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Trump – Merkel : le rendez-vous raté

Empire Européen

Trump – Merkel : le rendez-vous raté

Professeur Chems Eddine Chitour,  École Polytechnique d’Alger ♦

«Ich bin ein Berliner» «Je suis un Berlinois » John Fitzgerald Kennedy (26 juin 1963)
«L’Allemagne doit d’énormes sommes d’argent» à l’Otan et aux États-Unis.  Donald Trump (samedi 19 mars 2017)

Les deux citations  nous permettent de mesurer le désamour des États-Unis pour l’Allemagne. Pourtant le 17 mars, l’Allemagne de Angéla Merkel a pu décrocher le ticket d’être reçue par la première puissance mondiale après, il faut le dire, le Japon, le Canada et le Royaume-Uni. L’impression laissée par cette visite est qu’elle a été un camouflet pour l’Allemagne, Madame Merkel n’ayant pas eu droit à serrer la main de Donald Trump contrairement au Premier ministre japonais qui a eu la main bien secouée et même Justin Trudeau qui a hésité, dit-on, à serrer la main de Trump.

Pourquoi cette réception glacée en direction de l’Allemagne et à travers elle l’Europe?

On comprend que les États-Unis soient essoufflés en termes de compétition face à l’Europe et au Japon et qu’ils veulent changer les règles du jeu de la finance internationale . Ceci n’est pas nouveau. Souvenons-nous, en 1972 les États-Unis venaient de sortir du bourbier vietnamien. Ils ont alors fait tourner la planche à billets jusqu’à plus soif ce qui fait que les accords de Bretton Woods n’avaient plus de sens. C’est ce qu’a acté Richard Nixon en décidant de faire flotter le dollar. (1 dollar n’est plus égal à un gramme d’or! L’once qui valait 32g vaut maintenant 1260$ après avoir atteint 2000 $!) La deuxième action pour affaiblir les concurrents était de pousser l’Opep (encore elle) à augmenter les prix du pétrole. L’Europe et le Japon qui dépendaient beaucoup du pétrole furent stoppés net dans leur élan. C’est en gros ce que veut faire Donald Trump, affaiblir les autres et au besoin les menacer de ne plus les protéger!

L’histoire des relations entre les États-Unis et l’Allemagne

Tout a commencé avec la guerre en 1915 du fait notamment de l’attaque du Lusitania coulé par les Allemands parce qu’il transportait des armes dans ses soutes. Les médias- déjà tricheurs à l’époque- ont diabolisé l’Allemagne qui a par le torpillage du Lusitania , en fait un navire de guerre, tué plusieurs centaines de personnes dont une centaine d’enfants. Mises à part les deux guerres mondiales où les deux pays se sont affrontés, les deux pays ont développé des relations relativement correctes du fait que l’Allemagne est devenue la protégée des États-Unis .

L’espionnage américain en Allemagne en terrain conquis

Le 29 juin 2013, l’hebdomadaire Der Spiegel révèle que la NSA reçoit quotidiennement les données issues des communications sur les réseaux téléphoniques français et allemands. Et notamment le portable de Mme Merkel! Les relations ont été tendues à cause des affaires d’espionnage:

«La presse allemande estime que la décision d’expulser le chef des services secrets américains en Allemagne constituait une vraie «césure» dans les relations entre les deux alliés et approuvait la chancelière, face à «l’arrogance» des États-Unis. L’expulsion annoncée suite à l’arrestation ces derniers jours de deux agents espionnant en Allemagne pour le compte de Washington occupe la «une» des principaux quotidiens du pays. «Merkel n’est pas le caniche d’Obama». «C’est une césure dans l’histoire des relations germano-américaines», soulignait le quotidien munichois de centre gauche, Süddeutsche Zeitung (SZ), y voyant «un acte sans précédent de protestation contre l’arrogance américaine.»

