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Le Mali à nouveau abandonné ?

Mali Mosquée De Diafarabe

Le Mali à nouveau abandonné ?

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Les trois groupes djihadistes opérant dans le Sahel, dont ceux du Malien, Iyag Ag Ghaly et de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, viennent d’annoncer  leur fusion .

Le traité de paix de que nous annoncions dans un précédent article comme mort né est donc bien caduc. A quoi aura donc servi la réunion du G5 de Bamako ? On y est allé pour quoi au juste ?

Mali-carteLe nouveau mouvement djihadiste du Nord Mali est baptisé « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ». Il est dirigé par le Touareg Iyag Ag Ghaly. La nouvelle organisation jihadiste, liée à Al-Qaïda, a été formée par Ansar Dine d’Iyad Ag Ghaly, Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar et les Katibas du Macina, un mouvement dirigé par le Peul Amadou Koufa, surtout actif dans le centre du Mali. Le site de l’ANI a diffusé une photo montrant cinq chefs djihadistes assis côte à côte, arborant turbans et barbes fournies. Iyad Ag Ghali est reconnaissable au centre du dispositif, un ordinateur portable devant les yeux. Les quatre autres hommes, présentés comme des « émirs » du nouveau mouvement, ont été identifiés comme Amadou Koufa, et trois dirigeants d’Al-Mourabitoune: Elhacen Al-Ansari, Yahya Abou El Hamame et Abou Abderrahmane Assanhaj.

Le chef Touareg Iyad Ag Ghali affirme que le nouveau mouvement a prêté allégeance à des chefs jihadistes. Ces groupes qui viennent de fusionner étaient déjà clairement liés à Al-Qaïda, et certains font partie des organisations djihadistes qui ont contrôlé le nord du Mali pendant près de dix mois, à la faveur d’une rébellion touareg, à partir de mars-avril 2012. Ils avaient ensuite été chassés de cette région et en grande partie dispersés par une opération militaire internationale lancée par la France en janvier 2013 et toujours en cours.

La diplomatie française n’a fait que jouer des divisons internes aux mouvements touaregs et islamistes et cru sans doute trop aux bons offices de l’Algérie. Erreur fatale à l’heure qu’il est. Des zones entières du Mali échappent maintenant au contrôle des forces maliennes et étrangères et seront dans les prochaines semaines de tout évidence des cibles d’attaques meurtrières. les positions sur le terrain risquent donc de s’ancrer et de se consolider.

Si, pour les militaires sur place, le premier ennemi est le sable, pour les politiques, c’est l’union touareg-djihaddiste  qui semble maintenant sentir le roussi de l’explosif.  On en est donc revenu à 2012, à l’alliance des combattants d’Al Quaida au Maghreb islamique et des rebelles touaregs et ce quatre ans, après la” reconquête”.

Le Mali est-il de nouveau abandonné?

Qui s’en soucie ? Qui se soucie d’ailleurs du Yemen, de Mossoul, du Donnbass ? La guerre saoudienne au Yémen lancée le 25 mars 2015 (10 000 morts, 80% de la population ayant besoin d’une assistance humanitaire) sous le parrainage américain (supervision des opérations depuis l’US Central Command installé non loin de la capitale saoudienne) et les bombardements , le silence assourdissant sur les victimes civiles de la bataille de Mossoul et les morts quotidiens de l’Ukraine n’augurent rien de bon pour le Mali, pourtant le pré-carré par excellence de la France. Le centre à dominante peul est particulièrement exposé et menacé de déstabilisation. Les touaregs considèrent que les terres peuls font aussi partie de l’Azawad et les Peuls sont  livrés à eux-mêmes. Dans la région de Macina, ils n’ont plus d’autre choix que de s’armer pour se défendre.

La partition politique du Mali en un état fédéral reconnaissant de fait une certaine légitimité à l’Azawad pose la question  du pays, difficile à régler sur fond de prosélytisme religieux, de montée de l’Islam et de présence des Chrétiens.

L’opération Barkhane était-elle réaliste ?

Comment contrôler un territoire vaste comme l’Europe ? Nous sommes dans une zone sans frontières et Barkhane a sa base opérationnelle au Tchad  sont maintenant les attentats en milieu urbain, en particulier à Bamako. Les hôtels internationaux ou restaurants d’expatriés pourraient être particulièrement visés pour leurs effets médiatiques immédiats car ce sont des attaques à la kalashnikov faciles à mener par des petits commandos bien entraînés.

Nous sommes avec la mission Barkhane dans la contradiction d’une opération militaire classique facilement gagnable sur le terrain par la supériorité combattante française mais difficile parce qu’une lutte anti-terroriste est toujours beaucoup plus floue. On se demandait, il y a peu, dans certaines écoles militaires, si Barkhane pouvait être considérée comme le seul exemple d’une intervention étrangère réussie au nom de la lutte contre le terrorisme ? Elle ne l’est qu’en partie grâce à l’intendance qui s’est démenée avec les moyens du bord.

Illustration : mosquée de Diafarabe au Mali

Dernière minute-15.3.2017 : le Ministère de la Défense malien a annoncé que 11 militaires avaient été tués dans une attaque attribuée à des djihadistes ce dimanche 12 mars, sur la base militaire de Boulikessi, dans le centre du Mali. L’attaque est attribuée au groupe Ansarul Islam, mené par Ibrahim Malam Dicko. Des hélicoptères de l’opération Barkhane ont atterri à Boulikessi pour assister  l’armée malienne. Comme donc, on s’en inquiétait dans cet article, les attaques djihadistes augmentent dans le centre du Mali alors que par le passé elles n’étaient concentrées que dans le nord du pays. C’est un signe de détérioration. ML.

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