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L’Amérique est-elle fasciste ?

USA Maitre Du Monde

L’Amérique est-elle fasciste ?

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Pour certains, le fascisme est partout. 

Il est même arabe et on parle maintenant au Moyen-Orient, d’ “Islamo-fascisme». Aux États-Unis, Donald Trump est maintenant systématiquement rejeté et qualifié de ”fasciste”,  le fascisme étant l’un des mots valise et les plus fourre-tout du vocabulaire politique, toujours systématiquement utilisé comme le « populisme » auquel il tend de plus en plus à être assimilé comme péjoratif .

De fait, le nombre d’articles récents sur le « fascisme de Donald Trump » est déconcertant. Ne peut-on, tout de même, pas dégager des parallèles universels du fascisme comme dans les cas prototypiques de Mussolini en Italie, de l’Allemagne nazie d’Hitler, du Japon des années 1930 ou des dictatures d’Amérique latine des années 20 à 70, sans omettre bien sûr l’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar ? Tous ces régimes présenteraient-ils des caractéristiques fascistes, une typologie fasciste alors qu’ils n’ont souvent rien à voir entre eux et présentent des cas à chaque fois historiquement bien singuliers et en réalité très divers. Il faudrait de plus distinguer à l’intérieur d’un même régime comme le régime en temps de paix et celui en temps de guerre, en particulier pour l’Italie de Mussolini qui en 1922 était très différente de ce que sera son émanation en temps de guerre.

Tous les chercheurs divergent en réalité sur la question  mais néanmoins, la plupart seraient d’accord pour dire que le fascisme, comme mouvement et idéologie, est une forme de populisme d’extrême droite, un populisme qui se réfère à un leader plus grand que la vie, à une sorte de grand héros historique, au culte du chef qui s’élève contre ceux d’en haut, les élites de l’argent en particulier, en fait la plupart du temps les « civils». Nous parlons à bon escient de civil qui renvoie à son antinomie le militaire.

L’étude détaillée des fascismes latino-américains (Equateur, Bolivie, Paraguay, Pérou) nous a permis en effet de dégager un trait constitutif et universel du «fascisme ». Comme  condition absolument nécessaire de l’émergence d’un « fascisme », c’est la présence d’anciens combattants, de vétérans de guerre qui n’ont souvent connu d’ailleurs que des défaites et de mauvais commandements. Bien sûr, sans surprise, ces mouvements acquièrent une impulsion nouvelle et forte lors de graves crises économiques et sociales, en présence d’un fort chômage, d’une grande insécurité économique liée à d’énormes inégalités.

Actuellement, la crise sociale jointe à l’afflux de migrants misérables en provenance de cultures étrangères fournirait ainsi un terreau fertile pour le fascisme. Ce sont ces trois premières conditions (chômage, crise économique, immigration étrangère) appliquées par exemple pendant la Grande Dépression des années 1930 que ressortent la plupart du temps nos chercheurs anti-faf. Elles sont aussi présentes dans l’Europe d’aujourd’hui mais il n’y a pas justement en France, ce qui pour nous semble décisif dans l’émergence d’un vrai fascisme, la présence forte d’anciens combattants.

Les anciens d’Algérie sont souvent proches du Front National mais c’est aujourd’hui une génération qui s’éteint. Ce sont en effet les anciens combattants, les vétérans qui donnent cette autre caractéristique du fascisme qui ne souffre d’aucune ambigüité: sa mentalité autoritaire, son éloge des vertus viriles ce que n’a absolument pas en France par exemple un Florian Philippot. Typiquement, les anciens combattants dénoncent les faiblesses de la démocratie civile, en soutenant qu’un chef, un commandement même autocratique est absolument nécessaire pour régler les problèmes et définir le droit.

Or, il y a bien justement dans l’Amérique d’aujourd’hui un poids considérable des vétérans des deux guerres afghanes et irakiennes, les guerres de Bush. Ainsi, Donald Trump pourrait effectivement  se muer en fascisme. Probablement pas dans l’ensemble mais le style et la popularité chez les vétérans américains et dans les troupes du populisme de Trump fournissent des preuves troublantes que les États-Unis s’orientent aussi vers une nouvelle forme de fascisme ou disons de démagogie populiste forte avec des dénonciations anti-démocratiques, des appels xénophobes contre les Mexicains et les Hispaniques en général, les immigrés  pour le bien-être implicite des Américains blancs. Ainsi, l’Amérique présenterait des tendances fascistes sans être encore fasciste. En somme, Trump  serait  l’incarnation d’un  fascisme à l’américaine, une sorte de fantasme super médiatique, un fantasme de puissance pour blessé de guerre et gueules cassées revenues du front.