«[L’ancien chancelier] Gerhard Schröder avait franchi un premier pas vers l’autonomie vis-à-vis du grand allié, il y a douze ans, en disant non à la guerre en Irak. Maintenant, il s’agit d’une deuxième étape», analyse le SZ, la jugeant d’ailleurs bien «tardive». Jusqu’à présent, les Allemands avaient seulement réagi avec désillusion et indignation face aux agissements des services de renseignement américains. Avec l’expulsion du chef de ses agents, le gouvernement fédéral met pour la première fois les Américains sous pression.

Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), quotidien des affaires, l’Allemagne et les États-Unis «sont au seuil d’une guerre diplomatique».
On ajoute les amendes payées sous peine de représailles par les entreprises allemandes à l’instar de Volkswagen qui a dû payer 25 milliards de dollars pour avoir trafiqué des moteurs au diesel minimisant les rejets qui nuisent à la santé des citoyens américain.

Le budget de l’Otan: la pomme de discorde

Donald Trump s’est livré à une diatribe contre l’Allemagne le 19 mars affirmant que Berlin devait payer plus pour profiter du parapluie protecteur de l’Otan et de Washington. L’Allemagne «doit d’énormes sommes d’argent» à l’Otan et aux États-Unis qui lui «fournissent une défense très puissante et très coûteuse», a tweeté le président moins de 24 heures après sa première rencontre en personne avec la chancelière allemande Angela Merkel à la Maison-Blanche.

Pourtant Mme Merkel avait assuré le président américain que l’Allemagne allait monter à 2% de son PIB la part de dépenses militaires lors de leur première rencontre en personne vendredi. «Nous nous engageons aujourd’hui à cet objectif de 2% (du produit intérieur brut, NDLR) jusqu’en 2024», contre 1,2% actuellement. Le reproche de M.Trump n’est pas nouveau, il en avait fait un slogan de campagne soulignant que les Etats-Unis, qui dépensent un peu plus de 3% de leur PIB dans la défense, portait une trop grande part du fardeau financier que représente l’Alliance atlantique. Les menaces voilées du candidat Trump ont eu d’autant plus de portée que l’Alliance est confrontée à ce qu’elle perçoit comme une posture de plus en plus agressive de la part de la Russie, après l’annexion de la Crimée en 2014 et avec le soutien apporté aux rebelles dans l’est de l’Ukraine. »

Suite à l’annexion de la Crimée, les États membres de l’Otan avaient convenu d’augmenter leurs dépenses militaires au sein de l’Alliance sur 10 ans pour qu’elles atteignent 2% de leur Produit intérieur brut (PIB) en 2024. Le PIB des États-Unis représente 46% des richesses nationales cumulées des pays alliés, mais leurs dépenses militaires (679 milliards de dollars en 2016) pèsent 68% du total des budgets de défense des 28 pays membres. Hormis les États-Unis (3,36% du PIB), seuls le Royaume-Uni (2,17%), la Pologne (2,01%), l’Estonie (2,18% du PIB) et la Grèce (2,36%) atteignent l’objectif solennellement réaffirmé en 2014 par les dirigeants de l’Otan, selon les estimations de l’Otan pour 2016.

C’est un fait et en son temps Obama l’avait exprimé avec des mots moins tranchants mais tout aussi percutants, c’était en avril 2016. Il faisait le point de la politique américaine sous sa présidence: ««Les resquilleurs m’agacent», lance le président en référence aux pays européens qui refusent de s’engager financièrement dans les coalitions militaires qu’ils défendent pourtant sur le papier. Le journaliste Jeffrey Goldberg note que «Récemment, Barack Obama a prévenu la Grande-Bretagne qu’elle ne pourrait plus se vanter d’avoir avec les USA une «relation spéciale» si elle ne s’engageait pas à consacrer au moins 2% de son PIB à la défense.» «Il faut payer votre billet», a lancé Barack Obama à David Cameron, qui a ensuite accepté de relever son budget de défense.»

