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Viva Verdi ! Concert lyrique Léo Nucci – Patrizia Ciofi à l’Opéra d’Avignon

Avignon Ciofi Nucci

Viva Verdi ! Concert lyrique Léo Nucci – Patrizia Ciofi à l’Opéra d’Avignon

Hervé Casini ♦

Soirée délirante à l’Opéra d’Avignon à l’occasion d’un rendez-vous exceptionnel donné par celui qui, parmi tous les compositeurs d’œuvres lyriques, demeure le plus populaire, à savoir Giuseppe Verdi, et deux de ses ambassadeurs les plus généreux, à travers le monde, la soprano Patrizia Ciofi et le baryton Leo Nucci.

Patrizia Ciofi et Léo Nucci

Patrizia Ciofi et Léo Nucci

Jamais peut-être n’avions nous assisté, ces dernières années, à un concert lyrique si engagé et, finalement, si proche d’une mise en espace d’opéra ! Il faut dire que le programme choisi par nos interprètes s’y prêtait tout particulièrement puisqu’ils avaient choisi d’interpréter uniquement des extraits de deux des opus les plus célébrissimes du maître de Busseto : La Traviata, pour commencer, et Rigoletto, après l’entracte. De fait, sans décors ni costumes (quoique, pour la première partie du programme, la superbe robe noire portée par « la » Ciofi nous transporte dans une atmosphère proche du Senso de Visconti !) mais avec l’ajout seul de quelques accessoires (deux fauteuils stylisés, qui donneront le ton de la conversation bourgeoise à la terrible scène qui se joue pour le destin de Violetta, et une canne à pommeau pour Germont père, symbole de son autorité mais aussi de l’étroitesse d’esprit de son monde), nous sommes face à deux bêtes de scène qui vont donner à voir et à entendre la dramaturgie verdienne dans sa force la plus pure.

D’ailleurs, en deuxième partie, accessoires et costumes trop « marquants » ont disparu pour ne laisser face à nous, dans la couleur musicale oppressante voulue par Verdi, que la douleur et l’amour d’un père pour sa fille. De l’art lyrique, tout simplement. Pour chacun des « levers de rideau », l’orchestre régional Avignon-Provence nous gratifie tout d’abord d’une ouverture de Nabucco, faisant souffler un air « risorgimental » sur le théâtre avignonnais, puis de la belle sinfonia de Luisa Miller, qui nous plonge en plein romantisme. Dirigé avec l’amour du travail bien fait par Luciano Acocella, habitué des lieux mais peut-être encore ce soir-là plus concerné par ses deux solistes, pour lesquels il est attentif à chacune des intentions et à chacun des accents, l’orchestre donne à entendre une fort belle homogénéité, avec un bon point supplémentaire pour des cordes à la souplesse bienvenue dans un prélude de l’acte I de Traviata parfaitement dessiné.

Que dire de l’aspect vocal de ce concert qui n’ait été déjà dit pour saluer deux artistes rarement pris en défaut de « service minimum » dans leur – pourtant longue – carrière ?

Dira-t-on jamais assez que Leo Nucci- 75 ans dans quelques mois et qui n’était plus revenu en Avignon depuis un Trouvère en 1983…- est l’un des derniers « monstres sacrés » d’un art lyrique italien, longtemps pétri d’enthousiasme et de technique infaillible ? Avec lui, alors qu’il donne à entendre les principaux airs et duos de Germont et du bouffon tragique, on devrait détailler chacune des inflexions vocales liées aux expressions du visage et du corps qui en font, on le sait, l’un des chanteurs-acteurs les plus fascinants des cinquante dernières années !

Nettement plus en forme que lors de son Nabucco monégasque, il y a quelques mois, le « roi Leo » montre au public qu’en matière de souffle, de legato, de contrôle du vibrato et de puissance, il n’a rien à envier à de plus jeunes barytons actuellement en pleine carrière… Et puis quel timbre… d’authentique baryton, celui-ci !!! Bravo, maestro.

« La » Ciofi, elle-aussi, ce soir-là, a permis au public de côtoyer les anges : on a pu, parfois, trouver cette toujours attachante interprète tendue dans ses aigus et aux prises avec des notes de passage un peu blanches… Absolument rien de tel lors de ce concert où Mme Ciofi, totalement libérée techniquement, laisse son organe se développer au gré des exigences dramatiques de Violetta et de Gilda ! Il en résulte des moments absolument irrésistibles (la reprise de « Sempre libera » dans Traviata et un « Caro Nome » aux aigus ronds et cristallins) qui mettent le public et l’interprète en état de grâce !

Après deux heures de pur bonheur lyrique clôturées, comme souvent lorsque Leo Nucci incarne Rigoletto, par un « duo de la vengeance » trissé – non sans humour de la part de sa Gilda ! -, on avait tout simplement envie de crier dans un théâtre qui avait du mal à se vider : « Viva Verdi ! »

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