Peu savent que Donald Trump  ne sort pas de nulle part. Il sort d’abord et avant tout de la lucarne des médias. Combien de Français ignorent en effet que Donald Trump fut pendant des années ce qu’on appelle un “people“, souvent d’ailleurs perçu comme crazy, « cinglé » qui animait  à la télévision américaine un show de télé-réalité, The Apprentice, très prisé aux Etats-Unis. Il y était alors très connu pour ses caprices et ses colères cathodiques. Trump est en réalité un pur produit des médias qui s’est greffé ensuite sur le mouvement conservateur du Tea Party, actif dans certaines églises évangéliques notamment et justement dans les cercles d’anciens combattants d’Afghanistan et d’Irak. En fait, Trump a réuni à travers lui deux forces quasi concurrentes : les médias et la droite dure évangélique et militaire et dans cette alliance saugrenue , le groupe de communication Fox Entertainment a de toute évidence joué un rôle décisif pour former une nouvelle figure politique du système, une figure anti-système, autoritaire mais populaire pour vétérans de guerre, incarnation d’un nouveau fascisme qui serait spécifiquement américain, ce fascisme précisément contre quoi les États-Unis modernes se sont constitués à base de Flash Gordon ou de Mister America, de Batman et de forces spéciales.

Si l’on revient sur la carrière de Donald Trump, on se rendra compte qu’il est d’abord devenu célèbre pour ses frasques new-yorkaises où les tabloïds s’en donnaient à cœur joie sur sa vie nocturne, sa richesse, ses rideaux en or, ses petites amies et il a ensuite reconverti cette petite notoriété dans la télé-réalité. Ancien journaliste, professeur à l’Université Stanford en Californie, Fred Turner, l’un des meilleurs historiens américains des médias dont on vient de traduire en France, Le Cercle démocratique, grand livre sur l’invention du multimédia, avait réagi ainsi lors de la victoire de Trump :

« Chaque semaine, il débarquait avec The Apprentice dans des millions de foyers américains pour y jouer caricaturalement le rôle du boss idéal, un homme colérique, fort. Peu importe que ce soit vrai ou faux : il était l’homme fort. Quand il a investi l’univers politique, personne ne l’a pris au sérieux, les commentateurs estimaient qu’il ne comprenait pas l’univers politique. Ce qu’il savait très bien faire, en revanche, c’était jouer ce rôle caricatural de l’homme fort. C’est avec ce personnage qu’il a raflé la mise dans le camp républicain. D’abord avec des meetings, toujours très couverts par la presse, mais aussi avec ses tweets outranciers aussitôt attrapés par des sites en mal de clics pour générer des revenus publicitaires. Les médias de droite, bien sûr, mais aussi ceux de gauche, qui ont toujours été prompts à traiter ces tweets comme si c’était des “infos” alors qu’il ne s’agissait la plupart du temps que de mensonges stupides qui ne changeaient rien à la face du monde – leur seul intérêt médiatique était qu’ils pouvaient rapporter de l’argent »

Donald Trump est devenu aussi une marchandise, un produit spectaculaire, un fantasme de puissance c’est-à-dire la fin du fascisme comme idéal, la fin de l’idéal de Drieu.

Fred Turner, Le Cercle démocratique : le design multimedia, de la Seconde Guerre Mondiale aux années psychédéliques, C&F Editions, 384 pages, 29€.

  1. Robert41
    Robert411 avril 2017

    Ce n’est pas compliqué d’être fasciste avec la voyoucratie politique actuelle ; il suffit simplement de s’opposer à leur propagande pour en être. Le philosophe Onfray, en à fait les frais ; parmi tant d’autres … Sa liberté de paroles a été traduite subito comme “réac” par les dénonciateurs omniprésents de réseaux autorisés. Une saloperie urbaine, qui envenime systématiquement la liberté d’expression individuelle et les idées à l’endroit des Autres. Ce sang de Judas, artificiel par commodité et prise d’intérêt personnel, trahit consciemment le sens de la Liberté démocratique, comme celui de la Raison d’être. Ce sang noir, du jugement du plus fort ; c’est celui de l’argent. Comme tout système dominant, la communication s’est propagée en affiches “Wanted”. Ce n’est plus le Juif d’hier ou le terroriste de toujours que l’on dénonce mais celui qui est : – L’anti-système. Alors l’hallali mondialisée de réseaux similaires a dénoncé le zig : – Que le philosophe vêtu de noir, n’était pas celui qu’on croyait … Sublime conséquence à des causes, sublime vérité aux mensonges, l’ineffable cohorte de synonymes variables, aboyés par des monocules, a pris corps sur cette chair du bon beurre normand. En fait, c’est quoi ce fourre-tout fasciste ? – Il serait d’ailleurs intéressant que Métamag, développe ce mode accusatoire ; le plus souvent ânonné bêtement forcément. Vos courageux journalistes et la somme de vos intervenants, ne laissent jamais indifférent le chaland. Alors, si on parlait ce qu’est exactement le fascisme ? D’ailleurs, ne sommes-nous pas dans un fascisme libertaire qui encadre nos libertés et nos comportements ?

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