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Paul-Marie Coûteaux : «François Fillon doit lire Gramsci»

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Paul-Marie Coûteaux : «François Fillon doit lire Gramsci»

Paul-Marie-Coutaux

Paul-Marie-Coutaux

Paul-Marie Coûteaux* ♦

La droite française, déstabilisée à la première bourrasque alors qu’elle se veut, à juste titre, majoritaire dans le pays, devrait réfléchir à sa fragilité.

Elle semble ne pas comprendre le moment historique, ni même savoir ce qu’elle est dans ce moment, au point que, incapable de faire bloc, elle se laisse manœuvrer par toutes les opérations de l’adversaire. Pourtant, la théorie gramscienne du «bloc historique», qu’on cite sans cesse mais en ne l’effleurant que du bout de l’aile, et sous son acception la plus lapidaire (l’idée que la pensée précède le combat politique – «Au fond des victoires d’Alexandre, on trouve toujours Aristote» comme disait de Gaulle) donnerait de fameuses clefs, si du moins on se donnait la peine de l’étudier de plus près.

Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l’ensemble d’une société autour de paradigmes communs.

Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l’ensemble d’une société autour de paradigmes communs – subversifs d’abord, puis peu à peu dominants, avant de se faner et décliner. Ces ensembles idéologiques sont d’abord élaborés par les «intellectuels centraux» (écrivains, universitaires, autorités morales qui, par des livres ou des revues, «donnent les mots») avant de faire peu à peu système et «d’infuser» par degrés l’ensemble de la population: les intellectuels de seconde ligne (professeurs, instituteurs, journalistes…), puis les dirigeants politiques, les hauts-fonctionnaires et les magistrats, les chefs d’entreprise, les professions libérales, et, par degrés, l’ensemble d’un peuple ainsi soudé autour de «points de communion». S’est de la sorte constitué, dans les années 70 (en France, les dates majeures sont 1968, 1974 et 1981), un bloc historique progressiste, fait de cette gauche particulière que Chevènement nomma «gauche américaine», celle qui tient que la «modernité» a toujours raison et le passé toujours tort, et qui croit même que l’on peut tout changer, peuples, hommes, femmes, institutions etc. -voir son slogan de 1974, «Tout est possible».

La doxa moderniste conquit finalement l’immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» [qui] perdit jusqu’à son nom

En quelques années, une jeune escouade de «déconstructeurs» (de la langue, des codes et, surtout, du socle politique classique – Etat, nation, civilisation), donna mots et paradigmes à la vaste ruche des professions intellectuelles ; ils finirent par devenir omniprésents à l’université, dans l’édition, puis dans les médias, parmi les cléricatures et les magistratures, et même chez les grands patrons, lesquels trouvèrent grand intérêt au fameux «jouir sans entrave» qui fut le passeport du consumérisme à outrance, comme le «sans frontiérisme» festif fut celui du libre-échange généralisé. La doxa moderniste conquit finalement l’immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» – celle-ci finit même par accepter de se lire dans une typologie extérieure, et très contestable, celle de René Rémond dont deux des trois branches l’orléanisme et le bonapartisme sont en fait des centrismes… La droite perdit ainsi jusqu’à son nom, ce légitimisme ou, pour mieux dire, ce classicisme politique qui ne sut jamais actualiser ses paradigmes et mots de passe, ni conséquemment se rassembler, et qui, divisée, se laissa exclure du débat public.

Vers le grand renversement

Une génération intellectuelle domine en général une trentaine d’années -telle la génération précédente, que l’on peut dire «de la reconstruction», qui fut dominante entre 1944 et 1970, déclinante ensuite. Celle qui prit tous les pouvoirs dans les années 70 et 80 devrait donc disparaître depuis quelques années. Certes, elle s’épuise: le Non de 2005 prit à angle droit la pensée unique – les oligarques se revanchant vite à Lisbonne. Plusieurs de ses bastions se lézardent: il n’est un secret pour personne que la presse de gauche vit sous perfusion d’argent public, tandis que celle de droite progresse. L’éclatante réussite de la Manif Pour Tous, celle du Puy du Fou exhumant l’archaïque national (est archaïque non ce qui est vieux et passé, mais au contraire ce qui fonde et ne passe pas), les succès de librairie de Patrick Buisson, Philippe de Villiers ou Eric Zemmour sont autant de signes ; par dessus tout, on voit peu à peu ressurgir une droite classique (Patrick Buisson parla de «révolution conservatrice») dont la manifestation fut la victoire aux «primaires» de François Fillon, le catholique qui refuse Babel, ne croit pas que les arbres montent au ciel ni que l’on puisse dépenser sans limite, qui entend restaurer les frontières, l’Europe des nations, les enseignements classiques -on pourrait dire un «identitaire», comme le fut de Gaulle.

