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Mexique : entre accord de libre échange , militaires et Parti unique

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Mexique : entre accord de libre échange , militaires et Parti unique

Auran Derien, universitaire ♦

Depuis que Donald Trump a été élu président des États-Unis, des Mexicains affirment qu’ils sont indignés, attitude qui surprend puisque les États-Unis et les oligarques mexicains ont toujours servi à enrichir des groupes privés et à spolier le peuple. Donald  Trump est un président issu du monde de la haute finance mondialiste. A quoi rime la pantalonnade de cette pseudo protestation ?

Les trafiquants n’aiment pas l’incertitude

Une première observation pourrait être que l’oligarchie mexicaine ne sait pas encore  ce que va faire Donald Trump dans les domaines qui intéressent le Mexique. Certes, le discours de campagne du Président, appuyé sur le slogan “D’abord l’Amérique”, implique en pratique une restriction des séjours illégaux sur le territoire étatsunien, ce qui concerne plusieurs millions de Mexicains. Mais les oligarques hispano-américains ne s’intéressent qu’à leur enrichissement, en compagnie ou sous la direction de quelques associations installées de l’autre côté de la frontière.

Le gouvernement des gringos a toujours exercé des pressions  pour bloquer tout développement scientifique et technologique ainsi que toute indépendance financière. En réalité, la plupart des problèmes de cet ancien empire espagnol sont venus de l’absolutisme anglo-saxon et de son obsession des monopoles économiques. Les déclarations de Donald Trump, en faveur de son propre pays, sont normales si ce dernier est une élite conséquente. Il n’a pas à résoudre les problèmes des Mexicains qui sont trahis, comme le sont les Européens, par leurs dirigeants.

Renégocier l’accord de libre échange -TLC

Cela pourrait affecter financiers et  politiciens qui en perçoivent des prébendes, gratifications et autres soultes. Les banques apprécient fort l’argent de la drogue, de même que la CIA qui finance des programmes d’assassinats avec de tels fonds. Nous avons déjà signalé que le principal gagnant du TLC, entré en vigueur en 1994, a été l’ancien Président mexicain Salinas de Gortari propulsé au sommet de la richesse. Les produits mexicains de bonne qualité, surtout en agriculture, ont été accaparés et organisés en réseaux  bien protégés, comme l’enseigne l’exemple du maïs.

Le Mexique produit le meilleur maïs du monde. Sauf qu’il est exporté aux États-Unis dans sa quasi totalité. En sens contraire, le Mexique reçoit du voisin un maïs transgénique, un maïs qui n’est même pas utilisé pour les animaux, un vrai résidu collecté par les multinationales un peu partout. Il semble que le TLC ait accompli sa mission de vidanger les richesses mexicaines puisque le pétrole et la compagnie d’électricité ont été vendus aux entreprises étrangères par Peña Nieto, le Président actuel, affidés des parrains de Davos.

Cependant, le déficit commercial est observable du côté étatsunien. Vouloir le combler signifie remettre en cause les gains fantastiques des quelques groupes qui s’enrichissent de ces échanges. Du côté méxicain, ces mafias possèdent aussi l’industrie de la novlangue. Les vociférations apparaissent donc normales de la part des quelques familles qui ont profité du TLC et pensent perdre quelques chose si les règles changent. Elles mettent en branle, grâce à leur monopole de la propagande, les critiques de Trump et voudraient faire croire que celles-ci expriment le point de vue des Mexicains. C’est tout le contraire. Éructer contre Trump ne prouve aucunement leur patriotisme mais plutôt leur rage de perdre un peu de leurs rentes…

Une autre confusion s’observe chez les militaires

A quoi sert l’armée mexicaine ? L’ex-Président Calderon, en poste avant Peña Nieto, avait mobilisé l’armée pour  lutter contre les trafiquants de drogue. On est déjà attristé quand on prend conscience que ce politicien n’avait pas compris la différence de nature entre une armée régulière et des bandes de voyous. Les “narcos” n’emploient pas les mêmes tactiques que l’armée. On est doublement perturbé lorsqu’on sait quel rôle joue l’argent de la drogue dans les circuits financiers. Personne ne souhaite éradiquer cela. Le résultat observable est la perte de prestige de l’armée et une grande tristesse à constater qu’aucun militaire de haut rang n’a eu le courage de dénoncer cette politique sordide.

Normalement, ces forces défendent une Patrie. Elles jurent loyauté à un principe : le peuple, le territoire, le bien commun. Les forces armées sont au service de la Patrie et non d’un gang qui affirme la représenter. Si Trump donne un tour plus “patriote” à l’armée étatsunienne, les militaires mexicains vont-il suivre le même chemin ?

Le parti unique PRI-PAN va-t-il se renforcer ?

Le Parti Action Nationale (PAN) a été fondé en 1939 par un proche de Callés, politicien responsable de la guerre civile contre les “Cristeros”. Le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) a dirigé le pays pendant des décennies et est revenu au pouvoir avec Peña Nieto. La dialectique PRI-PAN, comme celle des Républicains /Démocrates aux États-Unis participe de la méthodologie  : “dissoudre” et “coaguler”. Il convient de fonder une opposition qui reste sous contrôle. Cela permet de tromper les véritables opposants car ils sont enrégimentés dans le faux parti d’opposition qui les neutralise.

Le PAN défend la nécessité de tout privatiser afin d’éviter la corruption des politiciens. Le résultat clair et net consiste à tout donner à des mafias étrangères qui transforment les autochtones en simples gérants à leur service. L’ancien Président Salinas de Gortari, signataire du TLC, était du PRI, quoi qu’il realisât un programme type PAN. Ainsi, la lutte entre le PAN et le PRI, comme cela se déroule dans d’autres pays soumis à la même tactique, consiste à chercher à privatiser lorsqu’on est au pouvoir mais à faire semblant de s’y opposer lorsqu’on ne se trouve pas aux affaires. Le PRI s’oppose au PAN sur certains thèmes afin de garder des richesses disponibles pour le moment où il reviendra au pouvoir, et vice versa. Le Mexique baigne dans cette situation. Le PRI avait freiné les privatisations que voulait réaliser le PAN jusqu’au moment de son retour au pouvoir. L’actuel Président Peña Nieto, du PRI, a privatisé pour remplir les poches de son entourage. Chacun son tour dans la course au grisbi ! Le discours de Trump sera parfaitement compris.

Un État est une entreprise comme une autre. Trump a de bons élèves au Mexique. Quelques frictions au moment de se partager ce qui reste du gâteau sont probables. Mais rien de sérieux. La route de la servitude  est bien entretenue.

Illustration : logo de l’accord de libre échange -TLC

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