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Un grand journaliste s’en est allé : mort d’Alex W. Du Prel de “Tahiti-Pacifique”

Tahiti Pacifique Du Fondateur

Un grand journaliste s’en est allé : mort d’Alex W. Du Prel de “Tahiti-Pacifique”

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le vieux Gaston Flosse tombé aujourd’hui dans les bras de Marine le Pen, a dû être content. Le grand journaliste, Alexis du Prel est parti avant lui et s’est éteint le mardi 14 mars sur son île de Moorea à l’âge de 73 ans, laissant derrière lui le journalisme local vide.

Alex Du Prel, était devenu une institution de la Polynésie française, le fondateur du magazine mensuel, hebdomadaire depuis un an, Tahiti Pacifique. Tous ceux qui ont connu la Polynésie française savent qu’on y attendait à chaque fois, avec impatience la sortie du magazine. Rien à voir avec le Mayotte Hebdo de Laurent Canavate et Olivier Loyens. Nous avions croisé un guide de touristes à Raiatea qui, dans son circuit, faisait toujours passer les Américains des croisières au petit supermarché du coin et leur montrait la couverture du dernier Tahiti Pacifique en leur indiquant au passage que le directeur du journal était un américain expatrié. Même Edouard Fritch, le Président actuel de la Polynésie française lui a rendu un hommage officiel. Flosse a dû sabrer le champagne. C’est de bonne guerre : Alex du Prel en aurait fait autant s’il était mort le premier.

Tahiti-pacifique-journauxFigure incontournable de la presse polynésienne, le fondateur du magazine Tahiti Pacifique a toujours eu une place à part dans le monde des médias polynésiens. Depuis l’île de Moorea où il résidait, il relatait la vie économique, sociale et politique de la Polynésie, avec une vision qui lui était propre et qui était toujours pertinente et souvent à contre courant. Elle irritait souvent mais ne laissait jamais indifférent. Dans un monde de la presse si conformiste, si rampant, Alex du Prel a toujours su garder sa liberté de penser et cultiver sa différence, ce fameux esprit critique qui est le sous-titre de notre propre magazine. Homme courageux, plusieurs fois menacé de mort pour ses révélations sur la mafia politique locale, les accointances de Flosse avec Chirac, (le compte japonais de Jacques Chirac, c’était lui), sa crique féroce du chantage aux indemnisations nucléaires, firent de lui une personne redoutée dans l’archipel qui jamais ne baissa les bras.

Populiste à sa manière, il avait encore choqué par un éditorial récent appuyant Donald Trump. Aventurier et très forte personnalité, il est de ceux qui en avaient et dans son humble maison avait réuni une documentation, à la fois historique et contemporaine sur la Polynésie, exceptionnelle. Il connaissait tout le monde, savait en gros dans quoi tout ce petit monde de Papeete avait trempé un jour ou l’autre. Vers la fin de sa vie, c’est du monde entier qu’on venait le visiter (du Canada, d’Australie, du Chili, du Pérou). Alors que le silence est souvent la règle en Outre-mer, il était l’un des rares hommes intègre et passionné à avoir su l’ouvrir et qui avait le courage de la parole libre, donnant vraiment du sens non seulement à la presse mais à la justice et à la démocratie française, en œuvrant en permanence pour la construction d’une opinion critique.

bleu-qui-fait-mal

Nous espérons  que son travail sera cité dans les écoles de journalisme tant son parcours atypique est exemplaire. Ses articles pillaient parfois certaines sources mais dans un souci d’objectivité, il savait souvent rectifier, se corriger et parfois même se contredire. “Errare humanum est”. C’était tout simplement un homme intelligent et d’une grande richesse intellectuelle, à la vision du monde libérale, dynamique et ouverte mais aussi – on l’oublie trop – un conteur savoureux, et nous pensons en particulier au Bleu qui fait mal aux yeux qu’il faut avoir lu.

Illustration : Alex du Prel, fondateur de Tahiti Pacifique.

 

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