Si la victoire politique est si difficile, c’est que la droite a négligé un travail intellectuel qu’elle ne regarde encore qu’avec un profond mépris

Hélas, si le grand reversement idéologique est différé, et si la victoire politique est conséquemment si difficile, c’est que la droite française, qui n’a soutenu nul écrivain, nulle revue, nul grand média capable de jouer le rôle décisif que joua par exemple, dans la génération précédente le Nouvel Observateur, a négligé un travail intellectuel qu’elle ne regarde encore qu’avec un profond mépris -ou non moins profonde paresse. Significative fut la mésaventure d’une revue lancée en 1998 par Philippe Séguin, Une certaine Idée, que j’eus l’honneur de diriger aux cotés de Jean de Boishue, et qui releva le gant du «débat d’idées» jusqu’à ce que, dès sa création, l’UMP la fasse disparaitre au profit d’une Fondation, la FondaPol, confiée à… un homme de gauche

La complicité entre puissances d’argent, médias et magistrature joue encore à fond

On comprend la violence des jours que nous vivons, qui sont peut-être ceux de la crise maximale: le bloc UMPS disparaît (qui peut encore assimiler Hamon et Fillon?), la droite, en son cœur légitimiste, menace directement, et au moment crucial des présidentielles, un bloc soixante-huitard attardé qui jette ses dernières forces de ses derniers bastions et cela sans préparation idéologique sérieuse, de sorte que, comme on voit hélas, elle se débande assez vite – à commencer par les parlementaires «républicains» qui révèlent à cette occasion combien la presse de gauche a prise sur eux, et si profondément qu’ils utilisent le vocabulaire même de leur adversaire. Pendant ce temps, la complicité entre puissances d’argent, médias et magistrature joue encore à fond: un article le mercredi, une audition le vendredi, un mauvais sondage le dimanche, une perquisition le lundi puis vient le pilonnage médiatique, certes disproportionné (les problèmes qui font sous nos yeux disparaître la France comme nation, comme Etat et comme civilisation sont sans rapport de gravité avec la façon dont le candidat a utilisé son enveloppe parlementaire) mais capable de faire vaciller le favori, issu pour la première fois depuis longtemps d’une droite assumée – mais si mal préparée au combat idéologico-judiciaro-médiatique qu’elle n’a pour arme qu’internet, ou des manifestations de rue. Bref: les mains nues.

La gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée

C’est pour cela que M. Fillon doit tenir coûte que coûte ; et qu’il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique, à commencer par reformuler les paradigmes du classicisme français qui permettront de réunir ses composantes et de conquérir les places décisives, à l’université, dans l’édition, dans les médias et la haute fonction publique sans lesquelles il n’est pas de légitimité forte, donc par de puissance de gouvernement. Au passage, souhaitons que la droite étourdie, du coup la plus bête du monde, sache enfin sortir du piège de Mitterrand qui depuis trente ans la coupe en deux, et jouer des porosités avec le FN. Si, alors que la relève est pourtant là, et que les jeunes plumes ne manquent pas, nous échouons à opérer ce grand renversement qui est dans le rythme même de l’Histoire, il est possible qu’une autre relève, un modernisme plus violent encore (tel le trans-humanisme) prenne sa place, et nous partons alors vers une «civilisation» qui n’aura rien à voir avec ce que nous appelons encore la France. Pendant ce temps la gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée, tirant encore de fameuses salves sur une droite sans leviers ni relais et plongée dans l’hébétude.

Il est donc temps de lire Gramsci, puis, comme disait Boutang, de «reprendre le Pouvoir» -de le reprendre réellement, et de l’exercer.

