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Le déclin de l’empire américain

Empire Trump Serment

Le déclin de l’empire américain

Simon-Pierre Savard-Tremblay, journaliste au Journal de Montréal ♦

Depuis vendredi dernier, les États-Unis ont un nouveau président. Le discours inaugural aura moins fait parler que les foules présentes.

Sur les réseaux sociaux, on voit passer un paquet de comparatifs entre les foules présentes à l’inauguration de Barack Obama en 2009 et celles qui étaient à celle de Donald Trump vendredi dernier. Ça débat fort par rapport aux prises de vue des différentes photos, et ça s’obstine sur lesquelles disent vraies. Je me demande encore en quoi c’est supposé être important. Sur ma propre page Facebook, j’ai eu la naïveté de penser que de pointer du doigt le ridicule d’un débat sur les foules n’allait pas y amener ledit débat. J’apprendrai à l’avenir.

On peut remarquer bien des choses dans le discours inaugural, allant du programme économique  à la réaffirmation d’une ligne anti-élites. Nous aurons l’occasion d’y revenir, et de constater quelles parts de l’allocution relevaient des intentions sincères et lesquelles n’étaient au final que des vœux pieux et des promesses en l’air.

Je souhaite surtout ici attirer l’attention sur les paroles du nouveau président au sujet de la politique étrangère. Trump a alors mentionné que les États-Unis allaient chercher à avoir de bonnes relations avec le reste du monde mais sans jamais chercher à y imposer le mode de vie américain, réitérant aussi le droit de chaque nation de défendre avant tout ses propres intérêts. Cela est cohérent tant avec sa dénonciation de la guerre en Irak qu’avec sa ligne du “America First”, témoignant d’une volonté de se pencher désormais presque exclusivement sur les affaires internes du pays. Je ne vise pas ici à accoler à Trump un quelconque idéal humanitaire, lequel est de toute manière des plus rares en politique, mais à lancer l’idée que les États-Unis en sont peut-être à un tournant de leur histoire.

Depuis la Guerre froide, Washington tentait de jouer tant sur le hard power (interventions militaires, action des services secrets à l’étranger, etc.) que sur le soft power (emploi de divers modes de séduction) pour maintenir son hyperpuissance selon une définition totalement impérialiste. Or, les dirigeants américains semblent aujourd’hui comprendre qu’ils n’ont plus les moyens d’entretenir un empire qui s’impose d’être le gardien de la civilisation à l’échelle planétaire. “Make America Great Again”, cela ne signifie pas “Make the World Great Again”.

Le cas de l’Union européenne est tout particulièrement intéressant.

On sait que ce mastodonte bureaucratique est au final un colosse aux pieds d’argile dont la monnaie unique est d’une remarquable inefficacité. Qu’il s’agisse du cas grec en 2015 ou de la situation britannique en 2016, l’UE est dans l’eau chaude. La France, cofondatrice de la construction « européenne », sera en élection au printemps. Si une victoire de Marine Le Pen apparaît peu probable, il n’en demeure pas moins presque certain qu’elle obtiendra un résultat impressionnant. Or, le parti de Le Pen a une ligne anti-UE depuis plusieurs décennies. Il va de soi que le « modèle Trump » donne de l’eau au moulin de tous ces partis « eurosceptiques », un terme très mal choisi pour désigner des formations qui ne sont en aucun cas « sceptiques » face à cet échec total qu’est l’Union européenne.

Dans un texte qui n’est certainement pas exempt de vertus pédagogiques, Sam Haroun écrivait que l’enthousiasme que porte Trump pour le Brexit –ajoutant aussi que d’autres pays pourraient suivre- ne témoigne que d’une volonté d’affaiblir un grand ensemble économique capable de rivaliser avec Washington. Je suis en désaccord avec cette analyse. Les États-Unis ont déjà une influence très forte sur l’UE et n’ont aucun intérêt politique à la démanteler. Sous Trump, on pourrait plutôt percevoir une nouvelle indifférence, en plus d’une sympathie pour des courants pouvant sembler similaires à celui qu’il incarne lui-même.

