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Pompidou, Chaban, Giscard, Barre, Balladur…Fillon : les coups du père François des Présidentielles

Le Coup Du Père François

Pompidou, Chaban, Giscard, Barre, Balladur…Fillon : les coups du père François des Présidentielles

Hervé Montbard ♦

Le coup du père François est un procédé qui consiste à prendre quelqu’un en traître, c’est-à-dire à agir de façon déloyale. Le monde politique est un des terrains favoris pour l’exercice de cette pratique. On assiste à chaque élection présidentielle à ce genre de manœuvres, elles ont parfois réussi.

ragots-photos-truquees-2Petit retour en arrière : en 1968, éclate ce qu’on a appelé l’affaire Markovic du nom d’un voyou yougoslave, ami de la famille Delon, et qui aurait été mêlé à des parties fines, notamment avec l’épouse de l’ancien premier ministre Georges Pompidou dont on sait qu’il a l’ambition de se porter candidat à la succession du général De Gaulle. Le cadavre de Markovic est retrouvé tué d’une balle dans la nuque le 1er octobre 1968. Des rumeurs circulent alors concernant madame Pompidou. La base du SDECE de Paris ira jusqu’à publier des photos truquées pour l’impliquer dans des parties fines. Cette affaire rebondira en pleine campagne électorale en mai 1969 et ne sera définitivement close qu’en juin 1977 par le non-lieu prononcé en faveur de François Marcantoni qui avait été soupçonné d’avoir commandité l’assassinat de Stefan Markovic. Cette affaire n’a pas empêché Georges Pompidou d’être élu à la présidence de la République quelques mois plus tard.

ragots-chabanEn janvier 1972, le Canard enchainé, puis Minute publient une information qui va avoir de lourdes conséquences pour le Premier ministre de l’époque, Jacques Chaban-Delmas. Encore une histoire d’argent et de politique. Ces deux hebdomadaires publient les déclarations fiscales de Jacques Chaban-Delmas, alors très populaire et ambitieux qui se voyait bien comme le candidat gaulliste succédant à Georges Pompidou, à l’issue de son mandat. Rien d’illégal, mais que le président de l’Assemblée nationale n’ait pas payé d’impôt en ayant profité à plein de l’avoir fiscal (une nouveauté des années 1960 qui permettait de récupérer, au titre de l’impôt sur le revenu, les sommes déjà versées au titre de l’impôt sur les sociétés, mesure disparue en 2004) et de la franchise d’impôt en tant que président de l’Assemblée nationale passe évidemment très mal. Le ministre des finances, Valéry Giscard d’Estaing est accusé d’être à la manœuvre. Reste que Chaban, qui craignait d’être “discrédité” et “déqualifié” le sera. Il s’effondre dans les enquêtes d’opinion, sera même débarqué de Matignon en juillet 1972, en partie pour cette raison et balayé lors de la présidentielle de 1974 où il n’obtiendra que 15% des voix.

ragots-bokassaEn octobre 1979, éclate l’affaire dite des diamants de Bokassa. Le Canard enchainé accuse le président Valery Giscard d’Estaing. Il faut dire que les relations entre la France et la Centre Afrique s’étaient détériorées après qu’une commission de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) ait mis directement en cause le président Bokassa dans la répression d’une émeute étudiante. En octobre 1979, le Canard enchainé publie le fac-similé d’une commande réalisée en 1973 d’une plaquette de diamants d’une valeur de 30 carats destinée, dit-il, à Valery Giscard d’Estaing. La campagne électorale de 1981 est polluée par cette affaire qui ne verra son épilogue qu’en 2008 lorsque le journaliste Pierre Péan reprend l’enquête et confirme, preuves à l’appui, qu’elle ne reposait sur aucun fait tangible. Mais, en 1981 Valery Giscard d’Estaing n’obtient que 48.14% des voix au second et François Mitterrand est élu.

