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1812 : Guerre des partisans et désastres de la guerre

Campagne De Russie

1812 : Guerre des partisans et désastres de la guerre

Rémy Valat, historien ♦

Ils n’avaient pas de pain et ils allaient pieds nus…

« Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche. Après la plaine blanche, une autre plaine blanche. On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau. Hier la Grande Armée, et maintenant troupeau. On ne distinguait plus les ailes ni le centre….Il neigeait, il neigeait toujours ! … On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus. » Victor Hugo.

la-guerre-de-partisansCe n’était pas la première fois que l’Aigle baissait la tête. Déjà, après l’échec du siège de Saint-Jean d’Acre, le général Bonaparte replia son armée à travers le désert de la Syrie vers le delta du Nil (1799). Là-bas le désert, et maintenant le gel. En 1812, Napoléon engage la Grande Armée contre la Russie, principal allié et partenaire commercial de l’Angleterre. 440 000 hommes venus de toute l’Europe franchissent le Niémen en juin, 20 000 environ reviendront à la fin de la même année. 95% des effectifs ont été mis hors de combat ou sont morts de froids

La campagne de Russie marque un tournant dans la pensée stratégique russe

Le général Barclay de Tolly, refuse le combat et se dérobe pour éviter une défaite face à la Grande Armée. Cette retraite est vécue comme un déshonneur par la population et la cour impériale russe : nul souvenir de l’échec de Charles XII, dont la défaite à la Poltava en 1709, était le résultat de l’épuisement logistique de ses troupes. Il n’y avait aucun plan préconçu, la stratégie qui vainquit Napoléon se mit en place d’elle-même, souvent le fruit de l’initiative d’officiers entreprenants.

Denis Davidov (1784-1839) est l’un d’entre-eux. Hussard et homme de lettres, il lui vint l’idée de harceler la Grande Armée. Fin tacticien, Davidov avait relevé les potentialités de la guérilla espagnole, et reprit l’idée à son compte. Avec quelques cavaliers irréguliers, ses poulk de cosaques, il attaque les convois de vivres et décime les isolés et les trainards. Le traineau de l’empereur sera un temps en vue, mais ses hommes ne pourront pas s’emparer de sa personne (en 1813, le général Gourgaud sauvera la vie de Napoléon, près d’être embroché par un cosaque).

L’essai de Davidov, La guerre de partisans, paru aux éditions du CNRS (collection Biblis) est un « retour de mission », un commentaire et une analyse des procédés de la « petite guerre ». Davidov a eu une intuition capitale, car le ravitaillement ne fût jamais un réel point faible pour la Grande Armée : Napoléon négligeait le confort de la troupe, et celle-ci se nourrissait sur l’ennemi, la mobilité et l’effet de surprise primaient. L’intendance, à la traîne, achetait des vivres, les soldats pillaient et les cavaliers fourrageaient pour leurs montures. L’armée impériale se déplaçait en corps indépendants qui épuisaient les ressources des territoires qu’ils traversaient. Ces corps étaient suffisamment proches pour se rassembler et acquérir la supériorité tactique ou numérique souhaitée, mais c’était à ce moment précis, que les besoins logistiques étaient les plus importants. Napoléon étirait trop ses lignes de communication et de ravitaillement, ce fût le fondement du traquenard d’Austerlitz (1805).

Ce petit livre est un essai sur la guerre des partisans, et non sur la guérilla. La population russe fait corps contre l’envahisseur. Il n’est aucunement ici question d’action psychologique et de ralliement de la population : la guerre est patriotique.

Denis Davidov, La guerre des partisans,1812 La campagne de Russie, préface de Gérard Challand,  éditions CNRS, collection Biblis, 124p, 8€.
Illustration : Campagne de Russie, Moscou en feu. Flickr

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