film, qui avait rédigé dans les années 50, un petit mémo de sept pages désormais légendaire et collector : Le guide pratique du héros aux mille visages, basé sur le travail de Campbell. Ce petit livret ronéotypé circulait sur toutes les tables des bureaux des scénaristes d’Hollywood à cette époque au point que étant donné son succès, Christopher Vogler le développera plus tard dans un livre, The Writer’s Journey, traduit en français sous le titre Le guide du scénariste que tout élève d’école ou département de cinéma devait ”bûcher” il y a un certain temps. Ce guide est d’ailleurs toujours utilisé par les entreprises de jeux vidéo à la recherche de nouvelles idées pour leurs scénarimages et leurs nouveaux produits. Pour répondre à ceux qui l’accusaient de simple plagiat des idées de Campbell, Vogler a continuellement mis en garde contre le fait que son livre ne donnait pas une « formule » ou une « recette » permettant d’écrire à coup sûr un succès mais encourageait les écrivains à se servir du monde des archétypes et des structures mythiques comme d’une source profonde d’enrichissement de leur propre création. George Lucas a peut-être lu Le Héros aux mille visages de Campbell pour écrire l’histoire de la saga Star Wars (et plus particulièrement celle de l’épisode IV qui correspond exactement au schéma campbellien) et l’ouvrage lui fut peut-être passé par Scorsese et Coppola qui s’en réclamèrent aussi mais ce qui est certain, c’est que sur son fauteuil de réalisateur, traînait les 7 pages photocopiées de Vogler. A l’époque, en Californie, dans les soirées ”herbe”, tout le monde lisait et se passait Dune, Tolkien, Lovecraft, Bettelheim et le falsificateur Castaneda. C’était l’époque des Libres enfants de Summerhill auxquels dans les communautés, il fallait raconter des histoires le soir pour les endormir sur fond de Janis Joplin ou de Lou Reed. Pour les plus lettrés, on annotait Campbell, Eliade ou Jung. Les ouvrages de Campbell, traduits en français chez Oxus, sont par ailleurs incontournables pour qui aujourd’hui se revendiquerait du paganisme ou d’un néo-paganisme même si on peut bien sûr leur préférer ceux de Frithjof Schuon. ML.

  2. Rémy Valat
    Rémy Valat31 janvier 2017

    J’ignorais cela, merci à Michel Lhomme. Cela explique beaucoup de choses sur la manière dont Lucas façonne sa mythologie autour de Star Wars.

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