ragots-barreEn 1988, c’est Raymond Barre qui est visé. Il a été premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing de 1976 à 1981. Il est candidat à l’élection présidentielle contre François Mitterrand et Jacques Chirac. C’est à travers son épouse, née Eva Hégédus, d’origine hongroise qu’il est visé. Elle est juive et en dépit de cela elle a été très liée pendant la guerre avec le chef de la Gestapo de Budapest. Elle est accusée par une certaine presse d’être un agent de l’Union Soviétique… Raymond Barre n’obtiendra que 16,84% des voix. François Mitterrand est réélu.

ragots-balladurragots-1981-AFFICHEchiracEn 1995, c’est Edouard Balladur qui est la cible d’attaques qui ont cessé dès qu’il fut assuré qu’il ne serait pas Président de la République. Le Premier Ministre caracolait en tête dans les sondages. Il est accusé d’avoir perçu des commissions occultes entourant la vente de trois sous-marins au Pakistan qui auraient servi à financer sa campagne électorale. Aucune preuve de ces éventuelles malversations n’a été apportée. Balladur est éliminé au 1er tour avec 18,58% des voix au profit de Jacques Chirac. Très opportunément, l’affaire rebondit en décembre 2011 à 6 mois de l’élection présidentielle et vise alors, certes Edouard Balladur, mais aussi Nicolas Sarkozy, président sortant qui va se représenter. Il a été le directeur de campagne de Balladur en 1995. Des actions en justice sont relancées, le juge Marc Trévidic est chargé de rouvrir le dossier. Mais depuis plus de 5 ans l’affaire n’est plus d’actualité, après que Sarkozy ait perdu l’élection face à François Hollande.

Doit-on  évoquer les aléas de Dominique Strauss-Kahn en mai 2011 qui l’ont empêché d’être candidat un an plus tard, les multiples candidatures de gauche (Jean-Pierre Chevènement, Christiane Taubira, Noël Mammère, Robert Hue) en 2002 qui ont capté plus de 16% des voix et empêché Lionel Jospin d’accéder au second tour qui n’obtient que 16.18% des voix au premier tour? Dans ces deux derniers cas, la « main » de François Hollande a pu être évoquée.

Et en janvier 2017, les deux candidats dont la présence au second tour était assurée il y a encore un mois sont la cible des foudres judiciaires. Chacun connaît les détails de ces mises en en cause, et sans préjuger de leur véracité et de la compétence des juridictions à la manœuvre, on peut tout de même remarquer que pour François Fillon, les démarches judiciaires ont été extrêmement rapides et pour Marine Le Pen, la mise en œuvre de l’action de la justice a opportunément attendu le moment de la campagne électorale.

Là encore François Hollande est soupçonné de s’être intéressé à ces affaires. Si ici, un non-lieu est finalement prononcé, l’élection pourra-elle être annulée ? La solution résiderait-elle dans ce que certains appellent une « trêve judiciaire » en période électorale qui serait institutionnalisée pour éviter que des manipulations viennent entacher les campagnes ?

Que dirait-on si dans un autre pays, disons au hasard en Russie, les deux principaux favoris de l’élection présidentielle contre le président sortant, étaient la cible des instances judiciaires? Qui nos médias “mainstream” montreraient du doigt sinon Vladimir Poutine le président sortant ? Notons qu’ils sont pour l’instant très silencieux sur le sujet.

Illustration tirée du roman policier Le coup du père françois, commissaire san antonio aux éditions “Fleuve Noir”.
  1. Robert41
    Robert416 mars 2017

    Excellente analyse.

    A vrai dire, je ne supporte plus les François …

  2. guydu
    guydu7 mars 2017

    Oui c’est inquiétant de voir comment les électeurs sont manipulés. La démocratie est-elle comme le disait une illustre britannique la pire des cformes de gouvernement à l’exception de toutes les autres”. On peut peut-être en douter.

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