La politique américaine :« Je fais ce que je veux contre les faibles  »

Il est connu que l’hubris américain n’a pas de limite. Au nom de la « Destinée manifeste » , les États unis s’arrogent le droit de dicter la norme au monde, notamment aux plus faibles. La dernière bavure en date est celle qui a vu un village syrien bombardé par l’aviation américaine. Naturellement, les organes comme l’Osdh bien installé à Londres dénoncent à tort la Russie qui a réagi avec des preuves:

«Une photo représentant un fragment du missile Hellfire retrouvé après le bombardement du village syrien d’Al-Janah devrait forcer le Pentagone à sortir de son silence, indique le ministère russe de la Défense. La Russie attend des commentaires du Pentagone au sujet du bombardement du village syrien d’Al-Janah,. (…) Selon le porte-parole russe, ces informations contenant des soupçons visant l’aviation russe ou syrienne ont été rapidement publiées par des médias européens tels que Bild et Euronews. M. Konachenkov a estimé que tout était réuni pour que la procédure habituelle soit appliquée, à savoir des publications de faux suivies de déclarations des ministères français ou britannique des Affaires étrangères demandant l’ouverture immédiate d’une enquête». Mais ça n’a pas été le cas… Par contre, une photo représentant un fragment d’un missile d’aviation de type sol-air AGM-114 Hellfire retrouvé sur le lieu de l’explosion a été dévoilée. Elle n’a laissé aucune possibilité à la coalition internationale de garder, comme d’habitude, le silence et aux diplomates de verser dans la rhétorique antirusse, a indiqué le porte-parole.»

Une inflexion tout de même après les démonstrations de posture d’hyper-puissance durant la campagne, on assiste à une réalpolitik envers les deux grandes puissances qui font barrage à la tentation d’empire américaine. Il s’agit de la Russie dont on vient de parler mais aussi de la Chine qui , pour la première fois se permet de publier un document sur les Droits de l’Homme aux États-Unis comme réplique au traditionnel réquisitoire américain sur l’état des Droits de l’Homme dans le monde. Naturellement pas un mot dans les médias-mains stream occidentaux.

Autre exemple, les velléités d’en découdre contre la Corée du Nord, les fameuses options sur la table reprises par le secrétaire d’Etat Rex Tillerson ont été pour le moment freinées par le ministre chinois des Affaires étrangères qui propose un deal aux Américains: l’arrêt du programme nucléaire nord-coréen contre l’arrêt des provocations américaines à partir du territoire sud-coréen. Nous verrons la suite.

En conclusion on comprend la politique de Trump visant à redimensionner la mondialisation et l’OMC à sa pointure. Trump rappelle le “I want my money back ” de Margareth Tatcher en 1979 adressé aux chefs de gouvernement à Dublin qui refusaient de continuer à financer les institutions bruxelloises trop onéreuses! Elle a gagné sur tous les tableaux parce que tout le monde craignait qu’elle ne parte «claquant la porte»! Ce qui est pourtant fait aujourd’hui; Trump, ni un Rocancourt, ni Madoff, est un homme d’ affaires efficace ayant un but: la relance des USA. En politique internationale, il torpille l’ ONU en commençant par couper les subsides pour moitié considérant avec exactitude que la représentation des USA est un panier de crabes rempli d’ ennemis politiques infiltrés qui se croient puissants et installés à demeure.»

On peut comprendre cette politique du compter sur soi à la limite d’un protectionnisme hard. Cependant, cette politique est avant tout dressée contre les faibles. Nous l’avons vu avec le détricotage de l’Obamacare. De plus, à l’extérieur, cette politique de rigueur est à géométrie variable. Dans son plan de réduction du budget de l’État, le porte-parole du département d’État américain, Mark Toner, a déclaré devant des journalistes à Washington: «Notre aide à Israël est quelque chose de garanti et elle montre de manière claire notre fort attachement à l’un de nos plus puissants partenaires et alliés. Depuis 1962 jusqu’à ce jour Israël a ainsi reçu près de 124,3 milliards de dollars.»

 

 

 

 

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