Source : FigaroVox

*Paul-Marie Coûteaux, né le 31 juillet 1956 à Paris, est un haut fonctionnaire, essayiste et homme politique français. Il a été député européen souverainiste de 1999 à 2009.

  1. petitjean
    petitjean11 février 2017

    Monsieur Coûteaux devrait dire la vérité qui est toute simple à comprendre :

    la droite ET la gauche c’est exactement la même chose. Et pour s’en convaincre il suffit de faire le bilan de leurs politiques depuis 40 ans.
    la droite ET la gauche mettent en œuvre le projet européiste-mondialiste.

    la ligne de fracture idéologique est aujourd’hui entre les souverainiste-identitaires et les européiste-mondialistes

    Voilà la réalité des choses

    Monsieur Coûteaux pourrait au moins le dire et sans fioriture

    Au lieu de cela il tourne autour du pot

  2. Robert41
    Robert4112 février 2017

    L’écurie politique française n’a plus d’étalon de monte mais des juments à remplir. Véritable désastre pour l’avenir de nos héritiers ; car ils auront peut être, la mémoire d’un passé honorifique, comme tous ces peuples perdus, archivés sur les étagères des fonds de bibliothèques ; mais n’auront plus le choix de leur destin, puisqu’ils seront sans aucun doute, dans une prison sociale et économique. Ce qui indiffère un certain philosophe normand, qui persiste à attendre le petit doigt levé, le coup de grâce … Quel fumiste quand-même cet homme de noir vêtu qui s’enchaîne sur les plateaux, d’une thérapie verbale insatiable tout comme sa production écrite … N’en fait-il pas trop ce fils d’ouvrier agricole , qui vaut bien celui de l’industrie et d’autres ressources de gamelle. Attendre dit-il l’inévitable ; en raison d’une vertu philosophique nietzschéenne ! – Une main bien épaisse dans la gueule parfois ça remet les idées en place ; en tout cas c’est le monde d’où je viens. Ne voyons-nous pas qu’une prison est en cours de construction sur notre propre sol ? Un parc zoologique du genre humain, protégé par des grilles sécuritaires d’évitement et une assistance de soins alimentaires et pharmaceutiques. Drogues, alcools et psychotropes sont les régulateurs d’une société carcérale. Nous y sommes déjà. La France est gravement malade. Cela remonte depuis cette Révolution sanglante, qui n’a rien à voir avec le Peuple … Tout comme mai 1968. Mais avec une catégorie sociale élitiste qui veut profiter et vivre de l’exploitation de la misère. C’est celle de la vieille Bourgeoisie, dont le viatique est la division, le mensonge et la guerre. Le pire, c’est que cette bourgeoise a trouvé son maître. Un persécuteur que l’on ne peut désigner. Mais qui se cache derrière le Pouvoir bancaire et le Pouvoir de la communication ? – Ces deux pouvoirs essentielles pour dominer par représentation ; comme l’étaient bien-avant : La religion et le militaire. Ne sont-ils pas les donneurs d’ordres ? – Capables d’instrumentaliser chantage et viles manipulations pour placer un exécutant provocateur à leurs services. Ce n’est pas indignez-vous mais révoltez-vous de ce mal qui opère à travers la planète ! – Ce monde d’escrocs jubile de nos divisions, par l’écot de sortie de prêche, jeté au misérable planton de porte, pour l’enrichir d’une humiliation. C’est un sentiment personnel et j’espère que je me trumpe fortement …

  3. John Wayne
    John Wayne17 février 2017

    La Droite Française est certainement la plus attaquée du monde …! On sait qu’il faut un certain temps pour que la prise de conscience opère…. Le centre-droit Français avait peur de son enthousiasme économique , de son désir de ” réformes ” , et cherchait le ” consensus ” pour éviter les remous ….et convaincre en fait cette Gôôche conservatrice …. ça y est, c’est fait ! Les Français sont murs ,et ont intégré les approches proposées par F.Fillon qui grâce à sa conviction et détermination va hisser le Pays à un niveau très satisfaisant et en relançant le ” couple ” Franco-Allemand redonner à l’Europe ses lettres de ….Forteresse ! Amène ( – toi FF ! ) !

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