Nous continuerons à suivre avec intérêt ce que sera la « doctrine Trump » en matière de politique étrangère. Espérons, pour le bien des États-Unis comme pour celui du reste du monde, qu’on ait véritablement compris, à la Maison-Blanche, qu’il n’y aura plus d’hyperpuissance américaine comme par le passé.

Source : Le journal de Monréal via Le Blanc et le Noir  
photo empire

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard26 janvier 2017

    Curieuse analyse, car l’on peut en avoir une autre, radicalement différente, à propos des discours des dix derniers jours du nouveau Président.
    1 – Détente vis-à-vis de la Russie
    2 – Agressivité commerciale vis-à-vis de l’Asie (Chine, Japon, Corée du Sud) : reprise d’un protectionnisme fort et contrôle (pas encore “contingentement”) des importations… en principe, les discours de Donald Trump permettent d’espérer l’arrêt des transferts de technologie et du travail, soit : la fin des “délocalisations d’entreprises”.
    3 – C’est le seul message à retenir pour l’Europe des économies unies, avec la cinglante critique de la folle politique immigrationniste allemande (et de la nôtre)
    En clair, un Européen autochtone ne peut que se réjouir des intentions de Trump… en attendant les actes et les résultats.

  2. Robert41
    Robert4127 janvier 2017

    Il semble peut vraisemblable que Marine Lepen, soit anti-européenne, comme le clament ses adversaires. Ce qui est certain, c’est que le système européen, tel qu’il est : – Elle n’en veut plus ! et elle n’est pas la seule. C’est celui qui est aux mains d’une Justice européenne décalée, voir absurde dans ses attendus, de technocrates tiraillés par des lobbies et qui ne représentent que des réseaux et aucune légitimité électorale ; mais aussi, d’une Défense et d’une Politique européennes, inexistantes ; nous vassalisant à un Imperium américain humiliant. Enfin et pas le moindre, l’acte unique, cette création du socialiste Jacques, Delors, partant d’un bon sentiment, comme toujours avec la Gauche. – Delors souhaitait relancer l’Europe économique sceptique après le choc pétrolier de 1970. Le résultat, c’est la modification du traité de Rome de 1957. La liberté de circulation des marchandises du fameux marché commun, s’est transformée dans un marché unique. Par le fait, l’Europe s’est dopée à l’esprit de compétition. Celui-ci a été favorable aux tricheurs ( dumping social, délocalisation industrielle, destructions économiques ) – Ainsi, l’Allemagne industrielle, forte de ses produits de luxe et bercée par son fameux slogan ” Deutsch qualitat ” a été la grande gagnante. Elle a profité pleinement de cette dérégulation delorienne, pour concentrer par polarisation de ses moyens industriels, les richesses que le marché unique lui permettaient. Le problème, c’est que les états périphériques européens, n’ayant pas une ossature industrielle suffisante, ont été pénalisés. Ainsi, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie ont été les grands perdants ; même l’outil industrielle de la France a été perdant par le retard dans l’innovation industrielle (faute chiraquienne). Ce marché delorien a activé les facteurs de productions que sont le Capital et le Travail. Ils ont migré hors de la zone européenne pour se goinfrer, au préjudice d’un déséquilibre social européen contaminant. Ce qui explique le malaise actuel à raison d’un déséquilibre qui n’a pas été corrigé par la Commission Européenne qui persiste dans cette folie. A ce demander si la Commission européenne ne soit pas devenue une agence allemande ? Car cette folle compétition destructrice n’a pas été sanctionnée, impliquant un avantage pour le tricheur et une contrainte pour les autres. Un carcan déloyal germano-américain d’essence ultra-libéral, envenime une équité européenne. Sa cible c’est le social et les états faibles. Un dirigisme qui va jusqu’à formater les autres chefs d’État à une fiction immigrationniste comme la chancelière Merkel l’a prescrite. Ce constat démontre que l’Europe doit se scinder car rien ne va plus avec ce système équilatéral. Voilà ce qui me semble être la réponse à votre analyse d’une Marine, Lepen déclarée anti-européenne.

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