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Chili : la plus grande mine de cuivre en grève

Chili

Chili : la plus grande mine de cuivre en grève

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Michel Esteban ♦

Les travailleurs d’Escondida au Chili, la plus grosse mine de cuivre au monde, propriété de l’anglo-australien BHP Billiton, ont entamé depuis deux semaines une grève “dure” pour demander des hausses de salaires.

Le conflit commence à inquiéter sérieusement les marchés. La grève a été approuvée par “99,9%” des quelque 2.500 salariés d’Escondida, après des semaines de négociations infructueuses avec l’actionnaire principal. Cette mine du nord du Chili produit environ 927.000 tonnes de métal rouge par an, soit 5% de toute l’offre mondiale. C’est énorme. Les mineurs, qui travaillent  douze heures quotidiennes pendant 7 jours puis se reposent une semaine, ont installé un campement provisoire à l’extérieur de la mine et constitué un fonds de soutien de 250 millions de pesos (390.000 dollars).

La compagnie BHP Billiton, principal actionnaire de la mine, a de fait annoncé carrément la suspension de la production pour au moins les 15 premiers jours du mouvement, qui pourrait durer plus longtemps que celui de 2006 (25 jours). En fait, l’entreprise refuse de céder aux exigences des employés, qui réclament une hausse de 7% des salaires et un bonus de 25 millions de pesos (près de 39.000 dollars) contre 8 millions de bonus proposés par la direction sans augmentation de salaires.

La mine d’Escondida a les travailleurs les mieux payés du Chili, avec des salaires moyens de 150.000 dollars par an et c’est bien d’ailleurs parce qu’ils sont privilégiés et bien organisés que les mineurs d’Escondida peuvent se permettre un tel conflit. En 2015-2016, Escondida a souffert très sérieusement de la chute des cours du cuivre, plombés par l’essoufflement de la demande chinoise. BHP Billiton avait dû licencier une centaine d’employés début 2016 et même réduire les s avantages des salariés.

Le sort de ce site de production stratégique inquiète les marchés, qui craignent une hausse des prix, d’autant que la situation semble également instable dans la deuxième mine du monde, Grasberg en Indonésie, gérée par l’américain Freeport-McMoRan, après de nouvelles réglementations minières. En fait, les réserves de cuivre en stock demeurent importantes et si le cours du cuivre a fortement augmenté fin 2016 c’est qu’il y a une spéculation en cours (+30 % en un an) afin de profiter de la perspective de chantiers d’infrastructures aux États-Unis après l’élection de Donald Trump (6.045,50 dollars la tonne fin novembre). La Chine, premier consommateur mondial, est aux aguets car elle pourrait pâtir “de pénuries saisonnières” liées à la grève chilienne d’autant que le géant asiatique a retrouvé l’appétit en 2016 (importations record de cuivre à 4,95 millions de tonnes), dopé par un boom du marché immobilier et par un gonflement  des dépenses de Pékin dans les infrastructures même si le gouvernement chinois qui commence  à s’endetter ne pourrait plus maintenir en 2017 un tel niveau de dépenses d’infrastructures.

Depuis ce  7 mars 2017, la grève sur le site chilien d’Escondida est devenue la plus longue de son histoire, après 26 jours d’arrêt de travail sans aucune perspective à l’heure qu’il est de sortie de crise. «Aujourd’hui nous en sommes à 26 jours (…) mais nous avons pris une décision, avec les travailleurs, d’être en grève le temps qu’il faudra. D’ailleurs nous envisageons que la grève aille peut-être au-delà des 60 jours», a expliqué aux journalistes le directeur du syndicat, Carlos Allendes, après s’être réuni à Santiago avec des représentants du ministère du Travail. Les discussions entre direction et employés sont au point mort. Les mineurs réclament toujours à l’entreprise le maintien des avantages négociés en 2013 et des temps de repos.

Le Chili, plus gros producteur de cuivre au monde, couvrant près d’un tiers de l’offre mondiale, a toujours connu depuis le début du siècle des mouvements sociaux très durs. On lisait Proudhon à Santiago dans les années 20.

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